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Assarid Ag Imbarcawane, 2e Vice-président de l’Assemblée Nationale : «Il n’y a pas de problème touareg au Mali»
Publié le lundi 11 fevrier 2013  |  Le 22 Septembre




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Dans l’interview qu’il nous accordée, le 2e Vice-président de l’Assemblée nationale, Assarid Ag Imbarcawane, nous livre ses impressions sur la rébellion touarègue. Il démonte également les fausses affirmations du MNLA, qui fait croire à une discrimination des populations touarègues au Mali.
22 Septembre: Monsieur le Président, actualité oblige, il y a eu un affrontement entre différents corps des forces armées malienne, il y a eu des morts et des blessés graves. Quelle est votre réaction à chaud?

Assarid Ag Imbarcawane: Ce qui s’est passé ce matin au Camp Para entre des composantes de notre armée et des services de sécurité de notre pays, est tout à fait regrettable. Je pense personnellement que ce n’est pas le moment. Le moment est venu, en réalité pour nous, qu’il y ait l’unité de nos armées et de nos forces de sécurité, qu’elles se mettent toutes ensemble pour faire face à la situation qui prévaut dans le nord de notre pays. Au niveau de l’Assemblée nationale, le Président a été saisi du dossier. Nous avons rencontré la Commission Défense, le Président de l’Assemblée et moi-même. Et nous lui avons confié ce dossier, pour voir dans quelle mesure assurer un rapprochement, probable, possible, entre les différentes composantes de notre armée nationale. Voilà ce que je pense de cette affaire.

Est-ce à dire qu’on va vers une loi d’amnistie des évènements du 30 avril?

Vous savez, les lois d’amnistie sont du ressort du Président de la République. Ce n’est pas du ressort de l’Assemblée nationale. Je crois que, constitutionnellement, il n’y a que le Président de la République seul qui peut proposer une loi d’amnistie à l’Assemblée nationale. Elle-même ne peut pas la proposer. Si le Président de la République estime que c’est nécessaire, c’est à lui d’apprécier. Mais, en ce qui nous concerne, nous n’avons pas le pouvoir de proposer une loi d’amnistie. Donc, il faut que cela soit clair dans l’esprit de tout le monde.

Parlons du nord maintenant. Est-ce qu’il existe au Mali ce que les média étrangers appellent la question touarègue?

Je crois que mon point de vue sur cette question a toujours été le même, depuis les années 1990 jusqu’à nos jours. A mon avis, il n’y a pas de problème touareg au Mali. Ce sont les discours, la communauté internationale, qui font qu’on pense qu’il y a un profond problème touareg. On passe tout son temps à parler de rébellion touarègue, à parler de problèmes qui existent entre les Touaregs et les populations du Sud ou entre les populations du Nord et du Sud. Je pense que tout ça c’est mal comprendre tout ce qui se passe au nord. Ce qui se passe au Nord n’a pas commencé aujourd’hui, mais bien avant l’indépendance. Après, en 1962, il y a eu une première agitation, qu’on ne peut même pas appeler rébellion, dans la région de Kidal. Dans les années 1990, il y a eu une véritable rébellion, à laquelle ont participé beaucoup de jeunes qui appartiennent à toutes les régions du Nord du Mali. Et puis, cette rébellion, qui est une invasion islamiste. Pour revenir à la question touarègue, je vais vous dire simplement que les Touaregs ne sont pas des rebelles. Et qu’il n’y a pas de problèmes fondamentaux entre les Touaregs et la République du Mali, entre les Touaregs et les populations du Nord et du Sud. Il faut que cela soit très clair pour tout le monde. Je pense qu’il faut situer les choses dans leur contexte. Il y a un petit groupe, qui, à chaque fois qu’il est mécontent, prend les armes et prétend parler au nom des Touaregs. Et, à travers la communauté internationale, parce qu’ils ont des lobbys très forts, ils essaient de relayer leurs messages et de dire que ce sont tous les Touaregs qui sont en révolte. Ce n’est pas vrai, nous ne sommes pas en révolte. Allez faire vos investigations.

Pourtant, pour la communauté internationale, les Touaregs sont discriminés. Pouvez-vous nous parler de ce que l’Etat a fait pour vous et dans les régions du Nord?

Ecoutez, je pense que le phénomène des discriminations, ou subir des pressions ou d’être opprimés par les populations du Sud, ce sont des faits qui sont dépassés. Ils ont avancé cet argument lors de la rébellion de 1990. Ils avaient dit que les populations du Nord étaient sous développées et qu’elles ne bénéficiaient pas des mêmes avantages que les populations du Sud. C’est la raison pour laquelle nous avons signé un Pacte national. Le Pacte du 11 avril 1992 dit tout. Il donne toute la possibilité de mettre en œuvre une discrimination positive des populations du Nord. C’est ce qui a été fait.

Quelle est cette discrimination positive?

