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Les enjeux sécuritaires au Sahel et l’après Printemps Arabe (Constats et perspectives)
Publié le samedi 16 fevrier 2013  |  sahel intelligence




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Depuis le déclenchement de la guerre en Afghanistan en octobre 2001, menée par la Coalition Occidentale et l’Alliance du Nord contre les Talibans[1], les jours d’Al-Qaeda[2] ont commencé le compte à rebours en Afghanistan, pour donner lieu à de nouvelles formes de groupements terroristes dans d’autres régions du Monde[3].

A cet effet, suite à la victoire des alliés occidentaux contre le régime des Talibans et après la Chute de Kandahar et la fin des opérations d’Anaconda[4], autour des montagnes de Tora-Bora[5] en décembre 2001, les Talibans et leurs alliés ont perdu l’essentiel de leurs forces organisées et leurs principales positions, ce qui a conduit un nombre important des Afghans Arabes[6] à retourner dans leurs pays d’origine, pour tenter de créer des petits Groupes armés ciblant des objectifs bien précis.

Ceci a accentué les problèmes sécuritaires dans le monde et a obligé les Etats victimes des attaques terroristes à poursuivre les membres contribuant dans ces opérations ou voire même ceux qui sont susceptibles de participer à d’éventuelles opérations terroristes.

Ces mesures sécuritaires préventives et rigoureuses ont conduit les membres d’Al-Qaeda à chercher d’autres alternatives et à changer de stratégies en explorant une nouvelle zone non-sécurisée pour développer les activités terroristes et afin de développer leurs objectifs en toute impunité.

Le choix d’Al-Qaeda a porté sur la zone Sahélo Saharienne[7], ce choix est justifié par la faible intervention des Etats de la région dans les larges zones désertiques sahariennes, ce qui garantit un cadre favorable au développement des trafics de toutes sortes, en commencant par le trafic de drogue, des armes et en arrivant au trafic des êtres humains, dans un cadre garantissant une habilitation totale à toutes les activités prohibées par la loi.

Le rêve de création d’un Grand Khalifat Islamiste néo-salafiste[8] basé sur l’interprétation rigoureuse des textes religieux Islamiques et sur la guerre sainte contre les ‘’infidèles’’, y compris les musulmans qui n’interprètent pas la religion musulmane de la même manière que les Djihadistes, semble réalisable à partir de cette zone[9].

Dans ce cadre, il est indispensable d’analyser les raisons réelles de la montée des activités terroristes entre les années 2001[10] et 2012[11], dans une conjoncture qui a été couronnée par le déclenchement du Printemps démocratique Arabe en fin 2010[12].

Il est également légitime de s’interroger sur l’impact et les chevauchements entre les enjeux sécuritaires et les aspirations populaires à la liberté et à la démocratie !

Y’a-t-il dans ce sens des points en commun entre les revendications démocratiques et populaires des peuples arabes et l’accroissement des activités terroristes au Sahel ?

Est-il antinomique de mettre dans le même panier Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI)[13] et les revendications populaires du Printemps Arabe?!

A priori, aucun lien n’existe entre les revendications populaires démocratiques arabes et le développement des activités terroristes au Sahel, vu que les mouvements salafistes[14] sont par définition anti-démocratiques et aspirent à l’instauration d’un seul Etat Islamique Uni et puissant basé sur la Charia[15], sans pour autant avoir recours aux règles démocratiques occidentales, qui sont selon eux contraires à la religion musulmane.

Néanmoins, si des liens directs semblent ne pas exister entre le Printemps Arabe et le développement des activités d’Al-Qaeda au Sahel, des liens indirects peuvent exister dans ce cadre.

AQMI et le Printemps Arabe

Il sied de signaler que le Printemps Arabe, appelé également le Printemps Démocratique ou les Printemps des peuples a commencé avec un grand espoir visant le changement de la situation dans le Monde Arabe, vers plus de liberté, d’égalité et de transparence.

Cependant, la résistance de certains Chefs Arabes, face aux volontés populaires et face aux revendications démocratiques a contribué d’une manière ou d’une autre au renforcement de l’insécurité au Sahel et au développement des activités des Djihadistes[16] du Groupe Algérien Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) qui ont formé le mouvement d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) le 25 janvier 2007[17].

