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Cogestion à Kidal: pourquoi l’accord divise…
Publié le mercredi 10 fevrier 2016  |  Info Matin
Kidal,
© Autre presse par Dr
Kidal, troisième grande ville du Nord du Mali




Kidal vit à l’heure de la cogestion entre le duo CMA-Plateforme au prix d’intenses tractations de coulisses. Si l’accord noué prévoit que les deux désormais alliés vont devoir régler tout leur différend par le dialogue, il ne fait aucune mention réelle de la présence de l’État dans la ville de Kidal. Ce qui inquiète davantage l’opinion publique qui s’étonne du retrait de l’Etat dans la zone.

À Kidal, entre la plateforme et la CMA, c’est l’entente cordiale : après les premiers micmacs survenus suite à l’entrée fracassante des combattants du Gatia dans la ville, les responsables, tant politiques que militaires, des deux bords ont dû s’accorder les violons pour désamorcer la crise. Après la tempête des premiers jours, sur le retour triomphal des membres du Gatia, dans la ville de Kidal, aussitôt dénoncé par certains responsables de la CMA, c’est finalement l’accalmie entre les deux groupes, lesquels ont paraphé un document, scellant la paix des braves et qui donne à chacune des composantes un rôle et une responsabilité dans la sécurité de la ville.
Un accord en bonne et due forme est donc scellé pour les besoins de la cause. En huit points distincts, cet accord prévoit que des éléments de la plateforme, conformément aux dispositions déjà arrêtées, intègreront les commissions chargées de la gestion de la ville de Kidal et que partout où les deux parties sont conjointement présentes, elles travailleront collégialement pour renforcer davantage le processus de paix enclenché, depuis la « rencontre historique d’Anéfis ». S’il est également accepté que les toutes les populations des deux parties auront libre circulation partout, tout en respectant les autorités sur place, l’accord, tel qu’il a été convenu entre les deux parties, ne fait aucune mention particulière à la présence réelle de l’État dans cette ville. Pire, dans le même contexte de confusion, si ce n’est pas purement et simplement une déviance, il est clairement déclaré que les « deux parties réaffirment leur indéfectible attachement à l’accord d’Anefis qui est aujourd’hui le principal accord gage d’un retour à une paix et à une stabilité durables ».
Et c’est justement là que le bât blesse : les deux parties, artisanes de la cogestion de la ville de Kidal, s’en remettent, comme c’est clairement stipulé dans ledit accord, à l’accord dit d’Anéfis qu’elles qualifient d’« historique » et qui s’impose, comme tel, car devenant, pour elles, un véritable bréviaire, à respecter absolument. À Anéfis, on le voit, au-delà de la volonté de paix, si opportunément exprimée, çà et là, par les parties, l’opinion publique est fortement divisée sur la pertinence d’un tel accord de paix qui s’articule autour d’une cogestion pour la sécurité de la ville de Kidal qui échappe encore à tout contrôle de l’État. Les deux parties, signataires de cet accord de paix, se sont bien entendu, selon les termes qu’elles ont elles-mêmes définis pour décider de la libre circulation dans cette localité et de quelle modalité pratique devra s’opérer le mode de règlement des conflits entre les deux alliés.
En tout état de cause, c’est toujours autour de la nécessité des membres du Gatia, majoritaires dans la localité, de pénétrer dans la ville de Kidal, après la signature de l’accord de paix d’Alger, qui a mis le feu aux poudres jusqu’à obliger la Minusma d’intervenir au plus pressé pour, dit-on, empêcher tout débordement de la crise, susceptible de compromettre dangereusement le processus de paix enclenché. À cette occasion, la mission onusienne s’était empressée d’ériger autour de la ville de Kidal, sur un rayon de 20 kilomètres, une zone de sécurité, tout en menaçant sérieusement quiconque d’enfreindre à une telle disposition sécuritaire. La mesure de la Minusma a été critiquée par le gouvernement qui, à l’époque, usant parfaitement bien de la souplesse diplomatique, avait insisté sur la responsabilité de la Minusma d’assurer la protection de toutes les populations concernées.
On en est loin de là : ce n’est plus la zone de sécurité, érigée par la Minusma, qui garantit aujourd’hui la paix à Kidal, mais bien un accord scellé entre la CMA et la plateforme qui annonce une nouvelle formule de gestion sécuritaire de la ville de Kidal, celle fondée sur la cogestion, dans laquelle ni la Minusma, ni l’État, pourtant tous acteurs du processus de paix et signataires de l’accord d’Alger, n’ont aucune responsabilité spécifique à assurer. La singularité de Kidal, depuis plusieurs années déjà, suite à la libération des trois principales villes du nord du Mali, à savoir Tombouctou, Gao et Kidal, après l’intervention des troupes françaises, est toujours dans l’esprit des Maliens, comme un ombre sur le processus de stabilisation du pays. Le cas singulier de cet accord, scellé à la sauvette, entre la CMA et la plateforme, qui s’entendent pour se partager la gestion sécuritaire de la ville, suscite encore pas mal de polémiques, dès lors que l’État, en tant que tel, n’est pas concerné par les nouvelles dispositions de cette nouvelle cogestion.
Certes, il est sous-tendu, dans l’accord de la cogestion, que les deux parties s’accordent à tenir, d’ici à quelques semaines, en tout cas, à la fin de ce mois de février, à Kidal, une rencontre de haut niveau, à laquelle d’autres acteurs seront présents, à l’image du gouvernement. Mais le fait qu’il s’agit aujourd’hui de décider du sort sécuritaire de Kidal, qui met en jeu deux alliés, en dehors de l’État et de ses démembrements, ne rassure personne sur cette nouvelle réalité de la ville de Kidal qui est loin, et même très loin, de rassurer tout le monde. L’autre facteur de suspicion : c’est le silence de l’État, jusqu’ici observé, depuis les retrouvailles entre la CMA et la plateforme autour de la sécurité de Kidal. En fait, ce silence du gouvernement sur une question aussi sensible et complexe, comme la sécurité de Kidal, dans un contexte sécuritaire aussi tendu, n’est pas du tout pour obtenir une quelconque adhésion des populations concernées sur un tel accord de cogestion sécuritaire, scellé entre deux parties qui n’en étaient pas encore loin d’en arriver aux mains pour se faire entendre.
C’est tout cela qui fait que les retrouvailles sécuritaires de Kidal, entre la CMA et la plateforme, excluant l’État, ne mobilisent pas grand monde. S’il n’est pas encore permis, compte tenu des enjeux réels de la paix, de douter de la bonne foi ou la sincérité des deux parties, initiatrices de cette nouvelle forme de cogestion sécuritaire de la ville, il est donc plus stratégique que la prochaine rencontre, prévue pour renforcer les dimensions politiques de la sécurité à Kidal, en assurant une plus grande présence de l’État dans la région, puisse favoriser une réelle représentativité de tous les acteurs par le processus de paix au Mali. Dans la perspective de crédibiliser les initiatives pour le retour définitif de Kidal dans l’ordre national.

Sékouba Samaké
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