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Rencontre Choguel Kolla Maïga et travailleurs de l’ORTM : «L’ORTM est géré au téléphone entre le ministre et le directeur général. Cela est inacceptable»
Publié le mercredi 9 decembre 2015  |  Le Reporter
Point
© aBamako.com par Androuicha
Point de presse du ministre porte-parole du Gouvernement.
Bamako, le 18 mars 2015. Le ministre porte-parole du Gouvernement, M. Choguel Kokalla MAIGA a tenu un point de presse pour signifier que le Gouvernement du Mali exclut toute idée d’ouverture de nouvelles négociations sur le contenu du document d`Alger..




Dr. Choguel Kokalla Maïga est allé à la rencontre des 900 agents de l’Ortm. Pour les entendre de vive voix évoquer les difficultés qui les assaillent au quotidien dans leur travail. Ce jour-là, câbleurs, monteurs, chauffeurs, journalistes, animateurs, techniciens, cadreurs, en sus de certains membres du syndicat, tous étaient là : au rendez-vous de ce qui aura été un grand déballage.

Le ministre de l’Economie numérique, de l’Information et de la Communication, porte-parole du gouvernement, Dr. Choguel Kokalla Maïga, ne s’y attendait peut-être pas. Ses interlocuteurs ne sont pas attardés sur son charme et son talent supposé d’orateur. Ils en avaient trop sur la patate. Dans le lot de récriminations, il y avait le choix sélectif de certains reporters ou cameramen pour les missions, l’immixtion du ministre dans la gestion du JT, les mauvaises conditions de travail… En gros, il y avait de l’électricité en l’air ce mardi 2 décembre 2015 dans l’après-midi. Au point qu’un intervenant a lâché ceci : «Tellement ça ne va pas à l’Ortm, les chats ont déserté les lieux depuis le départ de Sidiki N’Fah Konaté». Nous nous gardons de dévoiler l’identité des intervenants.

Après avoir écouté avec intérêt les propos du ministre, le personnel de l’Ortm n’en était pas satisfait, encore moins convaincu. «Nous sommes loin d’être convaincus. À vous entendre, on a l’impression qu’il y a une sorte de paternalisme entre le département et l’Ortm. Vous avez rappelé que les hommes et les femmes qui sont là, sont tous issus d’une formation et ont la vocation de servir la nation, comme vous avez choisi la politique pour servir le Mali», pestait ainsi un intervenant. Au sujet du traitement de l’information, certains journalistes reporters avouent ne pas se reconnaître dans leur propre reportage. «…Vous venez de féliciter des journalistes qui ont eu l’initiative pendant l’état d’urgence de faire une animation qui sied à la situation. Quand on responsabilise les gens, voilà le résultat qu’on obtient. Aujourd’hui, l’Ortm est géré au téléphone entre le ministre et le directeur général. Cela est inacceptable. Nous ne pouvons pas continuer dans ce sens. Il faut l’on sache que nous qui sommes des journalistes, nous avons étudié pour exercer ce métier. Nous avons la technicité et la compétence intellectuelle pour faire ce travail correctement, pour servir l’Etat», s’exclamait à son tour un autre vis-à-vis du ministre.



D’autres aspects de la gestion de l’Ortm ont été évoqués par les techniciens, les syndicalistes et autres producteurs. Ils dénoncent par exemple l’absence de liberté de décision et d’initiative pour le directeur général de l’Ortm. «Le DG ne peut pas prendre d’initiative sans se référer au ministre. Ce qui freine la bonne marche de la boîte. Aujourd’hui, nous sommes dans le pluralisme médiatique. Nous avons les réseaux sociaux qui nous envahissent. Quand l’information de l’Etat arrive, ça a déjà été dispatché à travers le monde. Le communiqué du gouvernement qui arrive, ceux qui en ont besoin, l’ont déjà su, pendant que nous nous sommes là…».

