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Exploitations minières au mali : Les communautés exigent une juste répartition des richesses
Publié le mercredi 20 avril 2016  |  Le Matin
Cérémonie
© aBamako.com par A S
Cérémonie d`Inauguration de la mine d`or de Kofi
Bamako, le 24 Avril 2015, a eu lieu la cérémonie d`inauguration de la mine d`or de Kofi




Les rideaux sont tombés samedi à Kéniéba (14-16 avril 2016), sur l’Atelier sur le développement communautaire à travers le secteur minier. Les travaux ont été présidés par le ministre des Mines, M. Cheickna Seydi Ahamadi Diawara, accompagné de son homologue des Maliens de l’Extérieur, M. Abdourhamane Sylla. Des partenaires techniques et financiers, des opérateurs miniers et des autorités locales ont participé à cet atelier de proximité visant à renforcer le dialogue entre les communautés riveraines et les entreprises minières de développement communautaire. A la veille de l’événement, l’Agence Xinhua (Chine Nouvelle) s’était intéressé à l’impact de l’exploitation des ressources minières sur les dites communautés riveraines.
Au Mali, l’or ne brille pas pour tout le monde à l’heure de la répartition des richesses minières tirées des dix mines aurifères en exploitation dans le pays, estiment les spécialistes.
Ce constat a été fait dans différents rapports produits par des organisations internationales et de la société civile, qui s’accordent pour affirmer que le métal précieux ne brillerait que pour le trésor public malien.
Ainsi en 2014, selon le ministère malien des Mines, la valeur totale des exportations d’or a atteint 863 milliards de F CFA (près de 1 484 360 000 USD) soit plus de 70 % des recettes d’exportation totale du Mali et ont contribué au budget pour 254, 3 milliards (environ 437 396 000 USD), soit 25 % des recettes budgétaires et 8 % au PIB.
Malgré les montants faramineux, les attentes des communautés et des collectivités locales en termes de contribution au développement local ne sont pas satisfaites.
En 2014, pour l’ensemble de la région de Kayes (ouest du Mali), ces allocations étaient estimées environ 1.179.694.000 F CFA.
«Les attentes des communautés locales pour l’amélioration du niveau de vie socio-économique (éducation, formation, création d’emplois, réalisation d’infrastructures) ne sont toujours pas comblées», souligne S. Sissoko, un élu local.
«Franchement, nous ne savons pas ce que l’exploitation minière a rapporté aux populations de Syama, de Fourou voire du cercle de Kadiolo. La preuve, c’est que la Somisy (Société minière de Syama) n’est pas parvenue à bitumer un tronçon de moins de 100 km entre la mine et la route nationale reliant le Mali à Côte d’Ivoire. Pendant l’hivernage, cet axe est presqu’impraticable. Sans compter que les populations de Fourou souffrent toujours d’une grave pénurie d’eau en saison sèche…», s’offusque un opérateur économique de Fourou, extrême sud du Mali.
«C’est vrai que les sociétés font beaucoup, mais les populations attendent plus», déclare dans un rapport, Yacouba Koné, secrétaire général de la mairie de cette commune rurale, dans le rapport d’une organisation de la société civile.
En réaction, la Somisy SA rappelle avoir doté Fourou, entre autres, d’un lycée public, d’une salle de spectacle, d’un deuxième château d’eau et de salles de classes…
La déception des populations est également mise en exergue dans le dernier rapport d’International Alert, une ONG britannique, qui rappelle que «les communautés à la base bénéficient peu de l’exploitation minière», notamment dans la région de Kayes.
En matière d’emplois, «les attentes des populations n’ont pas été comblées. Il n’y a que 7 972 emplois formels crées sur une population totale de la région avoisinant les 2 millions d’habitants, dont une majorité de jeunes désœuvrés», note le rapport.
L’ONG précise, «les emplois et les projets communautaires ne bénéficient pas à tous les villages affectés par l’exploitation minière. Ce qui crée des tensions...», indique le rapport.
