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L’Indicateur Renouveau N° 1425 du 28/1/2013

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Élections 2002 et marches COPAM-RPM : Ce qu’il faut savoir sur IBK…
Publié le mardi 29 janvier 2013  |  L’Indicateur Renouveau


Ibrahim
© Autre presse par DR
Ibrahim Boubacar Keïta (IBK)


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Dans son ouvrage « Marche ou crève, Carignan« , l’écrivain canadien, Robert Holler assène cette vérité : « La vertu n’est récompensée que quand elle prend ses armes à la duplicité « . Le chef du RPM doit méditer cette sentence, lui qui est passé maître dans l’art du double jeu.



« Les concertations nationales souveraines» n’ont pas encore eu lieu pour accoucher de la « démocratie populaire » dont rêve Oumar Mariko, mais elles auront fait au moins une victime de taille en la personne de Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). On ne sait quelle mouche a bien pu piquer le patron du RPM pour aller mélanger ses billes avec celles de la Copam et de ses succédanés créés pour légitimer le 22 mars 2012 et surtout pour ouvrir la voie de la Présidence de la République à des hommes qui savent, comme disait Jaurès, qu’ils n’auront jamais leur jour avec le suffrage universel parce que tout bêtement ils ne représentent rien aux yeux des Maliens.

Comment un IBK qui, à la moindre des occasions, se pare du manteau du « républicain », du « démocrate », du « leader imbu d’un sens élevé de l’Etat » a pu se fourvoyer avec des séditieux et des anarco-confusionnistes dans le dessein de renverser ce qui reste de survivance de l’ordre constitutionnel au Mali, si l’on s’en tient aux révélations d’une bonne partie de la presse nationale et du journal Le Monde qu’on ne saurait nullement soupçonner de parti-pris dans la crise malienne.

Comme si ce mélodrame ne suffisait pas, on découvrit, dans la même foulée, que le « Kankélétigui » autoproclamé pouvait s’accommoder de petits mensonges qui, à la longue, finissent par faire une grande imposture. Ibrahim Boubacar Kéita a osé, en effet, affirmer sur RFI et TV5 que les leaders de premier plan de son parti, Nancoma Keïta, numéro 2 du RPM, Boubacar Touré, Secrétaire à la Communication ont pris part à la marche, aux côtés de Oumar Mariko, de leur propre initiative et qu’il n’avait lui, le grand Sachem, donné aucun mot d’ordre dans ce sens. Interrogé sur ce désaveu, un cadre du RPM qui avait pris part à la manifestation eut pour toute réponse : « je lui réserve mon mépris » (à IBK, NDLR) pour dire combien cette pantalonnade du Chef le dégoutait. Il aurait pu ajouter le brave soldat RPM : « tu nous as envoyés à la marche dans le but de tirer les marrons du feu ; assume le retour de bâton ou tais-toi, plutôt que de discréditer des hommes qui n’obéissaient qu’à tes consignes « .

Pour le patron du RPM, si prompt à se vautrer dans la position de la victime, l’exercice est, cette fois, plus compliqué puisqu’il s’agit de mettre à l’index ses propres camarades sans la moindre chance d’être pris au sérieux par le dernier des Maliens. Au reste, cet épisode tragi-comique de la marche des 9 et 10 janvier vient boucler 10 mois de compromissions et de valse-hésitation où le cynisme le disputait à la fourberie chez le Châtelain de Sébénicoro. Dès l’aube du coup d’Etat du 22 mars, tous les responsables politiques ou administratifs de premier plan ont goûté pendant des semaines aux affres du changement de régime via l’emprisonnement temporaire pour certains ou les tentatives d’assassinat, pour d’autres.

Confortablement calé dans l’œil du cyclone (contrairement à ce que l’on croit, c’est là le nid de la tranquillité par mauvais temps), IBK a contemplé le spectacle du martyr des autres. A peine, avait-t-il daigné condamner le coup d’Etat pour ne pas » désobliger » les jeunes ou encore engager timidement le RPM dans le Front pour la Démocratie et la République (FDR), né au lendemain du putsch, avant de le sortir aussitôt du regroupement en affirmant que les objectifs de ce Front politique avaient été atteints. L’agression contre Dioncounda et les vagues d’arrestations qui s’en sont suivies étaient bien peu de choses pour troubler la quiétude de celui qui croyait son heure arrivée à la faveur du 22 mars.

