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Fraude à l’AMO: des hauts cadres et responsables politiques épinglés
Publié le mardi 19 avril 2016  |  Info Matin




L’Initiative d’information, de communication et de plaidoyers sur la protection sociale au Mali (ICP-Mali) a organisé une rencontre d’échanges entre la presse et la Caisse nationale d’assurance maladie (CANAM) sur la fraude à l’Assurance maladie obligatoire (AMO). De cette rencontre, il ressort que par mois, la CANAM paie 1 milliard de FCFA aux Organismes gestionnaires délégués de l’AMO, au titre de remboursement, à cause notamment de la fraude sur le système. Aussi, vraisemblable ce sont des hauts cadres et hommes politiques qui sont impliqués dans ce réseau de vol, de dupe, selon les dossiers de fraude dont dispose la CANAM.

Placée sous le thème : « Rôle et place des médias dans la prévention et la lutte contre la fraude des prestations liées à l’assurance maladie obligatoire », la rencontre visait à expliquer le mécanisme de la fraude liée à l’AMO aux journalistes, de leur faire comprendre les enjeux de ce phénomène sur la bonne marche de ce processus, et surtout solliciter l’accompagnement de la presse dans la lutte contre cette fraude sur toutes ses formes.
Plus d’une vingtaine de journalistes de la presse écrite, orale et de l’audio-visuelle ont pris part à cette rencontre dont la cérémonie d’ouverture était présidée par le président de l’ICP-Mali, Ousmane DAOU. Il avait à ses côtés le maire de la commune rurale de Siby, Kani Makan CAMARA ; le Directeur général Adjoint de la CANAM, le Dr Alassane DICKO, de même que plusieurs responsables de la cellule de Communication de la CANAM et des représentants des Organismes gestionnaires délégués (OGD) de l’AMO, à savoir l’INPS, la CMSS.
Dans ses mots de bienvenue, le maire de la commune rurale de Siby s’est réjoui du choix porté sur sa commune pour abriter une telle rencontre et surtout recevoir autant d’experts de la communication et de l’information. Aussi, a-t-il salué l’initiative qui rentre dans le cadre de la lutte contre la fraude liée à l’AMO avant d’espérer qu’à l’issue de la rencontre, les participants arrivent à avoir un aperçu général sur la situation et contribuer à sa lutte.
De son côté, le président ICP-Mali pense que si aujourd’hui les prestations garanties par le régime de l’AMO sont un énorme soulagement pour ses assujettis, il est urgent par ailleurs que des mesures soient prises pour prévenir et lutter contre la fraude de plus en plus généralisée sur l’AMO. Dans ce combat, M. DAOU a soutenu que les journalistes peuvent y jouer un grand rôle, à travers leurs canaux de communication et de l’information.

Témoignages accablants
Après l’ouverture des travaux, le DG adjoint de la CANAM a fait sa présentation sur le thème de la journée et était soutenu par certains de ses collègues de travail. Selon M. DICKO, l’ampleur de la fraude liée à l’AMO a atteint un seuil d’intolérance. Mais il a rassuré les bénéficiaires que le système avait été conçu pour résister à des pratiques de fraude pendant de nombreuses années. D’ici là, a-t-il annoncé, des mesures sont en cours pour empêcher et prévenir ces vols sur le système. En effet, selon lui, à cause ces fraudes massives la CANAM paye un milliard de FCFA aux OGD au titre de remboursement.
Pour M. DICKO, des études sont en cours pour quantifier l’ampleur de ces vols et ses conséquences financières sur la mise en œuvre de l’AMO. Déjà, à ce stade, selon les dossiers dont la CANAM dispose, de hauts cadres, des responsables politiques ainsi le personnel sont cités être soit impliqués ou de mèche avec les fraudeurs.
Sur ces cas de fraude, M. DIAWARA de la CANAM, a témoigné pour le cas d’un très honorable député de l’Assemblée nationale qui a fait passer la femme de son marabout pour son épouse en vue de faire bénéficier cette derrière des services de l’AMO. À l’hôpital, lorsque son forfait a été découvert, au lieu d’admettre son infraction, il va jusqu’à proférer des menaces à des agents. Un cadre supérieur est aussi cité dans cette affaire de vol pour avoir fait passer une personne pour laquelle il ne cotise pas.
En plus de cela, il a ajouté qu’ils ont des cas de responsables et d’agents de santé qui délivrent des ordonnances AMO moyennant de l’argent à des patients non contributifs à l’assurance. Dans cette même veine, il y a des personnels de santé qui prescrivent des ordonnances à des malades fictifs pour ensuite les revendre à des patients non contributifs et à vil prix.
« Nous connaissons, dans ce lot, des agents qui paient leur tontine avec l’argent de cette fraude à l’AMO. Pour leur intérêt personnel, ils n’hésitent pas à détruite tout un système conçu pour le bien-être de la population. Aujourd’hui, l’AMO est une référence dans la sous-région et nous devons faire en sorte que ce système soit pérenne », a déclaré M. DIAWARA, selon qui ces cas sont entre autres exemples qui risquent de plomber tout le processus si des mesures de prévention ne sont pas prises.

Les mesures préventives à la fraude
Le DG adjoint de la CANAM a fait savoir que pour prévenir et lutter contre la fraude, la structure est en train de développer plusieurs stratégies. Contre ces pratiques, la CANAM a acheté un logiciel performant à coût de milliards au Maroc en vue de contrôler toutes les opérations qui vont être désormais faites sur la base de données de l’AMO. En effet, a-t-il dit, le logiciel n’est qu’une infime partie d’un système intégré. Ce système, plus moderne prend en compte beaucoup plus de fonctions contrairement à l’actuel système. Le nouveau système permet de gérer les cotisations, les prestations, la liquidation des prestations, l’immatriculation des assurés et des employeurs.
Ainsi, ce logiciel va permettre à la CANAM d’avoir un regard sur les ordonnances, les prescripteurs, les bénéficiaires, etc. Et avec cet appareil, un seul client ne peut plus bénéficier de plusieurs consultations pour le même cas de maladie à l’intervalle de 24 heures sauf en cas d’urgence. La pratique a montré, selon des experts, que certains clients peuvent faire plus de 3 consultations par jour pour les mêmes cas de maladie. Le mauvais dessein pour ces clients est qu’ils vont faire un stock de médicaments à la maison pour des parents et des amis.
En plus de ce mécanisme de contrôle, la CANAM a annoncé la mise en place d’un cadre de traitement des fraudes, fautes et abus ; d’un cadre d’information et de communication ; le renforcement de la collaboration avec les partenaires de la police, de la gendarmerie, de la justice et des Ordres professionnels. Enfin, pour éviter l’usurpation d’identité des contribuables, le nouveau système va prendre également en compte l’acquisition de matériels d’enrôlement pour la production au sein de la CANAM des cartes biométriques avec puce et couplées avec la NINA.

Par Sikou BAH
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