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Terrorisme-insécurité-corruption-mauvaise gouvernance : Le rapport accablant de Crisis Group sur le Mali
Publié le jeudi 4 aout 2016  |  L’aube
Patrouille
© AFP par PHILIPPE DESMAZES
Patrouille de l`armée malienne et française à Goundam
Patrouille de l`armée malienne et française entre Goundam et Tombouctou




L’Ong International Crisis Group vient de publier un rapport sur le Mali. Daté du 6 juillet 2016, le document dépeint la situation actuelle du Mali dans ses fléaux qui ont pour noms djihad, violences armées, banditisme, corruption… Véritablement accablant ! Synthèse d’un internaute :

Alors que toute l’attention est concentrée sur le Nord du Mali, le centre du pays, délaissé par l’Etat, est en proie à une montée inquiétante des violences armées. La gestion des ressources naturelles y suscite de multiples conflits que l’administration et les élites traditionnelles ne parviennent pas à réguler. Depuis plusieurs mois, une insurrection invoquant le jihad instrumentalise le discrédit qui frappe les pouvoirs publics pour étendre son influence. L’Etat et ses représentants sont chassés des zones rurales. Mais la violence prend aussi d’autres formes : les règlements de compte, le banditisme, et les milices d’autodéfense se développent. L’accord de paix signé à Bamako en juin 2015 concerne principalement les régions du Nord et néglige le centre du pays. Le gouvernement malien et ses principaux partenaires doivent permettre le retour effectif de l’Etat et la restauration de sa légitimité auprès de l’ensemble des populations du centre. En l’absence d’une réponse adaptée, cette zone plus peuplée que le Nord et vitale pour l’économie du pays pourrait devenir un foyer durable d’instabilité.

Le centre est longtemps resté à l’écart des rébellions armées du Nord, mais il en a subi le contrecoup à la suite de l’augmentation du brigandage massif et de la circulation accrue des armes depuis les années 2000. Les groupes marginalisés, dont une partie des éleveurs nomades, voient dans l’accès aux armes modernes un moyen de contester les hiérarchies en place. Ils remettent en cause les privilèges des élites urbanisées et des anciennes aristocraties locales. L’Etat, gangrené par la corruption et discrédité par la multiplication des brutalités des forces de sécurité, peine à assurer sa mission de médiation. Dans ce contexte, le repli communautaire s’accentue, en particulier parmi les populations peules, gagnées par un sentiment de victimisation ethnique.

La crise malienne de 2012 a marqué un tournant pour le centre, dont une partie a été occupée par des groupes armés. La fuite des agents de l’Etat a un peu plus affaibli la puissance publique et laissé de vastes territoires à l’abandon. Face à l’insécurité, une partie de la population a cherché auprès des groupes armés, y compris radicaux, une forme de protection ou de justice. En 2013, l’opération militaire française Serval a repoussé ces groupes mais, dans son sillage, le redéploiement des forces de sécurité maliennes s’est accompagné de nombreux abus, en particulier à l’égard des nomades peuls et tamasheq. Le retour de fonctionnaires corrompus a aussi suscité l’hostilité des populations.

Le réinvestissement des régions centrales par l’Etat n’a pas permis de restaurer la sécurité ni d’améliorer la relation des autorités avec les administrés.
Sur ce terreau fertile, un groupe radical, nommé par les médias le Front de libération
du Macina (FLM) et lié au mouvement jihadiste Ansar Eddine, s’est développé.
Ce groupe aux contours encore flous et dont l’existence même fait débat s’est
illustré par des attaques meurtrières contre les forces maliennes dans plusieurs localités
du centre depuis le début de l’année 2015. Il serait dirigé par Hamadoun
Kouffa, un prédicateur musulman peul rendu célèbre par ses critiques virulentes
de l’Etat et des élites locales. Depuis son entrée en scène, les agents de l’Etat, eux
aussi ciblés par ses actions ou discours, ont de nouveau quitté une grande partie des
territoires du centre et la violence s’est amplifiée.

Il est aujourd’hui difficile de distinguer ce qui relève du banditisme, des vendettas
locales et de l’action des groupes radicaux dans le centre du pays. Ces derniers
forment un noyau déterminé mais encore minoritaire, inégalement structuré, moins
armé et moins lié aux trafics que les groupes radicaux actifs au Nord. Ils se développent
cependant dans les zones rurales, profitant du discrédit de l’Etat, des frustrations
et des peurs d’une partie des populations locales.

Le gouvernement malien a jusqu’ici privilégié une réponse sécuritaire qui donne
quelques résultats mais ne permet pas à l’Etat de réinvestir l’ensemble des territoires
du centre et contribue, par sa brutalité, à accentuer le divorce avec les populations.
Surtout, les réponses politiques manquent de clarté et d’ambition. Le centre a été
largement absent des pourparlers d’Alger qui ont permis la signature de l’accord de
paix à Bamako en juin 2015.

Les partenaires étrangers du Mali y restent également
discrets. Ils sont plus présents à Bamako et plus impliqués dans le dossier du Nord.
Une partie des élites locales et des autorités sont aujourd’hui tentées de répondre
à l’insécurité en soutenant le développement de groupes d’autodéfense à base
communautaire. Ces milices ne peuvent constituer une réponse efficace au problème
réel d’insécurité locale et encore moins remédier au discrédit dont souffre l’Etat.