Il ajoute, «si la plupart des mines contribuent à une certaine amélioration du cadre de vie des communautés environnantes, les sentiments sont mitigés de part et d’autre, eu égard à la quantité et à la qualité des investissements communautaires».
Ainsi, même si les populations et les autorités locales et coutumières sont régulièrement impliquées, il s’agit plus d’une consultation que d’une participation effective des populations à toutes les prises de décision concernant les projets financés (choix, montant, secteur, maître d’ouvrage)…
Le gouvernement et les élus locaux interpelés
«C’est une question de visibilité. Nous faisons le maximum. Au lieu d’indexer les sociétés, je pense que les communautés doivent plutôt s’interroger sur ce que font réellement leurs élus avec recettes fiscales et les projets financés après leur approbation», soutient un responsable minier qui a requis l’anonymat.
Adama Berthé, un universitaire de la région, est du même avis. «Nous ne devons pas en vouloir aux sociétés minières, mais au gouvernement et surtout à nos élus qui ne défendent pas comme il se doit les intérêts communautaires», dénonce-t-il.
Le gouvernement malien reconnait ce constat et l’explique par le manque de coordination dans les actions des différentes sociétés minières opérant dans les mêmes zones géographiques. Ainsi, chaque société dispose d’un plan de développement communautaire qu’elle met en œuvre sans concertation avec les autres.
Pour changer la donne, un atelier sur le «développement communautaire à travers le secteur minier» a été organisé, pour la première fois dans l’histoire du pays, à Kéniéba du 14 au 16 avril 2016.
«Cet atelier était nécessaire pour les zones minières au regard de tous les problèmes que nous avons sur la table… Le consensus autour de ces problèmes n’est pas facile. Pour proposer des solutions aux maux de ce secteur, il faut des initiatives de ce genre», a déclaré le ministre des Mines, Cheickna Seydi Ahamadi Diawara, à l’ouverture des travaux.
A la fin de l’atelier les participants ont formulé les recommandations comme mettre en lien les activités initiées par les compagnies minières avec le PDSEC (Programme de Développement sociale, Economique et culturel) de la commune de Kéniéba, veiller au respect de la règlementation en ce qui concerne les programmes de développement communautaire ; impliquer les services techniques pour assurer la durabilité les programmes d’agrobusiness initiés par les sociétés minières.
Les participants ont également recommandé le renforcement des capacités des collectivités territoriales et encourager les initiatives en matière d’intercommunalité ; la mise en réseau des collectivités de la région de Kayes pour mieux partager les stratégies de développement communautaire ainsi que le soutien concret à l’entreprenariat des jeunes;
Capitaliser les revenus générés par les mines et les investissements dans les programmes sectoriels d’infrastructures routières, de santé, d’adduction d’eau et d’électricité…
La détermination des modalités d’adaptation de la main d’œuvre locale aux besoins des sociétés minières, la mise en place d’un mécanisme d’information, d’éducation et de sensibilisation des collectivités territoriales ; l’implication des acteurs locaux dans la gestion de leur sécurité et le renforcement du contrôle des flux migratoires dans les sites miniers… sont, entre autres, recommandations formulées par les acteurs à l’issue de l’atelier.
L’accent a donc été mis sur la nécessité de multiplier les espaces de rencontre entre les sociétés minières et les communautés de proximité. Il ne s’agit plus d’écouter et de décider avec les seuls élus, mais avec les populations à travers les notabilités, les associations de femmes et de jeunes.
Ce qui nécessite l’organisation d’un atelier similaire dans toutes les zones minières, notamment dans la région de Sikasso (sud) et de l’institutionnalisation de ce cadre de concertation au niveau national.
Tout comme la mise en place d’un comité de pilotage chargé du suivi et de la mise en œuvre des recommandations formulées au cours du présent atelier.
Hamady Tamba (Avec Xinhua)
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