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Mali: Dernier sursaut des terroristes ? (éclairage)
Publié le jeudi 2 juin 2016  |  aam




L'escalade terroriste inédite que connaît le Mali serait paradoxalement liée à "l'irréversibilité" du processus de paix enclenché dans ce pays, un temps miné par des tensions inter-communautaires, a affirmé la porte-parole de la Mission onusienne au Mali, Radhia Achouri, dans une déclaration à Anadolu.
Accélérer, dès lors, la mise en oeuvre de l'accord de paix d'Alger, signé il y a un an entre Bamako et divers groupes armés rivaux, permettra, selon la fonctionnaire onusienne, de "contenir le terrorisme".
"Ces attaques s'accentuent en vue de saper le processus de paix. Plus il devient évident que ce processus est désormais irréversible, plus les terroristes s'activent à le bloquer", a fait savoir Radhia Achouri, par ailleurs directrice de communication de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
Dans la nuit de mardi à mercredi, quatre personnes, dont un Casque bleu chinois, ont été tuées dans une double attaque perpétrée par Al-Qaïda Au Maghreb Islamique (AQMI) contre le camp de la Mission de l’ONU à Gao, dans le Nord du pays. Ces deux attentats, qui ont également causé la blessure d'une douzaine de membres du personnel des Nations Unies, faisaient passer à 24, au moins, le nombre de Casques bleus tués depuis janvier, selon un recensement effectué par Anadolu à partir de sources onusiennes.
Deux jours plus tôt, cinq Casques bleus togolais ont été tués, un autre a été grièvement blessé, dans une embuscade tendue à leur convoi, dans le centre du pays. Cet attentat est lui-même survenu au surlendemain de l'explosion d'une mine à Gao, qui a tué cinq soldats maliens et blessé quatre autres dans la région de Gao.
Il y a un an, Bamako et les groupes armés du Nord signaient un accord de paix négocié à Alger mettant fin à une crise politique aux dimensions communautaires. Depuis, mis à part quelques échauffourées entre groupes armés autonomistes ou pro-gouvernementaux, le principe de ces accords n'avait pas été remis en cause, "même si [sa] mise en œuvre n'avance pas à la cadence souhaitée", reconnaît Achouri.
"C'est la raison pour laquelle les Nations Unies n'ont cessé d'appeler à expédier la mise en œuvre de l'accord qui est, à notre avis, le garant principal pour contenir le terrorisme", a-t-elle préconisé.
Moussa Ag Acharatmane, chargé des relations extérieures au sein du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA), le principal groupe armé autonomiste, abonde dans ce sens. "Nous pensons que l'application de cet accord est la seule voix pour la paix et la seule réponse pour pallier à cette insécurité, en constituant des forces nationales en mesure de lutter contre ce fléau", a-t-il déclaré à Anadolu.
Même s'il rappelle que l'accord de paix est "la seule voie légale aujourd'hui", Acharatmane reconnaît, lui aussi, qu'au bout d'un an, la "lassitude" commence à gagner les esprits.
"La non application [de l'accord] ouvre la voie à toutes les dérives, aux risques de conflits communautaires et à la poussée des jeunes dans les bras des terroristes", met en garde, dans une déclaration à Anadolu, Abdourahamane Dicko, expert indépendant en gestion des conflits et président de l'association des ressortissants de Gabero, une localité dans la région de Gao.
Approché par Anadolu, Lucien Pambou, enseignant de sciences politiques et économiques à l'Université de Paris XIII et membre du comité de rédaction de la revue "Géopolitique Africaine", estime également que l'absence de solutions à la jeunesse malienne, notamment celle du Nord, pourrait "accélérer le basculement" de certains d'entre eux, sinon dans le terrorisme, du moins dans le banditisme.
La semaine dernière, des habitants de la ville de Kidal ont manifesté pour critiquer la lenteur attachée à l'application du processus de paix, mais également l’absence de services sociaux de base dans cette ville septentrionale.
Selon, Gaoussou Drabo, ancien ministre de la communication et actuellement membre de la haute autorité de l'audiovisuel, le Comité de suivi de l'accord de paix (CSA) avait pris "un très mauvais départ en s’enlisant dans une interminable bataille pour la représentation en son sein des groupes armés ou proclamés comme tels".
Le CSA "avait ensuite gaspillé un temps considérable à se donner une méthode de travail et à aborder les sujets d’importance. En outre – et alors que beaucoup l’imaginaient comme une structure d’impulsion – il a fini par ressembler à une espèce de commission de conciliation dans laquelle l’essentiel des énergies est consacré à examiner les revendications contradictoires ou solidaires" des uns et des autres, expliquait Drabo dans sa chronique "l'avenir politique du Mali", parue dans le numéro du 31 mai dernier du quotidien "l'Essor".
"C'est vrai que l'institution chargée de l'application de l'accord a du plomb dans l'aile. Chaque camp accuse l'autre de ne pas assez faire pour la mise en œuvre de l'accord et de ne pas respecter ses engagements", lance sous le sceau de l'anonymat une personnalité politique malienne impliquée dans la mise en oeuvre de l'accord.
"C'est aussi une question d'interprétation de l'accord. Les mouvements armés reprochent au gouvernement de retarder la mise en place des autorités intérimaires. Ce que réfute le gouvernement bien-sûr. La mise en place des autorités intérimaires doit obligatoirement être effectuée avant tout cantonnement ou toute démobilisation des combattants, selon les groupes armés. Mais ce n'est pas la lecture que fait le gouvernement malien de l'accord", poursuit la même source.
Elle ajoute néanmoins que "même si les groupes armés ont récemment suspendu leur participation au comité, ces blocages pourraient être vaincus puisque la communauté internationale est la garante de l'application de l'accord".
Pilotée par l’Algérie, la médiation internationale a récemment invité les parties (principalement Gouvernement, groupes autonomistes) afin de trouver une solution aux blocages constatés. "Chose qui a repoussé la tenue de la neuvième session ordinaire du CSA au 3 et 4 juin 2016 alors qu’elle était initialement prévue les 30 et 31 mai dernier", commente le site maliactu dans un récent article.
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