IBK, qui s’y voyait déjà, a multiplié les actes d’allégeance aux extrémistes, avec la conviction que la conquête du pouvoir passait par cet axe à la lumière de la nouvelle donne politique. Cet opportunisme n’a rien de surprenant de la part d’un homme qui, en fin 2011, organisait une de ses premières sorties de pré-campagne à Mopti, en allant dire aux parents d’ATT tout le bien qu’il pensait de leur fils qui lui avait donné le respect dû à un aîné et les honneurs républicains que mérite son parcours. Pour que nul n’en n’ignore, il avait tenu à rappeler que le choix de Mopti était tout sauf fortuit. Nous avions compris qu’à cette époque la cour à un certain Amadou Toumani Touré pouvait valoir son pesant d’or dans la course à Koulouba.

Et lorsque le vent a tourné, Ibrahim Boubacar Keïta a pilonné, les mots sont de circonstance en temps de guerre, le même ATT à l’artillerie lourde, occultant au passage les conséquences directes du coup d’Etat, la rupture de la chaîne de commandement et tout le reste dans l’effondrement du pays. Ses sorties médiatiques allèrent crescendo : RFI, Africa 24, Al-Jazzera… La transition souffre-t-elle du ménage à trois à la tête de l’Etat ? (Cheick Modibo le premier ministre le plus stupide de l’histoire du Mali n’était pas encore passé à la trappe). IBK, imperturbable, donne rendez-vous aux journalistes à la fin des Concertations nationales pour trancher cette question, dans le sens de ses intérêts, car cela n’a pas besoin d’être précisé. La Cédéao craint-elle une sortie de route de la transition de ce qui reste de la Constitution de 1992 ? Sur un ton bougon, IBK invite l’organisation sous-régionale à laisser les Maliens trouver une solution à leur problème.

Sous la pression de la Copam et l’insistance discrète de l’ex-junte, le 10 décembre 2012 avait été retenue pour l’ouverture des concertations nationales. Le samedi 08 décembre, la galaxie des riens (en termes de poids politique) qui soutient IBK s’engage dans une improbable démonstration de force au Stade Modibo Keïta, premier jalon de la prise de pouvoir. Devant 20, 25, voire 35 000 personnes chauffées à blanc, le patron du RPM devait à la fois faire la preuve de sa popularité et siffler la fin de la récréation, en s’imposant comme l’homme que le Mali attend à l’issue des concertations, rôle que ne lui disputait plus Cheick Modibo qui avait mis beaucoup d’eau dans son arrogance lorsqu’il avait senti perdre la main auprès des militaires.

IBK n’eut pas plus de chance. Un flop magistral en termes de mobilisation. Il y avait plus de banderoles que de participants au meeting du stade Modibo Keïta. Pour couvrir les arrières du chef, ses zélateurs informèrent la presse de son absence du pays, en expliquant que sa présence n’était pas prévue à la manifestation. Ils sont nés avant la honte, pour parler comme nos cousins ivoiriens ; IBK était bel et bien à Bamako et son arrivée avait été scénarisée et même théâtralisée (tour du stade sous les ovations avec son éternel mouchoir blanc à la Sékou Touré).

Après cette Bérézina, IBK revint à la charge à la faveur de l’adresse à la Nation de Dioncounda au 31 décembre, qui posait des balises plus républicaines pour les concertations nationales, en demandant que les partis et associations réagissent au projet initial de Feuille de route avant que la représentation nationale ne se prononce sur le document final, sans doute pour éviter que les Maliens ne continuent à se déchirer pour un pouvoir qui fait plus pitié à voir qu’autre chose. Le Chef des « Tisserands » éructe contre la démarche proposée par le président par intérim, il tient mordicus à ses « concertations nationales souveraines » appelées à redistribuer les rôles selon un schéma certainement convenu avec les « jeunes » comme il se plaît à les nommer.

Le déclenchement des hostilités ne change rien au funeste projet. Pendant que Konna subit la canonnade des djihadistes, le RPM et ses alliées de IBK 2012, associés aux Copam veulent donner l’estocade finale à ce qui reste de la transition. Le nom d’IBK est scandé par des marcheurs commis à la tâche ; Mariko, en première ligne, chemine avec Nancoma en bonne compagnie. Le Rubicon est franchi ! Toi aussi IBK ? Se sont écriés ceux qui se sont laissé longtemps enfumer par le discours sur le sens des responsabilités du chef du RPM. Ils auront enfin compris que cet homme fait peu de cas d’un Mali si bruyamment célébré dans sa bouche, mais peu présent dans son cœur.

