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Face à Al-Qaïda atomisée, il faut un "traitement politique" (experts)
Publié le dimanche 27 janvier 2013  |  AFP




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WASHINGTON - Al-Qaïda, qui s'est atomisée depuis le 11-Septembre, ne pourra être vaincue qu'avec les seuls moyens militaires et sans solutions politiques, estiment dans des entretiens à l'AFP les experts Dominique Thomas et Bruce Riedel.
Dominique Thomas est spécialiste des mouvements jihadistes, chercheur
associé auprès de l'Institut d'études de l'islam et des sociétés du monde
musulman à Paris.
Bruce Riedel est ancien analyste de la CIA, spécialiste du terrorisme et
d'Al-Qaïda à la Brookings Institution à Washington.

Q: Comment a évolué Al-Qaïda depuis le 11 septembre 2001?
+ Bruce Riedel: "Nous assistons à l'émergence de la troisième génération,
ce que j'appelle Al-Qaïda 3.0. La première génération est celle qui a créé
Al-Qaïda et qui l'a mené aux attentats du 11-Septembre. La deuxième a débuté
avec la chute du régime taliban et s'est achevée avec la mort d'Oussama Ben
Laden et le Printemps arabe.
La troisième génération est celle à laquelle nous sommes confrontés. Elle
représente une menace plus importante que jamais parce qu'Al-Qaïda a profité
du Printemps arabe, qu'elle n'a ni provoqué ni anticipé. Plus précisément,
elle a prospéré dans des zones de non-droit comme l'Est de la Libye, le Nord
du Mali, la péninsule du Sinaï et des portions de plus en plus importantes de
la Syrie et y a trouvé des sanctuaires. Elle a donc plus d'espace pour ses
opérations, s'entraîner et comploter que depuis la chute des talibans en 2001".

Q: Quel rôle ont joué les Printemps arabes?
+ Dominique Thomas: "Cela a offert un espace de liberté d'expression
incomparable. On a vu apparaître du Maroc jusqu'au Yémen, en passant par la
Tunisie, la Libye, l'Egypte, ce nouveau label Ansar al-charia, les partisans
de la charia. Ce label a fait sens. On lui a donné du crédit, ça leur a donné
une base sociale qui n'existait pas auparavant. Al-Qaïda était une
organisation révolutionnaire de type élitiste et clandestin. Aujourd'hui, il y
a une base sociale de ces groupes qui n'hésitent pas à se réclamer d'Al-Qaïda".

Q: Comment se situent les mouvements jihadistes actuels par rapport à la
+maison-mère+?
+ Dominique Thomas: "Tous les mouvements actuels se reconnaissent dans la
philosophie d'Al-Qaïda mais ils ne sont pas tous affiliés. Les plus affiliés
sont ceux situés dans la péninsule arabe. En ce qui concerne Aqmi, comme il y
a d'anciens jihadistes passés par l'Afghanistan comme Mokhtar Belmokhtar, il y
a une revendication du label Al-Qaïda mais il n'y a pas forcément des liens
très importants avec des figures d'Al-Qaïda encore en Afghanistan ou d'autres
théâtres. Aqmi est vraiment une organisation très autonome et très
indépendante".

Q: Comment lutter contre cette menace?
+ Bruce Riedel: "Il n'y a pas de solution unique. Il faut une approche
différente pour chaque cas. Le Mali, ça concerne aussi la Libye, l'Algérie. Il
faut une stratégie pour d'abord en finir avec ce sanctuaire, ce que l'armée
française s'attelle à faire. Et puis, il faut qu'une nouvelle gouvernance
remplisse le vide dans ces zones.
Nombre de ces zones n'ont jamais été bien administrées. Le Nord du Mali,
l'Est de la Libye, la Syrie ont été gérés par des Etats policiers pendant des
décennies. Nous ne voulons certainement pas les remplacer par de nouveaux
Etats policiers. Mais si nous laissons le monde musulman avec une série
d'espaces non gouvernés de l'Afrique du Nord à l'Asie du Sud, Al-Qaïda
remplira ce vide et créera des sanctuaires qui menaceront l'Amérique du Nord
et l'Europe".

Q: Une solution militaire pour éradiquer ces groupes est-elle possible?
+ Dominique Thomas: "Selon moi, ce n'est pas possible d'éradiquer Al-Qaïda.
Il faut un traitement politique, zone par zone, tenter de mettre en place des
processus de dé-radicalisation et de dialogue avec les jihadistes pour leur
offrir une perspective soit politique soit d'intégration économico-sociale
dans les pays où ils se sont constitués en pôles de revendications.
La solution militaire ne peut pas éradiquer Al-Qaïda parce qu'elle est
bâtie sur une philosophie qui a encore de l'avenir, compte tenu des maux
politiques, économiques, sociaux dont souffre encore le monde musulman et le
monde arabe en particulier. Ce n'est pas en tuant deux, trois chefs avec des
drones, en menant des actions militaires à droite à gauche, qu'on arrivera à
mettre fin à une idéologie".

+ Bruce Riedel: "Eliminer les hauts responsables comme Oussama Ben Laden
est important mais cela ne peut suffire. Il faut des institutions et que la
diplomatie réponde aux problèmes qui engendrent les frustrations. Si on veut
en finir avec Al-Qaïda, on doit s'attaquer aux problèmes qui provoquent la
colère qui nourrit les volontaires au jihad. Et en haut de la liste se trouve
sans surprise la question de la Palestine.

bur-mra/lb/jr

Par Dan DE LUCE et Catherine RAMA à Paris

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