Sans ménagement, certains travailleurs ont fustigé le traitement de l’information en rapport avec l’attentat perpétré à Radisson. Surtout que Choguel Kolla Maïga semblait être fier de dire que les autres (médias) se sont servis des images de l’Ortm. «Nous ne sommes pas une agence de transmission d’images. Nous sommes une télévision. Une télévision se doit d’informer la population. Nous avons fait quelques flashs pendant que des pays qui sont à 6000Km d’ici ont fait du direct. Si le directeur général de l’Ortm avait l’assurance qu’il pouvait prendre des initiatives, on aurait fait des émissions spéciales ici, pour parler et traiter l’information de manière professionnelle. Cela n’a pas été le cas. Il n’y a pas un seul journaliste ici dans la salle qui soit fier du traitement que nous avons fait de l’attentat. Arrêtons l’autosatisfaction. Personne n’est fier…».

Par ailleurs, pour le personnel de l’Ortm, il est temps que l’Etat et surtout le ministre comprenne qu’il y a des professionnels à Bozola. «Mais qu’on nous laisse la liberté de faire ce travail. Vous avez toujours les moyens de sanctions. Si le travail n’est pas bien fait, faites recours aux sanctions. Mais qu’on laisse la liberté aux gens de faire ce qu’ils ont envie de faire, ce pour quoi ils sont allés à l’école, ce pour quoi ils se sont engagés à l’Ortm». De la transition numérique, il en a été question lors de cette rencontre. Pour le personnel de l’Ortm, cette transition est synonyme de concurrence, aussi souhaite-t-il y aller à armes égales avec les autres. Ils se disent déterminés à y faire face, d’autant que ni le talent ni la compétence ne leur manque. «Nous sommes pétris de compétences. Nous avons soif de transmettre nos savoirs, nos compétences. Mais nous en sommes empêchés. Aujourd’hui, ceux qui font le reportage, ce sont ceux qui sont corvéables et malléables à souhait par le DG. Tout le reste croise les bras, parce qu’on ne peut accepter d’aller souffrir sur le terrain et que cela soit transformé, dénaturé. Vous voyez votre reportage à la télé, vous ne vous reconnaissez pas là-dans. Ça, ce n’est pas une télévision», s’est enflammé un journaliste.

À propos toujours de la transition numérique, Bozola ne serait pas compétitif selon le constat de ses travailleurs, puisqu’il est dépouillé de toutes ses ressources. Ce qui explique que l’Ortm n’ait pu couvrir au Sénégal la CAN des 23 ans, la direction s’étant avouée à court d’argent. «Alors que notre directeur peut donner 2 millions de FCFA au ministre chaque mois ; alors que l’Etat ne nous paye pas. L’Etat nous exploite. On ne veut pas qu’on nous dépouille des maigres ressources qui nous permettent de fonctionner un peu… Cela est inadmissible, monsieur le ministre ! Si nous voulons aller à la transition numérique, qu’on nous mette sur le même pied d’égalité avec les autres, qu’on aille à armes égales vers cette concurrence-là. Elle est inévitable, nous en sommes conscients. Mais on ne peut pas créer une structure pour que celle-ci se taille la part du lion sur ce que l’Ortm génère comme fonds propre. On ne va pas se contenter des maigres ‘sous’ que l’Etat donne, qui ne viennent d’ailleurs plus. Avec quoi, nous allons produire. C’est inadmissible !» a tempêté l’un des interlocuteurs du ministre Maïga.

Un autre de peindre ce tableau moins reluisant : «Le programme bas de gamme de l’Ortm ne peut pas être compétitif. L’Ortm ne peut pas proposer un espace publicitaire à un commerçant sachant que juste après le journal télévisé, il y a l’intégralité du discours du président de la République ou du ministre de la communication. Ce n’est pas ça, la télévision, monsieur ministre».

En somme, les travailleurs souhaitent revoir le contenu de la télévision nationale. À défaut, avec la floraison de chaînes de télévision privées, l’Ortm fonce tout droit au mur.

Békaye DEMBELE
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