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Université de Ségou: Le Recteur dans l’illégalité et des machinations pour le maintenir à son poste
Publié le mercredi 3 aout 2016  |  Nouveau Réveil




En août 2015, le Ministère de l’Enseignement Supérieur a lancé un appel à candidature à l’effet de remplacer le Recteur de l’Université de Ségou (US) en fin de mandat. À l’issue de la compétition à laquelle pas moins de cinq candidats dont le recteur sortant, le Pr Abdoulaye Traoré ont régulièrement participé, M. Dabo et M. Dembélé, tous de Bamako ont été présélectionnés par la commission d’organisation et leurs dossiers transmis au ministre d’alors, maître Mountaga Tall, afin qu’il propose en conseil des ministres, la nomination de l’un des deux postulants.
Paradoxalement, malgré la régularité de cette compétition, le même Ministère a lancé le 10 mai dernier, un nouvel appel à candidature N°2016-0046/MES-SG aux fins de nommer un recteur à l’université de Ségou, taillé sur mesure pour repêcher le recteur sortant. Puisque tous les critères qui le recalent comme l’âge limite, la situation juridique ont été zappés. De toute évidence, l’arrêt brusque des cours avant la fin des programmes et le rejet aux calendes grecques des programmes d’encadrement des étudiants terminalistes, faute de sous, ont une relation avec le maintien à son poste du recteur, au mépris de la légalité. Et c’est ce qui explique les fréquentes sorties des étudiants. Mme le professeur Assetou Founè Samaké Migan, actuelle ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, ne peut pas sans cautionner la magouille et l’illégalité longtemps entretenues par maître Mountaga Tall, organiser un autre appel à candidature avant de tirer les conséquences de droit de l’appel à candidature du mois d’août dernier.
Un simple respect de la loi voudra que le Pr Abdoulaye Traoré, recteur de l’Université de Ségou passe la main au Vice-recteur ou à un collège pour diriger l’université puisqu’ il a épuisé son mandat. Par décret N° 09-414/P-RM du 3 août 2010, M. Abdoulaye Traoré, professeur d’enseignement supérieur, numéro matricule 903-27R a été nommé recteur de l’Université de Ségou. Le mandat dure cinq ans. En avril 2015, il devait passer le témoin. Il ne l’a jamais fait et reste à ce jour en poste. En août 2015, en application des dispositions de l’article 53 de la loi N° 2014-049 du 19 septembre 2014 portant principes fondamentaux de la création, de l’organisation et du contrôle des services publics, de l’arrêté N°2015-4482 du 18 décembre 2015 fixant les modalités de l’appel à candidature pour la désignation des recteurs des universités du Mali et de l’instruction N°2014-001/PM-RM du 27 mars 2014 du Premier ministre, chef du gouvernement, le poste de recteur de l’Université de Ségou a été ouvert à la concurrence des personnes remplissant les conditions définies dans un cahier de charge. La compétition a mis aux prises, au moins cinq candidats dont trois étaient de l’Université de Ségou. Il s’agissait de M. Abdoulaye Traoré, le recteur sortant, candidat à sa propre succession, de M. Souleymane Kouyaté, vice-recteur et de M. Dantouma Kamissoko, Directeur général de l’Institut Universitaire de Formation Professionnelle(IUFP), plus messieurs Dembélé et Dabo de l’École de Médecine et d’Odontostomatologie, deux candidats venus de Bamako. À l’issue des épreuves régulièrement organisées par une commission ad hoc, les deux candidats de Bamako ont été préférés aux autres. Leurs noms et références ont été transmis au ministre maître Mountaga Tall, afin qu’il propose en conseil de ministre, la nomination de l’un d’eux au poste convoité. Plutôt que de se conformer à la loi, le ministre Mountaga Tall a mis dans la poubelle, les résultats du concours et lancé un nouvel appel à candidature en mai 2016. De nombreux observateurs y voient une machination pour repêcher le recteur sortant, puisque les critères qui le disqualifient sont éliminés, notamment la limite d’âge maximum et la situation juridique. Ceci a forcément une relation de cause à effet avec la crise financière que traverse l’université justifiant l’arrêt subit des cours avant la fin des programmes et l’abandon des travaux d’encadrement des étudiants terminalistes pour faute d’argent. Pas plus que le mardi 19 juillet dernier pour la énième fois, les étudiants se sont attroupés devant le rectorat et brûlé des pneus, protestant contre l’arrêt prématuré des cours et l’abandon de leur encadrement pour les mémoires de fin d’études, mais le recteur sortant fait la sourde oreille. Des sources anonymes internes à prendre très au sérieux, estiment à au moins 30%, le montant amputé au budget de l’Université de Ségou pour maintenir à son poste le recteur sortant, malgré la fin de son mandat. En bloc, nos interlocuteurs soutiennent que le Pr Abdoulaye Traoré, a aboulé à l’ex-ministre Tall, la somme de 100 millions CFA pour rester à son poste. Evidemment, de telles affirmations sont difficiles à prouver, mais les doublons dans les écritures financières et l’inexécution de certaines tâches programmées et budgétisées sont de sérieux indices.