Dans l’état actuel de tensions inter et intracommunautaires, elles favorisent des
épisodes de violence de plus en plus inquiétants tels que les incidents entre groupes
armés bambara et peul en mai 2016, dont le bilan pourrait dépasser 40 morts.
Le centre du Mali est entré dans une zone de fortes turbulences mais les messages
d’alerte précoce et les actions préventives peuvent encore empêcher la montée
des mouvements extrémistes. Comme le souligne le rapport de Crisis Group Exploiter
le chaos : l’Etat islamique et Al-Qaïda (14 mars 2016), résoudre les conflits locaux
permet de contenir l’extrémisme violent beaucoup plus qu’endiguer l’extrémisme
violent ne permet de résorber les crises locales.

La réponse des autorités maliennes ne devrait pas se concentrer uniquement sur
les opérations antiterroristes qui contribuent au rejet de l’Etat, tout particulièrement
quand des abus sont commis sur les populations. Le gouvernement, en s’appuyant
sur les élites locales, la société civile et ses partenaires extérieurs, devrait au contraire
se montrer plus ambitieux et reconstruire les services publics dans une zone
trop longtemps délaissée. Pour cela, il devrait structurer ses interventions, hiérarchiser
les priorités et reconnaitre que la restauration de son autorité n’est pas uniquement
une question de maintien de l’ordre mais dépend aussi de sa capacité à mettre
en place des programmes efficaces dans les domaines de la justice et de l’éducation,
afin de démontrer son utilité et son impartialité.

Recommandations
Pour enrayer la détérioration de la situation sécuritaire dans les régions
centrales et permettre aux autorités publiques de rétablir une présence et
une légitimité sur ces territoires.

Au gouvernement du Mali :
1. Développer une stratégie visant à assurer le retour effectif de l’Etat et à restaurer
sa légitimité auprès de l’ensemble des populations et, pour cela,
a) Procéder à une réforme effective de la police territoriale, qui pourrait s’inspirer
de projets récents menés au Niger ; en particulier, les forces de l’ordre devraient
recruter des hommes et des femmes au sein des différentes communautés
pour permettre un service efficace y compris dans les zones nomades.

b) Elaborer, de la façon la plus inclusive possible, un plan spécial pour coordonner
les efforts de l’Etat dans les régions du centre et identifier les actions
prioritaires à mener, notamment dans les domaines de la justice, de l’éducation
et de la gestion des ressources naturelles. Dans ce dernier domaine, prévoir
des mécanismes pour renforcer la cohabitation pacifique entre éleveurs
et agriculteurs.

c) Nommer un haut représentant pour les régions du centre, pour incarner
l’engagement de l’Etat, travailler en consultation avec les populations et les
associations, et assurer la coordination avec les bailleurs qui se mobiliseront.

2. Eviter le recours aux groupes d’autodéfense à base communautaire et renforcer
les moyens donnés aux Forces de sécurité (FDS) tout en punissant sévèrement et
publiquement les brutalités des FDS à l’égard des civils.
Aux élites locales représentants les différentes populations du centre :

3. Jouer le rôle essentiel de relai entre les populations et l’Etat et, pour cela, dépasser
les clivages communautaires et les querelles de personnes et accepter de
coopérer avec de nouveaux représentants des populations, notamment les chefs
nomades et les responsables religieux, y compris ceux qui ont sympathisé avec
les groupes armés depuis 2012.

4. Eviter de soutenir les mouvements armés ou les groupes d’autodéfense qui ne
peuvent constituer qu’une réponse de court terme à l’insécurité et qui à plus longue
échéance pourraient aggraver durablement les violences intercommunautaires
au centre du pays.

5. Promouvoir à l’inverse, en partenariat avec l’Etat, le développement d’une police
territoriale au service des populations, dans laquelle les différentes composantes
ethniques et de genre sont représentées.
6. Encourager les initiatives locales de résolution des conflits, tout particulièrement
celles portées par des associations suffisamment représentatives des populations
du centre du Mali en termes d’âge, d’appartenance ethnique, d’activités
socioprofessionnelles et de genre.

Mali central : la fabrique d’une insurrection ?
Rapport Afrique de Crisis Group N°238, 6 juillet 2016 Page iv
Aux principaux partenaires du Mali, tout particulièrement l’Union européenne :
7. Accompagner l’Etat dans son redéploiement concret au niveau local en mettant
en place des programmes de soutien au développement des services publics dans
les régions du centre.
8. Faire de Mopti une région pilote pour les politiques de coopération en matière de
sécurité locale et plus particulièrement de police territoriale, dont les enseignements
pourraient servir demain pour d’autres régions sahéliennes et notamment
pour le Nord du Mali.

A la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) :
9. Etendre le bénéfice du programme de désarmement, démobilisation et réintégration
(DDR) aux régions du centre sans déroger aux dispositions de l’accord
de paix, en veillant à relier le DDR aux efforts de réforme de la police territoriale
et en évitant de nourrir la constitution de groupes d’autodéfense échappant à
une stricte régulation par les autorités publiques.
10. Soutenir la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire malien,
conformément au mandat de la Minusma et, pour cela, adopter une approche
fondée sur la restauration des services publics, y compris policiers, autant que
sur le renforcement d’un dispositif militaire international.

Dakar/Bamako/Bruxelles, 6 juillet 2016
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