La discrimination positive c’est que nous avons intégré 3 500 jeunes dans l’armée, dans les services de sécurité, dans la fonction publique, sans faire de concours. Ce qui n’a jamais été fait nulle part dans le monde. Nous avons intégré les jeunes dans les grades de Commandant, de Capitaine, de Lieutenant, de Sous-officiers et de cadres dans les fonctions de responsabilité. Je parle de l’Etat malien, ce n’est pas moi. C’est cela la discrimination positive en faveur des Touaregs. Finalement, c’est en faveur même de toutes les populations du Nord. Parce qu’il y a certaines populations qui en ont bénéficié. Les intégrations et tout ça, tout le monde en a bénéficié. Et, en matière de développement, je vous assure que, de 1992 à nos jours, tous les gouvernements successifs ont essayé de corriger le déséquilibre entre le Nord et le Sud. Ça, je vous le dis. Que ce soit dans la région de Tombouctou, de Gao, de Kidal, ils ont essayé de corriger le déséquilibre en matière de développement. D’ailleurs, c’est pour cela que vous voyez dans la presse qu’on parle de 1 400 milliards qui ont été investis dans le Nord. Donc, le problème n’est pas un problème de développement.

Pourtant, Président, les signes de ce développement ne sont pas visibles à Tombouctou, que je connais bien…

La région de Tombouctou a d’ailleurs été la première à bénéficier d’un véritable développement, à travers les Allemands, depuis 1993, 1994. C’est à Tombouctou que les Allemands ont commencé à faire des écoles, des dispensaires en dur, des points d’eaux et beaucoup d’autres choses, notamment des périmètres irrigués pour les populations. Elle a été la première région à bénéficier d’une subvention de la KFW (GTZ). La rébellion actuelle a arrêté un projet important dans la Région de Tombouctou. Il s’agit de la construction de la route Gomacoura -Tombouctou, de 500 km, goudronnée, pour essayer de désenclaver la région. Parce qu’aujourd’hui la région de Tombouctou est enclavée. On ne peut aller directement à Tombouctou sans passer par Douentza ou sans emprunter des pistes. Et ils ont détruit les engins. Les gens qui pensent qu’ils n’ont pas bénéficié du pays ne détruisent pas les outils de développement qu’ils trouvent sur le terrain. Les gens qui sont venus à Tombouctou ont tout détruit. Ils sont venus à Niafunké, où il y a avait la base – vie des constructeurs de cette route, ils ont tout détruit. Donc, je pense que cet argument, on ne peut plus l’avancer. Et c’est la même chose qu’ils ont faite à Gao. A Gao, la capitale de l’Empire Songhoy, où les populations ont toujours réservé un accueil chaleureux aux gens qui viennent. Ils ne peuvent pas venir dans la capitale de l’Empire Songhoy et casser tout ce qui existe. Les bâtiments de l’Etat, les écoles, les banques, les hôpitaux, les dispensaires. C’est inacceptable, c’est dramatique. Parce que cela ne doit pas arriver entre nous.

Alors comment expliquer que Tombouctou et Gao soient pillées et Kidal épargnée?

Mais c’est cela toute la question. Le jour où on aura l’occasion de leur poser la question, on va le faire. Mais je crois que chacun doit comprendre. C’est parce que, simplement, les chefs de cette affaire sont de Kidal. Ils sont venus à Kidal et ils l’ont protégée. Mais ils n’ont pas protégé les autres villes. Je pense que c’est très facile à comprendre. Alors que, si ce sont des gens qui marchent avec une idéologie véritable, ils doivent pouvoir protéger l’ensemble de ces régions. Mais cela n’a pas été fait. Aucune des villes, en dehors de Kidal, n’a été protégée. Ansongo n’a pas été protégée, Bourem, Diré, Ménaka, Goundam, Niafunké, non plus. Les outils de développement ont été purement et simplement détruits dans ces villes. Je pense que cela est très grave.

La France a sauvé le Mali d’une invasion islamiste avec l’Opération Serval. Aujourd’hui l’opération n’est pas finie, mais elle veut rentrer. Quelle est votre analyse de cette situation?

Je ne comprends absolument rien de ce que la France dit. Parce que des gens qui ont juste commencé une opération, qui est juste à ses débuts, commencent à parler de retrait. Je ne peux pas comprendre ça. Parce que, ce que je vais vous dire, c’est que le Nord n’est pas récupéré, qu’il n’est pas sécurisé. Et l’armée malienne et l’armée française sont rentrées à Tombouctou, elles sont rentrées à Gao. L’armée française est entrée toute seule à Kidal, pas plus. Les environs de Gao et ses communes et celles de Tombouctou ne sont pas sécurisés. C’est la raison pour laquelle le MUJAO circule dans la zone. On lui a donné tout le temps de circuler et de poser des mines, de faire des attentats, de combattre des gens qui sont sur la route. Donc, je crois qu’il y a un travail profond à faire sur le plan de la sécurité de ces régions, avant de parler de retrait ou avant même de parler de Casques bleus. Je pense que le travail pour lequel la France et la MISMA sont venues, il faut d’abord qu’elles le fassent sur le terrain. Il faut qu’on sécurise ces régions avant de parler de quoi que ce soit.