Ainsi, le Colonel Kadhafi qui a compris que l’heure de la fin approche pour son régime a choisi de faire appel à des mercenaires étrangers pour combattre dans son clan contre les rebelles libyens.

Les sommes énormes d’argent attribuées à ces mercenaires ainsi que les armes fournies, ont probablement fini par tomber entre les mains des mouvements terroristes dans la région principalement AQMI[18].

Nous pouvons en déduire que les impacts du Printemps Arabe ont contribué ainsi au développement des activités d’AQMI, souvent sous-estimées par les Etats de la région voire même par les puissances étrangères.

Dans les années à venir, les conséquences de cette négligence peuvent être néfastes sur l’ensemble des pays de la région et également sur l’Union européenne et l’Occident en général, à moins que des efforts ne soient fournis en vue d’arrêter la propagation des fléaux terroristes.

Certains pays ont commencé à payer le prix de l’accroissement de ces activités terroristes au Sahel. Il s’agit particulièrement de la Mauritanie, du Mali, du Niger et l’Algérie[19].

Ceci n’exclut en rien que d’autres pays du Sahel et du Maghreb, seront susceptibles d’être affrontés à des situations critiques face à ce mouvement Djihadiste, riche puissant et bien organisé.

Les sources de la puissance d’AQMI.

AQMI dispose de ressources considérables pour le développement de ses activités terroristes, occasionnées par trois facteurs principaux, à savoir : Le facteur humain, le facteur matériel et le facteur lié à l’espace.

Ce mouvement se compose principalement d’éléments néo-salafistes formés en Afghanistan, habitués aux guérillas et qui sont renforcés par des nouvelles recrues néo-salafistes et des mercenaires professionnels.

Ainsi, plusieurs adeptes de l’idéologie néo-salafistes dans les pays arabes et dans certains pays européens sont cibles des recruteurs d’Al-Qaeda[20] et finissent par rejoindre ce mouvement par convictions profondes[21], en marquant un désintéressement total ou partiel quant à l’élément matériel.

En revanche, certains migrants sub-sahariens en besoin flagrant de nourriture et d’argent et cherchant des pistes sécurisées vers l’Europe, en passant par le Sahel et le Maghreb, finissent par être soudoyés par les Chefs d’AQMI[22].

D’autre part, il est légitime de s’interroger sur les liens existant entre les trafiquants mafieux d’armes, de drogue et des êtres humains au Sahel[23] et le mouvement d’Al Qaeda au Maghreb Islamique.

Comment dans cette zone où des éléments mafieux s’activent, et des néo-salafistes Djihadistes développent leurs activités, ainsi que des migrants traversent, nous n’avons jamais entendu parler de conflits ou d’incidents entre ses composantes cherchant des objectifs différents?!

Dans ce cadre, la réponse peut paraître évidente, les trois composantes ont trouvé des intérêts en commun et ont établi des pactes de coopération marqués par un équilibre de puissance[24].

Les mafieux ne sont jamais perturbés par les néo-salafistes et ces derniers ne sont jamais dérangés par les mafieux et c’est le cas également des migrants Sub-Sahariens.

Une troisième composante réside dans cette région et semble coopérer avec les trois autres composantes, il s’agit du mouvement du polisario[25].

Les liens entre le polisario et l’AQMI

Nul n’ignore le rôle flagrant de l’Algérie et de Kadhafi dans la création du polisario[26].

L’objectif ultime résidait depuis 1975 dans une conjoncture de Guerre froide à imposer au Maroc de faire face à un problème permanent qui empêche toute revendication des territoires du Sahara oriental annexés à l’Algérie par la France durant la colonisation française de l’Algérie. La création du polisario permet également de garder une carte de pression sur le Maroc, touchant sa souveraineté et sa stabilité.

L’Algérie qui subventionne et appuie ouvertement le polisario ignore probablement que cette carte utilisée contre le Maroc risque de se tourner à tout moment contre elle. Subséquemment, le principe de « l’autodétermination du peuple Saharaoui »[27], peut servir également de motif pour les Touaregs ou voire même pour les Kabyles aspirant à l’indépendance[28].

