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Institut Universitaire de Gestion : Un nouveau bras de fer
Publié le mardi 8 mars 2016  |  Le Point




Décidemment, rien ne va à l’Institut Universitaire de Gestion (IUG) qui, au regard des crises récurrentes, fait désormais figure de « Grand corps malade ». Après une première grève de 48 heures observée il y a une dizaine de jours, une deuxième grève de 72 heures a pris fin lundi dernier. Et la phase illimitée commence à partir de mardi prochain, 8 mars. Entre autres points de revendications, le paiement d’arriérées d’heures supplémentaires et autres frais de corrections et de surveillance datant de 2014-2015, le retour de l’Unité de formation et de production- UFP (cours du soir et à distance) à la maison mère, autrement dit à une gestion locale et autonome comme cela a toujours été le cas jusqu’à une période récente.
Par rapport au premier point, à savoir le paiement d’arriérés d’heures supplémentaires, frais de correction et de surveillance, il faut dire que les enseignants ont tout a fait raison d’en arriver à cette extrémité. En effet, ce point avait déjà fait l’objet d’une crise à la gestion de laquelle avaient été impliqués des médiateurs. Un accord avait été obtenu qui contraignait l’Etat à l’exécuter dans un délai de un mois. Mais, il avait fallu attendre quelque deux mois, voire plus, pour que le Rectorat consentisse à payer 60% du montant global. Depuis, et cela fait plusieurs mois, le dossier n’a connu aucune évolution. Cela ne fait pas sérieux de la part d’un Etat, d’autant plus que les enseignants ne réclament pas une augmentation, mais le paiement de ce qui leur revient de droit.
Le deuxième motif du dernier débrayage a trait à l’Unité de Formation et de Production (U.F.P.). Ce point est considéré aujourd’hui à l’I.U.G. comme le plus important et pour lequel ils se disent « prêts à tout ». Non sans raisons.
Un petit rappel est nécessaire pour mieux comprendre la situation. L’.U.F.P, c’est l’unité qui s’occupe des cours du soir. Cette unité avait été imaginée et créée par les enseignants de l’I.U.G. Non seulement pour donner une chance de se former aux professionnels et autres diplômés, mais aussi-et surtout-pour améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants. Lesquels n’ont pas la même chance que les autres fonctionnaires d’être toujours en séminaire ou encore d’aller en mission ; toutes choses qui aident à arrondir les fins de mois.
L’enseignant n’a que son seul salaire. Les choses se sont bien passées jusqu’à il y a deux ou trois ans, particulièrement avec l’arrivée de Me MountagaTall à la tête du département de l’Enseignement supérieur. Tout porte à croire, en effet, à en croire les enseignants, qu’un plan diabolique est en gestation pour les déposséder de leur joyau, du ‘’Bébé’’ qu’ils ont douloureusement ‘’enfanté’’ et ‘’mis au monde’’, dans le but de leur faciliter la dure existence d’enseignant et de les aider à préparer un peu mieux leurs vieux jours.
Mais voilà que le ‘’casseur’’ de Me Tall veut tout chambouler, on ne sait pourquoi. Il a commencé par nommer à la tête de l’I.U.G. un Directeur qui était à deux ans de la retraite. Il devrait donc y être en ce moment dans les conditions normales. Celui-ci était donc apparemment en mission, celle de retirer l’U.F.P. à ses véritables promoteurs pour le remettre au Rectorat sur un plateau d’argent. Et ce, au moment où la même initiative (l’I.U.G. est précurseur en la matière) se multiplie un peu partout, notamment à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG), à la FLASH avec l’Institut Universitaire de Technologie (I.U.T.), à la Faculté des Sciences Techniques (FAST). L’objectif visé est le même partout : contribuer à l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants. La gestion est locale dans toutes ses écoles, d’autant plus que ce sont des initiatives locales. Au moment où Me Tall nommait M. Konaté comme Directeur Général de l’I.U.G., l’école était déjà dans d’énormes difficultés liées notamment au décès de l’Ex Directeur, au non paiement d’arriérés et à bien d’autres problèmes entre le syndicat et l’administration.