Est-ce à dire que vous êtes opposés au départ des Français?

Je suis opposé au départ de toute force susceptible de nous aider à assurer la paix et la sécurité dans ces régions. Je pense que, de nos jours, les Français sont ceux-là qui nous ont sauvés de la catastrophe. Donc ils ne doivent pas partir. Je pense que le moment n’est pas venu pour qu’ils partent aussi rapidement comme ça. Je fais confiance à la MISMA, hein!

Monsieur le Président, on parle également de dialogue politique avec le MNLA. Partagez-vous cet avis?

Le Président de la République n’a pas dit systématiquement qu’on peut dialoguer avec le Mnla. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Il a dit clairement que le MNLA est probablement fréquentable, dans la mesure où il accepte de déposer les armes, d’affirmer que le Mali est une République Une et Indivisible et qu’il accepte la laïcité de notre pays. A ce moment, on peut commencer à se dire bonjour. Voilà ce que le Président a dit. Il n’a pas dit plus que ça. Il ne va pas dialoguer un MNLA armé, qui est en train de cohabiter avec les Français à Kidal et qui occupe Ménaka.

Comment comprenez-vous la cohabitation de la France, venue nous libérer, avec nos agresseurs du MNLA?

Cette cohabitation est purement politique. Je n’y comprends rien. Parce que je ne suis pas à la base. Aucun parlementaire n’est à la base. C’est au niveau de l’Exécutif, en rapport avec les forces armées françaises qui sont venus nous aider. Je sais que la France a un très grand problème, que nous partageons avec elle. C’est le problème des otages. Elle a ses otages dans cette zone. Nous souhaitons qu’ils soient libérés, en bonne santé et tous en vie. Ce qui s’est passé à Kidal est purement politique. Je ne pense pas que ce soit la position de la France que de laisser le MNLA graviter autour de l’Etat malien. La position de la France est très claire, il faut parvenir à la restauration de l’intégrité territoriale totale de la République du Mali, à la laïcité de notre pays et à l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles. Voilà sa position si elle n’a pas varié.

Croyez-vous à l’échéance du 31 juillet indiquée par le Président de la République?

Le débat a eu lieu ici à l’Assemblée nationale et nous avons émis un certain nombre de réserves. Nous avons évoqué un certain nombre de préalables, avant d’aller aux élections. Maintenant, c’est le Président lui-même qui a avancé la date du 31 juillet. Nous ne pouvons que respecter ce qu’il a dit. C’est lui qui tient le Gouvernement. Ils vont tout faire pour respecter ce délai. Si cela n’est pas possible, si les conditions ne sont pas réunies, c’est tout le monde qui va s’asseoir et reconnaître que toutes les conditions ne sont pas bonnes, nous-mêmes, au Mali, et la communauté internationale, et reculer la date. Dans tous les cas, la seule chose que je dis c’est d’éviter d’organiser des élections bâclées. Tel que cela a été dit par le Premier ministre ici à l’Assemblée nationale.

Pour revenir aux négociations, si le MNLA accepte les préalables, qu’est-ce qu’on peut négocier avec lui? Est-ce qu’il s’agit de les recruter dans les différents corps de l’armée et de la fonction publique?

Je dois vous avouer que je n’y ai pas réfléchi. Parce que tout ce que vous indiquez a déjà été fait. Est-ce qu’il faut recommencer les mêmes choses? Je ne le pense pas. Car je pense qu’on a eu le temps de se connaître, de savoir qui est qui, et de connaître le comportement de nos camarades vis-à-vis de l’Etat malien. Je crois que la République et les populations maliennes ont fait des efforts. Je crois qu’on a essayé d’instaurer un climat de confiance entre tous les fils du Mali. Et, à chaque fois, la République du Mali a été l’objet de trahison de la part de ces gens, dans tous les domaines. Vous savez, j’ai lu une interview d’un des responsables du MNLA, un certain Moussa Ag Acharatmoun, un jeune. Il dit très clairement, «ceux qui sont venus de la Libye pour attaquer le Mali, c’est 700 jeunes. Tout le reste, ce sont les anciens combattants qui ont été intégrés dans l’armée malienne et qui ont déserté pour rejoindre le MNLA». C’est vous dire qu’il y a beaucoup de choses à faire avant même de savoir quels vont être les contours de la négociation. Cela va être extrêmement compliqué. Et ce n’est pas ce qui m’inquiète personnellement. C’est un peu la réconciliation entre les jeunes du MNLA et (je ne dis pas entre les populations du Nord, il n’y a aucun problème entre nous) ces populations, entre Ançar Eddine, le MUJAO et ces populations. Cela va être difficile. Voilà ce que je voulais dire.

Réalisée par Chahana Takiou et Youssouf Diallo

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