Hémorragie financière à tous les niveaux
Le budget de l’Université de Ségou pour l’année 2016 se chiffre à 4. 400. 548. 000FCFA. Il se reparti comme suit : 3. 282. 768. 000 pour l’Etat ; droit d’inscription : 98. 990. 000FCFA ; subvention du programme NICHE : 142. 790. 000FCFA et banque mondiale : 876. 000.000FCFA. Laisser la manipulation d’un tel pactole, sans contrôle sérieux, aux mains de gens à la moralité douteuse reviendrait à armer un chimpanzé d’une lame rasoir et le laisser dans une rue bondée de monde à une heure de pointe. Et pour cause, l’ordonnateur principal des recettes et des dépenses est en délicatesse avec la justice pour des raisons de moralité. Quant au chef service financier, Mamadou Salif Diakité, il a été relevé de son poste de financier à l’opération riz de Ségou par l’actuel ministre de l’Agriculture, M. Kassim Denon, alors DG pour les mêmes raisons. S’agissant des dépenses à engager pour cette année, de nombreux postes se limitent à l’inscription sur le papier et non effectivement exécutées. Par exemple, la ligne de crédit 3-621-30 pour l’acquisition de deux tracteurs pour un coût de 10 millions. Déjà en 2015, cette inscription avait été faite et deux tracteurs ont été effectivement acquis même s’ils restent exposés à une usure certaine sans être utilisés car, ils sont éternellement en stationnement. En 2016 encore, la même inscription a été reconduite, ce qui voudra dire que deux nouveaux tracteurs devaient être acquis. Mais ce n’est pas le cas. Sur la même ligne de crédit, il est question d’achat de matériels de laboratoire à 14 millions. Peut-être que les autorités universitaires cachent ce matériel aux étudiants car, l’année dernière, cette dépense avait été programmée et exécutée sur le fonds NICHE. En 2016, il n’y a pas eu d’achat de matériels de labo. Au titre des produits alimentaires, il est prévu 48 millions l’an. Or, selon les bénéficiaires, il y a eu seulement un achat cette année. Même pendant le mois de carême, nous dit une source, il n’y a pas eu un seul cristal de sucre acheté. L’année dernière, il n’y a eu que deux achats de produits alimentaires. Le Rectorat de l’US prévoit d’aménager à 19.670.000 FCFA, la ferme de Soninkoura qui n’est pas sa propriété. Comment est-ce possible ? Il est prévu le recrutement des enseignants contractuels pour l’exécution de programmes pertinents pour 100 millions ; l’emploi des enseignants recrutés pour 200 millions ; l’aménagement à 300 millions d’une ferme agricole; l’aménagement d’un étang piscicole à 20 millions; l’aménagement d’une ferme laitière pour le même montant ; l’aménagement d’un champ expérimental à 30 millions ; la formation des enseignants en anglais à 40 millions. Rien de tout cela n’a été exécuté encore. Peut-être que ce sera fait pendant les grandes vacances. Mme le Ministère, version Pr Assetou Founè Samaké Migan le sait-elle? Passons sous silence, les divers qui s’élèvent à 42.378.000FCFA. Et ce n’est pas tout. Loin s’en faut.
Sur la ligne de crédit 3.2.2, de nombreuses dépenses programmées au pour l’année en cours ne l’ont pas été alors que l’année est finie. C’est le cas des journées portes ouvertes, de la journée thématique à l’IUFP, de la production et de la diffusion de cinq affiches géantes pour la rentrée universitaire( on est en fin d’année), de la production de trois spots publicitaires et rediffusion, de la confection, du tirage et du dispatching de prospectus et affiches grand format dans les CAP, de la leçon inaugurale à la rentrée universitaire, de la participation au salon du lycéen, le tout à plusieurs millions de nos francs qui attend exécution. Il n’est pas anodin de relever les disparités entre les facultés, toute chose qui contraint les étudiants de la FASSO (Faculté des Sciences Sociales) à une formation au rabais, comparés à leurs camarades. Dans cette faculté, il n’y a pas de comptable même si le poste est prévu. Pire, avec 59,87% de l’effectif global des étudiants de l’université, seul un montant de 31,36% du budget est alloué à cette faculté. Le coût annuel de formation par étudiant dans ladite faculté est de 145.976FCFA contre 501.144FCFA à l’IUFP. Autre détail qui n’est pas des moindres, le recteur sortant, le Pr Abdoulaye Traoré, a la faiblesse ou peut être le défaut de ne pas être militant du parti de l’ex-ministre à savoir le Cnid/FYT à la différence du chef service financier, Mamadou Salif Diakité. Pour racheter son maintien à son poste, malgré la fin de son mandat, il est facilement manipulable parce qu’il est l’ordonnateur principal des recettes et des dépenses et cela nécessite une vérification. Qu’il se passe des monstruosités dans cette jeune université pourtant promu à un bel avenir. Il suffit tout simplement de vérifier.

Arouna Traoré
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