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El hadj Baba Haïdara dit Sandy, deputé élu de Tombouctou à propos de la crise du nord : «Après la libération du nord nous craignons la guerre civile et il faut dès à présent y faire face»
Publié le lundi 21 janvier 2013  |  Le Prétoire




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Au moment où l’armée et ses alliés traquent les terroristes dans le désert malien, le député de Tombouctou, l’Honorable Sandy Haidara, ne baisse pas les bras pour démasquer les mensonges du Mnla. Dans une interview, il explique les enjeux politiques et sociaux tant au plan régional qu’international et invite également le monde à saisir cette opportunité pour éradiquer définitivement le terrorisme et l’islamisme.

uelles sont vont impressions sur les derniers évènements au Nord, surtout l’intervention de la France pour stopper les terroristes?
L’intervention, c’est nous qui l’avons souhaitée et nous l’avons demandée. Je suis élu par Tombouctou. Je parle en tant que président du Collectif des élus du nord qu’on appelle le Colen. Nous avons fait beaucoup de plaidoyers. Depuis le 5 mai 2012, nous avons fait une conférence de presse et lancé un appel des élus remis au président de la République, au Premier ministre sortant et à toutes les institutions et Ambassades au Mali, pour leur dire que l’intervention des forces étrangères pour aider l’armée malienne est indispensable. Nous le désirons et le souhaitons très vite. On a fait le plaidoyer hors du Mali, notamment en France et au Canada où les parlements des pays membres des Nations unies se sont retrouvés car on pense que l’armée malienne, telle que nous l’avons vue, n’était pas capable de faire face à ceux qui nous envahissaient. Vive la France. Vive François Hollande qui a fait ce geste pour le Mali.

Avec l’intervention de l’armée française, le monde se mobilise pour soutenir cette opération. Est-ce que n’est pas un peu tard?
L’intervention a pris du retard, nous le déplorons. Mais il faut accepter que ce fût la cacophonie dans le pays. Nous avons fait neuf mois sans savoir ce qu’on voulait. Alors, quand cela nous arrive, on ne doit pas se plaindre. Dites-moi simplement le seul sujet depuis les évènements de mars qui a pu fédérer les Maliens autour d’un langage commun. Connaissez-vous un seul sujet ayant amené tous les Maliens à parler à l’unisson? Si nous ne sommes pas cohérents, nous ne pouvons pas demander à ceux qui veulent nous aider d’être cohérents. La Cédéao disait qu’elle serait prête à intervenir, mais que le président de la république devrait d’abord en faire la demande. On a perdu combien de temps pour attendre cette demande, alors qu’à la conférence de Dakar, il aurait dû leur dire voilà ma demande. De l’autre côté, il y a un Premier ministre tirailleur et un capitaine qui menace. Et malheureusement, le Président n’a pas pu prendre la décision. C’est de notre faute car il y avait trop d’incohérences. Cependant, on ne doit pas aussi oublier le changement en France. Si Sarkozy était présent, nous n’en serions pas là. Sarkozy a armé le Mnla croyant que ce mouvement pouvait lui donner les otages français. Mais il avait aussi d’autres visions futuristes sur le Mali, en pensant que ces gens le récompenseraient avec tout ce qu’il y a comme richesse au nord. C’est ce que le Mnla lui avait promis. Il s’est trompé parce qu’il ne savait pas que le Mnla était une coquille vide. La Mauritanie, aussi, s’est trompée en aidant Sarkozy. Je disais, à un moment, que la chute de Sarkozy était le début de la fin de la rébellion au Mali. C’est ce qui arrive aujourd’hui. Il faut savoir que la France reste la même, mais c’est le changement d’homme qui a changé la politique de la France vis à vis du Mali.