Le syndicat avait même réclamé la nomination d’un D.G., estimant que de nombreux problèmes s’expliquaient par la vacance prolongée à ce poste (près de deux ans) depuis le décès du précédent D.G.. Bref, il y avait un problème de fond auquel il fallait trouver une solution durable. Au lieu donc de faire venir un nouveau responsable, qui aurait suffisamment de temps pour élaborer une stratégie de développement à moyen ou long terme, Me Tall a fait venir quelqu’un pour lequel l’I.U.G. ne devrait être qu’un pied-à-terre avant la retraite. Dans quels buts ? Deux hypothèses sont émises. La première serait d’aider le nouveau Directeur à préparer sa retraite ; la seconde, faire venir quelqu’un qui ferait la ‘’sale besogne’’, celle de priver les enseignants de leur gagne-pain.
L’U.F.P. verse annuellement entre 120 et 150 millions de FCFA au Rectorat
En deux ans de gestion, Me Tall, à travers le Rectorat de l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako (USSGB) et le ‘’nouveau’’ Directeur, M. Konaté, a fait de l’U.F.P. une coquille vide sur le plan financier. L’U.F.P. ne gère plus que les papiers, pendant que le Rectorat se la coule douce avec les millions générés par les enseignants. Chaque année, bon an mal an, l’UFP paye entre 120 à 150 millions de FCFA au Rectorat, en raison de 50.000 F par auditeur. Et à ce jour, personne ne sait ce qui est fait de cette manne. Comme si cela ne suffisait pas, l’appétit venant en mangeant-dans tous les sens visiblement - le Rectorat s’est maintenant approprié toute la gestion financière et administrative de l’U.F.P.
Une des conséquences immédiates de ce hold-up est que les enseignants ont de plus en plus du mal à entrer en possession de leurs sous. Ce fut d’abord des retards de deux semaines (alors que les enseignants étaient payés deux à trois jours maximum après la fin du mois), maintenant cela fait deux mois pleins que les enseignants n’ont pas été payés ; du jamais vu depuis la création de cette unité censée arrondir les fins de mois. Pire, sur le plan administratif et professionnel, le plan machiavélique du département serait de remplacer totalement les enseignants de l’I.U.G. par des contractuels permanents, vidant donc de son sens l’esprit qui a prévalu à la création du centre : en l’occurrence créer une unité à même d’améliorer leurs conditions d’enseignants.
Les enseignants n’ont rien contre les contractuels (qui sont d’ailleurs nombreux là-bas), ni contre la volonté de donner du travail à certains chômeurs, mais ils ne sauraient en aucune façon céder à autrui ce qu’ils ont créé de toutes pièces. « Adviendra que pourra », préviennent-ils.
Pourquoi une méchanceté aussi gratuite ?
Les hypothèses vont bon train pour répondre à cette question. Certaines personnes, n’ayant pu accomplir leurs funestes desseins (traire la grasse vache laitière) ont tout simplement œuvré en sourdine pour exproprier ceux qui en ont la jouissance. D’autres, notamment aux niveaux du Rectorat et du ministère, auraient du mal à imaginer un simple ‘’manœuvre de la craie’’ disposer de telles opportunités. De la jalousie quoi ! Les enseignants leur répondent que ‘’la roue de l’histoire tourne’’. Et pour tous. Ils ont fait un choix qui leur a coûté très cher pendant longtemps.
Jusqu’à ce qu’ils imaginent des mesures de survie pour échapper à la dictature des bureaucrates. Ce qui a abouti à la création de l’U.F.P. Qui aurait d’ailleurs pu échouer. Maintenant que l’enfant a grandi et rapporte énormément, des requins se mettent à l’affût, prêts à le happer. « Mais cela n’arrivera pas », assurent les enseignants. Qui ne comprennent pas, par ailleurs, comment peut-on s’en prendre ainsi à une structure qui rapporte annuellement au Rectorat quelque 150 millions de FCFA, pendant que l’Etat débloque plutôt de l’argent pour assurer le fonctionnement d’autres structures.
Un plan machiavélique ?
Certains enseignants et syndicalistes croient dur comme fer que la finalité de toute cette manœuvre serait de privatiser l’U.F.P. et de se positionner (les pourfendeurs) en futurs acquéreurs. Le ‘’directeur de mission’’ pourrait avoir été nommé à cet effet. Le rectorat a déjà fait signer six contrats pour le compte de l’UFP, dans le dessein inavoué de barrer progressivement la route de l’Unité à ceux-là mêmes pour lesquels elle a été créée. Le D.G. partant aurait, par ailleurs, un intérêt personnel inavoué (peu noble, dit-on) dans ce dossier de signatures de contrats au profit de permanents devant remplacer à terme les enseignants de l’I.U.G., les fondateurs de l’UFP, pour améliorer leurs conditions d’existence. C’est donc une lutte pour la survie qui s’engage désormais entre les enseignants et le département de Me Tall, considéré comme le véritable artisan des manœuvres en cours.
