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Présidence de la Commission de L’UEMOA: Le Sénégal et le Niger à couteaux tirés
Publié le jeudi 9 juin 2016  |  Le Prétoire
Ouverture
© Présidence de CI par DR
Ouverture de la 49ème session ordinaire de la Conférence des chefs d`État et de gouvernement de la CEDEAO
Dakar, le 4 juin 2016 - La 49ème session ordinaire de la Conférence des chefs d`État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l`Afrique de l`Ouest (CEDEAO) s`est ouverte, ce matin.




Normalement, le Sénégalais Cheikh Hadjibou Soumaré devait céder le fauteuil de président de la Commission de l’Uemoa au Niger. Comme convenu à Cotonou en novembre dernier, lors du dernier sommet qui prolongeait de 06 mois supplémentaires le mandat du Sénégalais à la tête de la Commission. Mais le président Macky Sall semble résister à la succession de son compatriote.
Elle était pourtant inscrite en lettres majuscules à l’ordre du jour du sommet extraordinaire de l’Uemoa, tenu le week-end dernier à Dakar, dans le complexe hôtelier de King Fahd Palace. A la fin des travaux, on s’est curieusement rendu compte que cette question, tant attendue, n’est même pas mentionnée dans le communiqué final. Renvoyée donc aux calendes grecques.
Le Niger, soutenu par le Mali par souci d’équité et de justice, a vécu ce complot– qui aurait la bénédiction du président ivoirien, Alassane Ouattara-comme une trahison.
L’ex-Premier ministre d’Abdoulaye Wade qui garde finalement le poste jusqu’au prochain sommet de l’organisation sous-régionale peut-il continuer malicieusement à grignoter des «6 mois» ad vitam aeternam ?
Pourtant, au cours du huis clos, le président nigérien s’est battu bec et ongle pour ramener son homologue sénégalais à la raison. Sans succès ! Il a même donné lecture des termes du Protocole de Cotonou signé le 8 novembre 2015, lors de la 19ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union. Lequel avait prorogé de 6 mois le mandat du président de la Commission de l’Uemoa.
En contrepartie, le Président Mahamadou Issoufou avait accepté de céder le poste de Vice-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) en prenant la présidence de la Commission de l’Uemoa occupée par le Sénégal. Il avait même mis sur la table un document signé par Me Wade qui accepte de céder la direction de l’institution au Niger au nom d’un principe de rotation, témoigne la presse sénégalaise.
Mis devant le fait accompli, Macky Sall avait accepté d’entériner cet engagement de son prédécesseur en obtenant au change le poste de Vice-gouverneur de la Bceao.
Selon d’autres sources, le président nigérien n’est pas exempt de tout reproche. En effet, il semble vouloir récupérer la présidence de l’Uemoa et garder aussi le poste de Vice-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Mais Dakar, deuxième puissance économique de l’Uemoa, bombe la poitrine et refuse de céder le poste. L’éternel intérimaire Cheikh A. Soumaré a déclaré aux journalistes que ce sont les chefs d’Etat eux-mêmes qui souhaitent qu’il reste à son poste jusqu’à la rationalisation des organes de l’Union. Rationalisation recommandée par les dirigeants de l’Union.
Après ce bras de fer gagné sans effort par Macky Sall, une question s’impose : à l’image de la Bceao dirigée par la Côte d’Ivoire, l’Uemoa est-elle en train de devenir la chasse gardée du Sénégal ?
Quid du cas du Mali ?
Des observateurs avisés de la vie communautaire ouest-africaine affirment sans détour que le Mali serait victime de ce bras de fer entre le Sénégal et le Niger. D’aucuns vont même jusqu’à parler de complot contre notre pays, vu la grave crise sécuritaire qu’il traverse présentement. L’un des premiers signaux à capter est que les nouveaux commissaires, parmi lesquels l’ancienne ministre, Mme Bouaré Fily Sissoko, doivent encore prendre leur mal en patience. La malédiction de Soumaïla Cissé les aurait-elle atteints en plein cœur ? Ce qui est constant, c’est que malgré la volonté réaffirmée du Président de la République du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, de changer de commissaire au sein de la Commission de l’Uemoa, ce vœu ne parvient pas à être concrétisé. Est-ce à cause du bras de fer qui oppose le Sénégal au Niger autour du contrôle de la commission de l’Uemoa ou tout simplement un recul de la diplomatie malienne dans la sous-région ? La dernière hypothèse serait plus plausible à l’analyse de certains faits qui se sont passés tout récemment. Comment peut-on en effet convoquer une rencontre sur le terrorisme à Abidjan entre Alassane Ouattara et Macky Sall sans le Mali ? Certains esprits malins peuvent rétorquer en disant que ces deux pays ne font pas partie du G5 Sahel, composé du Burkina-Faso, du Mali, du Niger, de la Mauritanie et du Tchad. Une telle analyse ne résiste pas à la critique d’autant plus que le Mali est l’épicentre du terrorisme dans la sous-région; mieux, il entretient des relations historiques avec les deux pays. Quant au troisième élément beaucoup plus troublant, c’est le fait que le Burkina Faso qui a été médiateur principal dans le dossier malien et qui participe aux forces de la Minusma décide unilatéralement de redéployer ses 8500 hommes à la frontière Mali-Burkina. Une décision qui fait suite à l’arrestation de certaines personnes impliquées dans l’attentat de Ouagadougou. Des terroristes qui ont été neutralisés grâce aux services de renseignement ivoiriens. Autant d’éléments qui prouvent que les autres pays de la sous-région nous mettent sur le banc des accusés. Si on ajoute à tous ces éléments les contrôles intempestifs dont font l’objet nos compatriotes dans les différents aéroports de la sous-région à cause de notre passeport ou d’autres pièces d’identification qui ne sont pas encore biométriques, on peut conclure que les Maliens sont aujourd’hui victimes de stigmatisation. En effet, dans la sous-région, tout Malien est considéré comme un potentiel terroriste. Où se trouve donc les valeurs communautaires, notamment la solidarité tant recherchée par nos pères de l’indépendance ?
Ibrahim Mohamed GUEYE
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