Le Mnla demande son implication dans les opérations en cours. Qu’en dites-vous ?
Le Mnla c’est qui ? Je vais vous raconter une petite histoire. Au nom de l’Assemblée nationale, en novembre 2011, nous sommes allés les rencontrer dans les grottes pour leur dire de ne pas faire ce qu’ils étaient en train de tenter. Donc c’est le 16 octobre, juste un mois avant notre arrivée dans les grottes, qu’ils ont créé le Mnla. C’était le Mouvement national d’Azawad (Mna) et ils ont décidé d’augmenter le mot libération en l’appelant Mouvement national pour la libération d’Azawad. Nous leur avions demandé de ne pas le faire car ils ne représentent pas les Touaregs, encore moins les populations du nord. Quelle légitimité ont-ils ? Qui les a mandatés ? Qui les a autorisés à agir ainsi ? Je disais, donc, que le Mnla ne signifiait rien. C’est quand ils ont eu des armes avec le soutien de Sarkozy, qu’ils ont commencé à ouvrir des hostilités sur le terrain et les autres en ont profité. Les gens du Mnla sont donc porte-avion de tout ce qui nous arrive. Seulement, ils ont été ensuite battus par leurs complices un moment. Mais ils ont fait ensemble des exactions, notamment avec Ansar Eddine à Aguelhok. Quand ils n’ont pas eu un terrain d’entente avec Ansar Eddine, ils ont été battus. Ils sont sortis du territoire malien et il n’y a pas un lieu précis où réside actuellement le Mnla. Leur territoire est peut être les médias, le couloir des hôtels du Burkina Faso ou peut être le couloir de la Présidence du Burkina Faso. Ils n’ont également pas d’hommes. Tous ceux qui sont restés ont rejoint les rangs de Ansar Eddine, le Mujao et autres, pour de l’argent.
Le dernier groupe qui était resté, c’était celui qui est parti livrer tout leur matériel à la Mauritanie. Ceux qui pensent que ce mouvement vaut quelque chose, ils se trompent. Y compris un occidental qui a parlé à Rfi hier matin (ndlr: jeudi dernier). Nous sommes contre toute médiation avec le Mnla. On ne peut pas en réalité négocier avec le Mnla car ce mouvement ne représente pas les Touaregs. Et même, il faut savoir que les Touaregs maudissent le Mnla d’avoir utilisé le nom Touareg. En réalité, ce n’est pas une rébellion touarègue, mais une activité d’aventuriers. Par ailleurs, le Mnla va nous aider avec quels moyens dans la mesure où il n’a rien ? C’est utopique de sa part. Nous avons maintenant tout ce qu’il faut pour mener cette bataille. S’il s’agit de la localisation des zones, nous avons des appuis de la France et des autres alliés. Aussi, nous pouvons compter sur l’aide de la population locale. Je dirais merci Mnla et bon débarras.

Qu’avez-vous à dire aux groupes de soutien du Mnla en Europe et en Afrique ?
Ce lobby est même trompé par le Mnla. Je l’ai su quand j’étais en face à face avec le Mnla à Strasbourg avec mon épouse, vice-présidente de l’Assemblée nationale. Les membres de ce mouvement sensibilisent le monde occidental au nom de la communauté touarègue. A travers leur scène, ils parlent au nom des populations de l’Azawad. Ils disent que cette population est opprimée, mal traitée ou martyrisée et chassée même par les autorités du Mali. Le titre de la conférence ayant lieu à Strasbourg était: La position du Mnla face au Mali. Dans la salle de conférence, tous les conférenciers à savoir Ahmed Mahmoud, Zakiétou ou Billal Ag Cherif et l’autre Oumar, ont juste plaidé la cause du peuple touareg. C’est en ce moment que nous avons compris que quand ils sont de l’autre côté, ils parlent des Touaregs et devant les télés, ils parlent du peuple de l’Azawad. Alors les gens comme la minorité des Corses par exemple, sont sensibles à leur langage et pensent que c’est une race de girafes en perdition. Le Mnla pense encore que le territoire du nord malien leur appartient. Ils ignorent qu’ils ne représentent que 5% de la population du nord. Il faut savoir qu’il n’y a jamais eu d’empire ou royaume touareg.

