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François Hollande au Mali à l’heure des premiers doutes
Publié le samedi 2 fevrier 2013  |  Rue89


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© aBamako.com par A S
Visite du président François Hollande à Tombouctou.
Tombouctou, le 02 février 2013, le président français s`est rendu à Tombouctou à la rencontre des troupes françaises en position dans la région.


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En visite éclair ce samedi, trois semaines après le début de la guerre, Hollande a atterri à Sévaré (centre du Mali), où l’armée malienne aurait commis des exactions.

François Hollande a-t-il eu écho, avant de s’envoler pour le Mali, des premières accusations et des premiers doutes exprimés par les organisations internationales de défense des droits de l’homme sur les conséquences de l’intervention militaire française dans ce pays africain ?

Sans doute, car elles pointent du doigt la principale faiblesse de l’opération Serval, au-delà de la prouesse militaire qu’a représenté le coup d’arrêt à l’avancée des jihadistes et la reconquête, en un temps record, des principales villes du Nord-Mali.

Il s’agit du comportement de l’armée malienne vis-à-vis des populations civiles, et des rapports Nord-Sud à l’intérieur de l’ensemble malien, avec son lourd héritage de discriminations et de rancœurs accumulées, dans les deux sens.

Amnesty International a ainsi dénoncé vendredi dans un rapport une « vingtaine » d’exécutions extrajudiciaires de civils par l’armée malienne dans le Nord du pays, et réclamé une enquête sur un raid aérien qui a tué des civils le 11 janvier au premier jour de l’intervention française.

« Les Français se savent observés »

Pour sa part, Jan Engeland, un ancien diplomate norvégien, puis haut responsable des Nations unies, aujourd’hui directeur adjoint de l’organisation Human Rights Watch (HRW), était à Paris cette semaine pour alerter les autorités françaises sur les risques. Après avoir été reçu au Quai d’Orsay, il a déclaré à Rue89 :

« J’ai été soulagé d’entendre au ministère des Affaires étrangères qu’ils se savent observés, par nous et par d’autres ».

Mais au-delà de ce bon point, Jan Engeland évoque lui aussi les premières exactions documentées de l’armée malienne à Sévaré, où au moins onze personnes ont été sommairement exécutées, et que ni Bamako, ni Paris, n’ont reconnues :

« Ce n’est jamais une bonne chose de fermer les yeux sur les actions de vos amis, c’est une grave erreur. »

L’ancien diplomate, qui a été associé à une première tentative de règlement négocié d’une rébellion touarègue dans les années 90 et connaît bien la région, souligne que si la France « est suffisamment intelligente pour comprendre qu’il n’est pas dans son intérêt que cette guerre reste une opération purement française sur le sol africain », elle ne peut se laver les mains des conséquences de son intervention.

Mission accomplie ? Vraiment ?

Accompagné de Jean-Marie Fardeau, le directeur du bureau parisien de HRW, Jan Engeland juge bien prématuré le « mission accomplie » lancé cette semaine par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Car le passage de témoin aux armées malienne et africaines prôné par la France peut être porteur de menaces sans un « effort politique, diplomatique, économique massif sur la durée » au Mali.

« Il y a une histoire avant ces derniers événements, et on ne peut pas l’ignorer.

Nous avions par exemple tiré la sonnette d’alarme pendant la guerre de Libye sur ces entrepôts d’armes légères non gardés, prêts à être pris par d’autres. Ce fut une erreur stratégique des pays de l’Otan qui ont alimenté le conflit malien.

Mais, ce qui a déclenché cette rébellion, cela reste le profond mécontentement des populations du nord avec la mauvaise gouvernance au Mali, qui n’a fait que se détériorer ces dernières années. Le Mali est allé de mal en pis, avec la corruption, les abus, l’aliénation des populations du nord. Tous les éléments classiques du conflit Nord-Sud.

Nous connaissons cet héritage. Il faut que les gens rendent des comptes, les uns pour les mains coupées et le recrutement d’enfants soldats, les autres pour les exactions des forces de sécurité.

Et il faut que la communauté internationale, la France mais aussi la Cédéao, l’Union africaine, l’Europe et l’ONU, reste mobilisée sur la durée pour rester vigilante, aider, pousser, voire menacer les responsables pour qu’ils fassent ce qu’ils s’engagent à faire. Vous ne pouvez pas attendre des groupes en conflit qu’ils réalisent eux-mêmes le besoin de réconciliation ».

Jan Engeland fait crédit à la France d’être consciente de la nécessité de « ne pas renouveler les erreurs du passé ».

« J’entends les bonnes choses sur la réconciliation et sur la gouvernance, mais j’espère simplement que ces exigences ne se perdront pas en route, comme cela s’est passé en Libye dès que l’attention internationale s’est détournée. »

Quel message de Hollande ?

Cette analyse lucide et équilibrée d’un homme qui reste un diplomate nordique au fond de lui-même, associée à bon nombre de processus de paix dans des conflits, constitue assurément la toile de fond de la visite au Mali de François Hollande et ses déclarations seront analysées à cette aune.

Celle-ci ne peut être uniquement une « photo op’ » pour le journal de 20 heures (ça le sera aussi, évidemment...), mais aussi l’occasion de parler de l’« après », de ce qui va se passer une fois la situation militaire stabilisée à défaut de réglée dans le nord.

La balle est en grande partie dans le camp des autorités maliennes ou de ce qui en tient lieu. François Hollande rencontre au Mali le président par interim Dioncounda Traoré, mais dans l’ombre, il reste une armée putschiste dont on ignore le rôle dans la dernière période.

Ce n’est pas la France qui règlera les questions institutionnelles maliennes, ni ne définira les règles de la cohabitation Nord-Sud dans l’ensemble malien réunifié, mais elle a pris l’initiative de briser un statu quo mortifère, et ne peut se laver les mains de la suite. Un défi plus complexe que l’envoi de paras sur Tombouctou pour François Hollande.

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