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Troublantes manœuvres françaises et américaines : Après les lance-roquettes LRU de dernière génération, Barkhane se dote d’hélicos polyvalents
Publié le mardi 1 mars 2016  |  La Sentinelle
Dépôt
© aBamako.com par AS
Dépôt de gerbe de fleurs à l`occasion de la célébration de la fête de l`armée à Kati.
Le président de la République Ibrahim Boubacar KEITA, a procédé à Kati au dépôt de la gerbe de fleurs à l`occasion de la fête de l`armée.




Après donc les fameuses lance-roquettes LRU reliées à un satellite ou drone, capable d’atteindre leurs cibles dans un rayon de plus de 80 kilomètres, la France se fera livrer dans les jours à venir et au compte de l’opération Barkhane, des hélicos polyvalents, bons à tout faire : combat, intervention aéromobile, transport de combattants et/ou de blessés, P.C opérationnel, etc. Il s’agit du même type d’engins ayant pris part à la bataille de Konna en janvier 2013. Alors, la guerre n’est pas finie ? Loin s’en faut. Elle ne fait d’ailleurs que commencer. Mais quelle guerre ?



L’appel d’offre a été lancé, il y a une dizaine de jours, par le ministère français de la Défense au compte de l’opération Barkhane. Le département français recherche en effet un opérateur capable de déployer un hélicoptère de type Puma à Gao, dans un délai relativement court. Le contrat a une durée de 6 mois et reconductible deux fois. L’appareil évoluera entre Kidal, Tessalit, Tombouctou, etc. Signalons qu’il s’agit du même type d’engins ayant largement contribué à la déroute des jihadistes à Konna en janvier 2013. Il a surtout la particularité d’être polyvalent et adaptable pour différentes missions. Il peut en effet servir à la fois d’hélicos de combat, de transport de combattants (une quinzaine), de blessés, de poste de commandement mobile, etc. Une redoutable machine, en somme et dont la présence à Konna en 2013 se justifiait amplement.

Pour lutter contre «la rébellion islamiste croissante» selon Manuel Valls. Hum !

Au Burkina Faso où il s’est rendu après sa visite au Mali, le Premier Ministre Français Manuel Valls, lors de son entretien avec le chef de l’état burkinabais Rock Marc Christian Kaboré, courant semaine dernière, a promis davantage d’aides aux cinq pays (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso) pour combattre «la rébellion islamiste croissante».

Encore qu’il n’y a pas de «rébellion islamiste». Il y a la rébellion d’une part et les groupes islamistes de l’autre. La nuance ? Le second n’est pas une entité séparatiste à l’image de la première laquelle a des visées territorialistes. En clair, les groupes jihadistes, au contraire des séparatistes (MNLA au Mali) ne revendiquent pas de contrées. Eux, cherchent plutôt à faire appliquer la charia dans les pays du Sahel, tous les pays du Sahel ! Et cela passe, selon eux, par le départ des forces étrangères.

Il s’agit donc d’un hiatus, délibéré ou non, cachant mal, en tout cas, les véritables intentions de la France dans cette partie du continent. Rappelons que c’est la France qui a toujours refusé d’assimiler les séparatistes aux jihadistes nonobstant les preuves formelles établissant la connexion entre les deux entités. Le discours a visiblement changé.

L’on constate, en tout état de cause, que l’opération Barkhane se renforce considérablement (les 3 LRU convoyées la semaine dernière et aujourd’hui l’acquisition d’hélicos multifonctionnels), au moment où son efficacité et celle de la MINUSMA sont remises en cause. N’est-ce pas qu’Iyad Ag Ghali, qu’elle est censée trouvée, court toujours et commet encore des attentats nonobstant la présence significative de Barkhane (plus de 3.500 hommes et d’importants moyens logistiques)? Autres preuves d’inefficacité : le GATIA a investi Kidal à la surprise totale de la MINUSMA et de Barkhane ; aussi, aucune d’elle n’a vu venir le dernier attentat ayant couté la vie aux casques bleus Guinéens et aux soldats Maliens à Kidal.

En clair, tout indique que la mission onusienne ainsi que l’opération BARKHANE ont d’autres chats à fouetter là. Mais quels chats ? Et pourquoi se barricadent-ils à Tessalit en l’occurrence, en faisant appel à d’importants moyens humains et logistiques ?

Si c’est dans la perspective de l’avancée de DAECH depuis la Libye vers le Sahel, les Armées nationales doivent être impérativement intégrées. Mais hélas, elles sont, à l’image des FAMAS, soigneusement ignorées et confinées aux seconds rôles. Le premier Ministre français l’a d’ailleurs dit au Burkina : l’appui de la France profitera aussi et surtout à la force de maintien de la paix des nations unies. Les armées nationales se contenteront donc de la portion congrue.

Le combat des chefs

L’importance des moyens mis en œuvre et le peu d’intérêt de la France pour les questions relatives à la souveraineté et à la sécurité nationales des pays attestent bien que l’enjeu est ailleurs.

Le saviez-vous ? Au moment où la France effectue de grandes manœuvres au Mali, l’Armée américaine se déploie au même instant et progressivement au Sénégal et vers la Guinée. Et c’est officiellement, pour lutter contre le terrorisme.

Il y a une dizaine de jours en effet, des Marines ont débarqué au Sénégal, ce même pays qui abritait la plus importante base militaire française de la sous-région voire du continent. Sur la demande des autorités sénégalaises au moment des faits, la base en question a été levée.

Et aujourd’hui, avec l’ accord des autorités du moment, ce sont les américains qui s’y implanteront, plus précisément dans le Nord de Saint-Louis où ils envisagent construire une importante base militaire destinée à la sous-région. D’ores et déjà, les Marines ont procédé à des opérations conjointes avec des détachements de l’armée sénégalaise il y a une dizaine de jours. Tout le contraire de Barkhane et des FAMAS, soit dit en passant !

Récapitulons : l’Armée Française perd sa base au Sénégal et s’installe à Tessalit au Nord du Mali. Les Américains construisent la leur au Sénégal et courtisent la Guinée. Tous (Français et Américains) mettent en avant la menace terroriste qui, au demeurant, s’avère une réalité, mais selon de nombreux observateurs, créée par ceux-là ayant perdu tout contrôle sur la créature et qui s’érigent aujourd’hui en protecteurs des pays qu’ils ont contribué à affaiblir.

En somme, tout indique que les pays du continent font désormais face à une nouvelle guerre de recolonisation où s’affrontent désormais les grandes puissances. Elles y sont et y demeureront par la force s’il le faut ! Mais chacune avec sa méthode.

B.S. Diarra
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