Les cours du soir suspendus
‘’Suite au préavis de grève du Syndicat National de l’Enseignement Supérieur (SNESUP) de l’I.U.G. de deux (02) jours pour compter du 23 février 2016 ; de trois (03) jours pour compter du 1er mars 2016 et illimitée pour compter du 08 mars 2016 , et conformément aux dispositions légales et réglementaires régissant le droit de la grève, je vous invite à me faire parvenir, à compter de ce jour 23 février 2016, un rapport journalier du suivi de ce mouvement de grève par les enseignants de votre structure conformément à leur emploi du temps. Par ailleurs, vous procéderez à la suspension des cours à l’U.F.P. Je compte sur votre diligence et vous remercie pour votre collaboration. Bamako, le 23 février 2O16 ». Signé le Recteur, Pr Samba Diallo.
L’en-tête de la correspondance est : ‘’Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique’’. A ce niveau déjà il y a vice de forme ? puisqu’il n’existe pas -ou plus-un tel ministère depuis le dernier réaménagement gouvernemental. Ça, c’est la forme ; dans le fond, c’est à se demander (nous ne sommes pas juristes) si un tel document a une valeur juridique. Toujours est-il que, valeur juridique ou pas, s’il y a l’unanimité sur une grève à l’I.U.G., c’est bien la présente. Tous ceux que nous avons pu croiser sont prêts à aller jusqu’au bout, ne serait-ce que pour empêcher le hold-up programmé de l’U.F.P. « Il en va du présent et de l’avenir de tout un chacun. C’est inconcevable que malgré tout ce qu’on donne, on veuille nous engloutir nous-mêmes. Tenez, le Rectorat gagne 50.000 F sur chaque auditeur, y compris ceux de cours à distance pour lesquels aucune infrastructure de l’Etat n’est utilisée. Cela rapporte près de 150 millions de FCFA au Rectorat et par an. Et Dieu sait ce qu’il fait de ces sous. Me Tall est réputé pour sa méchanceté. Cette fois-ci il aura fort à faire face à des gens plus déterminés que lui…», prévient un enseignant ‘’fou furieux’’.
Le département pourrait d’abord avoir affaire aux auditeurs qui ont payé leur argent pour être formés. On sait que la mesure de suspension des cours du soir ne s’explique que par le dessein, inavoué, de ‘’fermer le robinet’’ aux enseignants. Même si officiellement ce serait pour éviter les représailles éventuelles des étudiants du jour. Mais le département n’est pas sorti pour autant de l’auberge, car une colère des auditeurs ne serait pas non plus à exclure. « Nous avons payé notre argent et nous ne devrions pas être pénalisés gratuitement », fait remarquer un auditeur. Une chose est claire, il y a de l’électricité dans l’air. Et Me Tall ne devrait pas être la solution, peu enclin qu’il est pour les négociations. Les choses n’ont jamais bien marché à l’I.U.G. depuis son arrivée à la tête du département. ‘’Il n’y a jamais de programmes de développement, de solutions durables. Tout est du saupoudrage, du pilotage à vue, de l’amateurisme’’, dénoncent ses détracteurs.
Pour rappel, la première grève illimitée avait pu trouver une solution grâce à l’implication personnelle du Chef de l’Etat. Au-delà de l’I.U.G., peu de gens se montrent optimistes quant à la suspension de la grève illimitée que le SNESup avait enclenchée pour tout l’Enseignement supérieur, mais aussi la Recherche scientifique. Les négociations pourraient s’avérer dures, notamment du côté des syndicalistes qui estiment que « si le gouvernement a les moyens de payer inconsidérément plus de 4 milliards à des ex Premiers ministres qui n’ont que faire de cet argent, alors il peut bien s’occuper aussi et en priorité de ceux qui sont en fonction, voire des autres cas sociaux ». Bonjour donc la boîte de pandore !
La Rédaction
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