Pris la main dans le pot de confiture, IBK allume immédiatement deux feux. Il se défausse, sans état d’âme sur la direction de son parti, d’une part, et relance l’éternel débat sur de prétendus tripatouillages qui l’auraient privé de sa victoire à l’élection présidentielle de 2002. Il appelle à la rescousse les affirmations fantaisistes d’un certain Laurent Bigot, obscur sous-directeur au Quai d’Orsay qui a décidé de lui servir de porte-voix et de rabatteur, n’hésitant pas à démarcher de gros calibres de la scène politique malienne pour les aligner derrière IBK. Ce Monsieur Bigot, dont on peut mesurer toute la clairvoyance dans les conseils avisés à Sarkozy pour soutenir le MNLA et ouvrir le boulevard de la prise des régions du Nord du Mali aux djihadistes, devrait plutôt se taire.

Bien au contraire, dans un style auto-satisfait, qui est la marque des «idiots utiles», il va assommer un auditoire sur mesure lors d’une conférence sur le Mali à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), en leur « révélant » que 500 000 voix ont été annulées (ce qui est vrai pour la totalité du scrutin), mais le vice, c’est de suggérer sans le dire que tout cela s’est fait au détriment de IBK, le privant ainsi d’une victoire certaine à l’élection présidentielle de 2002.

Le Mali est peut-être une République bananière, qui ne produit pas assez de bananes, mais il sait encore archiver ses résultats électoraux. Pour la gouverne de Laurent Bigot et à l’attention de celui à qui profite le mensonge, nous avons retrouvé les procès-verbaux de la Cour Constitutionnelle sur l’élection présidentielle de 2002. Pour le premier tour qui nous concerne, le scrutin donne :

-Amadou Toumani Touré : 602 998 voix, soit 27,98%

-Soumaila Cissé : 489 957, soit 22,74%

-Ibrahim Boubacar Kéita : 445 030 voix, soit 20,65%

Dans la même proclamation des résultats, la Cour Constitutionnelle a pris soin d’indiquer le nombre de suffrages annulés qui s’élève au total à 539 756 voix. Ce qu’il est important de noter, c’est la ventilation de ces suffrages annulés par candidat :

-Soumaila Cissé : 146 203 voix

-Amadou Toumani Touré : 142 157 voix

-Ibrahim Boubacar Keïta: 103 361 voix.

Nous avons fait l’impasse sur les scores des autres candidats, car la polémique stérile nouée par le duo IBK-Bigot ne concerne que les trois premiers de la course électorale de 2002. Le patron du RPM laisse parfois complaisamment entendre qu’il a gagné l’élection déjà au premier tour, en ayant été privé de 500 000 voix. Les chiffres montrent bien l’étendue de l’imposture. Tantôt, il soutient, avec aplomb qu’il a été recalé au second tour au profit de Soumaila Cissé qui, selon son ami BIGOT était plus facile à vaincre que le « taureau » de Sébénicoro. Là encore les faits sont têtus, les annulations de voix ont porté plus préjudice à Soumaila qu’aux autres candidats.

Et décidément ce Bigot (on a le nom qu’on mérite) développe une foi de charbonnier lorsqu’il s’agit de défendre son poulain IBK. Il compare carrément les 500 000 voix annulées au premier tour au Mali en 2002 aux 300 000 voix annulées par le clan Gbagbo en Côte d’ Ivoire, déduisant que l’ancien chef d’Etat ivoirien a payé pour moins que ce qui s’est passé au Mali. Tant qu’à faire dans l’outrance, pourquoi avoir peur du ridicule ? Les 300 000 voix annulées par Gbagbo l’ont été au détriment du seul candidat Alassane Ouattara dans un duel de second tour.

Les voix invalidées au Mali l’ont été au premier tour et elles ont été plus défavorables aux deux principaux adversaires de IBK. Malgré les vaines tentatives de son bigot d’ami prénommé Laurent qui veut réécrire l’Histoire à son profit. C’est à croire que le poste de sous-directeur Afrique au Quai d’Orsay ne vaut pas quatre clous parce que même des charlatans peuvent exercer cette fonction, pensions-nous, prestigieuse. A la fois pour les compétences techniques mais surtout pour les valeurs morales et éthiques que requiert la charge.

Sans verser dans l’anticléricalisme, nous disons à M. Laurent que ses Bigotéries, le Mali en a assez ! S’il souhaite venir voter pour IBK, qu’il demande l’accès à la nationalité malienne plutôt que de se servir de sa position pour inonder d’honnêtes dirigeants français de notes diplomatiques partisanes.

Quant à IBK, il devra comprendre que dix ans de diversion sur les résultats de l’élection présidentielle de 2002, ça suffit ! Les Maliens veulent savoir ce que les Nancoma et Bou Touré faisaient dans la rue avec la Copam et pourquoi lui, le prétendu Républicain, bafouille dans ses explications sur le funeste projet de renversement programmé de ce qui reste de la démocratie au Mali ?

Badara Keïta

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