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Journée internationale de la femme : Donner à la moitié de l’humanité sa part du bonheur
Publié le mercredi 16 mars 2016  |  Le Reporter
Journée
© aBamako.com par A.S
Journée internationale de la femmes
Bamako, le 08 mars 2016 Les activités marquant la journée ont été présidé par le président de la République Ibrahim Boubacar Keita au CICB




«Égalité, genre et autonomisation de la Femme» ! Tel est le thème choisi par le gouvernement malien pour célébrer la Journée internationale de la Femme le 8 mars dernier. Sans céder au folklore traditionnel et à la démagogie des engagements politiciens, notre chroniqueur s’est intéressé à cette thématique en la mettant en parallèle avec la vie d’une de ses amies d’enfance.

«Égalité, genre et autonomisation de la Femme» ! Ce n’est pas de l’aumône que nos sœurs, nos épouses et nos sœurs demandent. Mais, une légitime revendication. Elles revendiquent juste leur droit ! Droit à leur part du bonheur ! Bonheur d’être reconnues à leur juste valeur et à leur juste place dans la famille, dans la communauté, dans la société et dans la Nation. Un droit au bonheur confisqué souvent depuis la naissance. À l’image de Nagnouma ! Une brave camarade d’école dont la vie symbolise à elle seule le combat de la femme pour se faire une place au soleil.

La dernière fois que je l’ai croisée au village, j’étais moins fier de moi. J’ai eu honte de moi, comme chaque fois qu’elle nous damait le pion en classe. Ce faux orgueil masculin que nous éprouvions alors chaque fois qu’une femme nous montrait sa supériorité. La nature crée des particularités et non des discriminations qui naissent dans la tête des hommes et demeurent ancrées dans leur mentalité. De la 1ère à la 8ème Année, nous étions trois à nous succéder à la première place des compositions et trimestres.

Et voilà que Nagnouma n’était pas au rendez-vous en 9ème Année ! Mariée contre sa volonté à un cousin qu’elle n’a jamais aimé et pour qui elle n’est qu’un jouet. Un coureur de jupons qui ne l’a aimée que le temps de l’enceinter et lui ôter «tout désir de rébellion». Mais ses parents l’avaient décidé ainsi. Une brillante carrière sacrifiée sur l’autel d’une tradition qui s’acharne encore sur nos sœurs. Battue pour un oui ou un non, délaissée et contrainte à se battre comme ses coépouses pour subvenir aux besoins de sa marmaille, j’ai compris pourquoi alors Nagnouma a vieilli si vite, au point de pouvoir revendiquer être notre tante, sans qu’on ne crie au scandale.

La déception d’être arrachée à ses études qu’elle aimait tant, sentimentalement frustrée dans ses désirs et sans cesse humiliée et spoliée de ses droits, sa beauté fatale s’est éteinte ; ce fascinant charme s’est estompé, ce regard vif et décomplexé ne reflète plus aucun espoir. Nagnouma, où est ton ambition ? Où est ta rage de vaincre ? Où cette farouche volonté de rivaliser avec les Bad boys que nous étions déjà à l’école fondamentale ? Où est passée cette contagieuse joie de vivre ?

«La société a tort de ne faire confiance à la Femme», dixit Thomas Sankara

Sacrifiées et enterrées parce que nous (pères, frères, époux, amis, souvent mères et tantes) nous octroyons toujours ce droit de décider à la place de nos épouses, de nos sœurs, de nos filles. Nous nous croyons toujours investis de cette mission divine de tracer la voie du bonheur pour nos filles. Comment peut-on nourrir l’illusion de pouvoir raser la tête de quelqu’un en son absence ? De rendre quelqu’un heureux sans savoir à quel bonheur il ou elle aspire ? Ne pouvant compter sur un quelconque soutien de notre part, elles se résignent à supporter tous les calvaires, toutes les humiliations dans leur foyer, dans leur travail… Divorcer ? Pour aller où ? Démissionner ? Pour compter sur qui ? Porter plainte ? Et attendre quel miracle pour rétablir la balance de la justice en sa faveur ? La volonté politique n’est que pure démagogie pour obtenir le soutien et les suffrages de la femme !

«Égalité, genre et autonomisation de la Femme» est loin d’être un slogan creux pour Nagnouma. C’est pour ces quatre filles qu’elle le revendique aujourd’hui. Elle se bat pour elles, pour qu’elles soient libres de choisir leur voie du bonheur, pour qu’elles aient une égalité de chance avec leurs frères, pour qu’elles ne soient pas reléguées sur le banc de la société à cause de leur statut. Amazone pour qui l’autonomisation est une lointaine victoire pour préserver son honneur et sa dignité, elle est au front pour qu’aucune porte ne reste fermée à Nassoun, Korian, Minata et Nassira, parce qu’elles sont des filles ou des femmes. Sa détermination est à la hauteur de sa conviction que, comme le disait si bien Thomas Sankara (président du Faso, 21 décembre 1949-15 octobre 1987) le 8 mars 1987 (quelques mois avant son assassinat), «la justice et l’égalité sont les principes de base qui permettent à la femme de démontrer que les sociétés ont tort de ne pas lui faire confiance au plan politique comme au plan économique».

«Égalité, genre et autonomisation de la Femme» ! Pour qu’être une femme ne continue plus à être un fardeau ! Un fardeau des mentalités, des us et coutumes, des comportements, des politiques démagogiques… Même si celles qui se plaignent et se propulsent aisément à l’avant-garde de ce combat ne sont pas forcément les plus chargées, comme le sont nos sœurs et sœurs en milieu rural, ce fardeau est aujourd’hui plus réel et plus lourd qu’on ne peut l’imaginer ! En donnant la vie, la femme porte déjà le poids du monde. On ne le lui reconnaît que rarement, comme il se doit !

«Égalité, genre et autonomisation de la Femme» ! La Malienne, Nagnouma, n’a pas besoin d’assistanat ou de complaisance pour exister comme être humain à part entière. Juste de justice et d’équité. Que d’égalité de chances pour se prévaloir dans toutes les compétitions, face à tous les défis de la vie.

«Égalité, genre et autonomisation de la Femme». Que ceux qui doutent encore de la pertinence de cette égalité, se rappellent cette déclaration de Thomas Sankara : «Celui qui n’aime pas la femme, celui qui ne respecte pas la femme, celui qui n’honore pas la femme, a méprisé sa propre mère. Par conséquent, celui qui méprise la femme méprise et détruit le lieu focal d’où il est issu, c’est-à-dire qu’il se suicide lui-même, parce qu’il estime n’avoir pas de raison d’exister, d’être sorti du sein généreux d’une femme».

Que dire de plus ? Rien ! Juste l’humilité de revenir en arrière et d’aider nos mères, nos sœurs, nos épouses et nos filles à conquérir leur droit au… bonheur ! Quand une femme est heureuse, tout s’épanouit dans son environnement familial, communautaire et professionnel.

BOLMOUSS
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