Quelle est la position de l’Algérie et de la Mauritanie face à cette situation ?
L’Algérie, c’est deux facettes. La première facette est étatique. L’Etat Algérien qui a poussé le Front islamique du salut, le Fis, à aller à la rébellion, après les élections, il y a 15 ans. Le Fis s’est développé pour devenir le Gspc au sud de l’Algérie. Celui-ci, en s’affiliant à Al Qaïda est devenu Aqmi. Ce sont les Algériens qui sont à la base de la création d’Aqmi. L’Algérie les a combattus en les poussant vers le sud de son pays qui est le nord du Mali. Donc toute guerre qui risque de pousser ces gens du nord du Mali pour les diriger vers le sud de l’Algérie, ne les arrange pas. C’est pour cela qu’ils veulent négocier durablement pour que ces gens restent au nord du Mali. C’est peut-être légitime, mais égoïste de la part des Algériens. Voila le comportement de l’Etat Algérien. Parallèlement, il y a aussi les barons de la drogue qui sont les grands généraux. Ils sont les relais et les complices des trafiquants de drogue. Aqmi et autres reçoivent Air cocaïne avec tout son chargement, mais il faut le drainer vers l’Europe. Donc qui les fait passer ? Ces barrons voudraient que ce marché continue et autorisent le ravitaillement. C’est ce qui fait qu’ils sont ravitaillés en carburant, en munitions et en armements.
L’Algérie qui a tenté la négociation, s’est rendu compte que ces bandits ne sont pas des hommes crédibles. Iyad n’a jamais été crédible et le Mnla non plus. Au moment où ils ont signé un accord, d’autres ont commencé avec les hostilités contre le Mali. Ils ont montré à l’Algérie que non seulement ils ne sont pas crédibles, mais aussi que l’Algérie doit être obligatoirement dans la danse à travers ce qui s’est passé là-bas durant ces deux jours, notamment la prise d’otages.
Le problème de la Mauritanie est qu’ils ont cru à la France à un moment donné. Et aussi, Abdoul Aziz avait une leçon à donner à ATT pour n’avoir pas participé avec lui à combattre les islamistes du nord. C’est à travers la Mauritanie que la France de Sarkozy a aidé le Mnla. Le premier siège du Mnla est à Nouakchott, avec un drapeau et une plaque. A la suite de notre visite, j’ai dit à Abdoul Aziz que les Maliens ne comprennent pas que le pays qui se dit ami du Mali, donne une résidence au Mnla. Il m’a répondu qu’il prendra des dispositions pour cette situation. La Mauritanie se rendra compte un jour qu’elle s’est trompée en donnant une leçon à ATT. ATT n’a pas signé les accords de l’immigration et Abdoul Aziz voulait punir ATT. La Mauritanie s’est lourdement trompée en punissant ainsi tout le peuple malien. Elle a intérêt a bougé comme l’Algérie.

Entant qu’élu du Nord, ne craignez-vous pas des violations de droits de l’homme et surtout l’amalgame entre la population et les terroristes ?
Je suis passé sur la chaine de télé malienne dans l’émission «la ligne de front». C’était mon appel. Je le réitère souvent. On a fait une déclaration à l’Assemblée nationale, c’était ça aussi mon appel. Les rebellions précédentes, je n’ai pas peur de le dire, ce qui s’est passé avec les bérets rouges, ils sont venus pour finir la rébellion après tout ce qu’ils ont subi de la manière de ce que l’armée a vécu a Aguelhoc, ils ont besoins de se venger. Mais, ils vont se venger contre qui ? Tous ceux qui ont été fait contre eux, c’est fait par des peaux blanches, en ce moment à Aguelhoc. Donc, tout ce qui est peau blanche va leur brûler les yeux. C’est ce qui est dangereux. Il faut savoir que toute peau blanche n’est pas un rebelle. Toutes les peaux blanches ne sont pas non plus des Touaregs. Nous avons des communautés multi ethniques. Nous avons des Arabes et des Touaregs qui ne sont pas dans le jeu. Alors, si on doit stigmatiser à partir de la peau, ça va être un danger pour nous. A Tombouctou, ce qui s’est passé en 2006 par le comportement malheureux des bérets rouges, nous a posé d’énormes problèmes pour consolider et refaire la cohésion sociale et jusqu’à présent, il y a des fissures. Si ça doit se répéter encore, c’est très grave. Donc, nous avons besoin de recommander la prudence et surtout la tolérance, le respect des droits de l’homme pour renforcer l’unité de notre pays. Cette année, c’est ce qui a augmenté le nombre de refugies dans les pays frontaliers.
Les peaux blanches, dès qu’on a parlé de la rébellion, ont fui parce qu’ils se disent que l’armée malienne va venir. Ça, il faut l’éviter. Il faut donc éviter quelque chose qui a été appliqué par les Maliens, l’armée malienne. Surtout cette année, ils sont accompagnés par des armées étrangères qui ne connaissent pas le terrain, qui ne sont pas censés faire la différence. Donc si les Maliens ne font pas la différence, ce n’est pas eux qui le feront. Il faut la plus grande prudence, surtout au niveau de l’armée. Celui qui a pris les armes, abattez-le, celui qui n’a pas d’armes, même s’il est complice, mettez-le à la disposition de la justice. Ça vaut mieux que la justice expéditive. A l’endroit de la population, la dénonciation du coupable est une bonne chose, mais la dénonciation pour des raisons personnelles et autres, pour seulement faire du mal aux gens, est indigne de nous et de notre religion. La population a subi cette année des amputations des mains et des pieds et a été privée de sa liberté. Elle a envie de se venger. Comment faire ? En touchant un individu ou à ses biens, c’est l’opposition garantie entre noir et blanc. C’est ce que nous craignons et cette guerre civile, même si elle n’a pas lieu, elle va être à l’attente et il faut y faire face demain. Nous les élus, nous avons un rôle à jouer. C’est pourquoi nous préparons le terrain dès maintenant pour la réconciliation. Que les uns et les autres sachent raison garder.

Propos recueillis par Nouhoum Dicko

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