Le bras de fer entre l’Algérie et le Maroc est d’autant plus bénéfique pour les dirigeants du polisario qui profitent de cette situation de statut quo depuis 1975, pour recevoir les aides des ONG étrangères et qui finissent dans les marchés algériens, mauritaniens, maliens et nigériens[29], en laissant les séquestrés sahraouis dans des conditions inhumaines et en désespoir total.

Il n’est point secret qu’un nombre important de jeunes sahraouis résidant dans les camps de Tindouf, complétement désespérés et déboussolés, ont adhéré à AQMI, en changeant complétement de conviction ou en espérant toucher des rançons importantes en contrepartie de leurs services rendus aux Djihadistes[30].

Le recours de Kadhafi en 2011, lors de son combat contre les rebelles libyens, à certaines milices du Polisario[31] a permis à ces éléments de s’entraîner à la guérilla et à vendre cette expérience de guerre au mouvement d’AQMI[32].

Les liens entre le polisario et l’AQMI sont prouvés par l’état de paix entre les deux mouvements et par l’implication du polisario dans l’enlèvement des bénévoles occidentaux dans les camps de Tindouf[33].

Ainsi, les ONG et les Etats qui continuent de soutenir le polisario se trouvent d’une manière ou d’une autre coupables dans le développement des activités terroristes au Sahel.

Le rêve du Polisario et de l’Algérie consistant dans la création d’un Etat minuscule au Sahara laisse place à un autre projet d’Al Qaeda, à savoir la création d’un grand Etat néo-salafiste, en commençant par le Sahel et en arrivant au Grand Maghreb Islamique.

Il est temps de comprendre que la situation au Sahel ne permet plus la pérennité du conflit sur le Sahara marocain et il est temps de concevoir également que la lutte contre le terrorisme au Sahel passe en premier lieu par la fin des camps de Tindouf et par le renforcement du développement des pays africains et des pays sahélo-sahariens, afin d’arrêter toute propagation désastreuse des réseaux terroristes dans la région et dans le monde.

L’aggravation de la situation au Mali en janvier 2013, ainsi que l’intervention militaire de la France confirment la gravité de la situation et exigent la réflexion à des pistes plus sures successibles de mener à une stabilisation permanente et durable au Sahel.

Si l’approche militaire s’avère inévitable les conséquences peuvent être similaires aux conséquences des guerres en Afghanistan, en Iraq et en Libye. Au même temps où les activités terroristes ne peuvent plus êtres tolérées l’approche sécuritaire en elle-même ne peut jamais être l’unique et la seule solution.


Les issues possibles face à cette situation

L’approche sécuritaire ne peut nullement être la seule solution face à l’accroissement des activités terroristes au Sahel. D’autres solutions plus appropriées s’imposent en prenant en considération les enjeux et les défis en cours au Sahel.

La fin du conflit sur le Sahara marocain demeure une priorité, dans ce cadre, la proposition marocaine du Plan d’Autonomie[34], paraît comme une solution honorable pour l’ensemble des parties en conflit et permettra de trancher définitivement dans ce litige territorial politico-stratégique qui a trop duré et qui fait perdre aux peuples de la région des montants considérables d’argent et d’énergies qui pouvaient être mieux exploitées dans le développement économique des pays de la région[35].

La création du Grand Maghreb ou la renaissance de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) est également une solution sûre, qui pourrait contribuer à la diminution des risques sécuritaires au Sahel, vu le poids qui pourra surgir de la coopération entre les cinq Etats de la région[36], ce qui renforcera l’espoir des jeunes maghrébins dans leurs pays et réduira le nombre de jeunes cherchant des alternatives désespérées.

Par ailleurs, les problèmes migratoires ne peuvent être réglés que par le développement des pays africains en besoin aigu d’aide. A cet égard, les grandes puissances, l’Union européenne et les pays du Maghreb ont un rôle pionnier à jouer en vue d’arrêter les causes de la migration à la source, à travers l’accroissement des investissements directs dans cette zone. Ce qui assurera le travail aux jeunes africains et permettra aux pays de la région de s’auto suffire et ne pas compter seulement sur les aides humanitaires.

Enfin, la démocratisation des systèmes politiques au Maghreb et au Sahel, peut-être la clé sûre visant le règlement de l’ensemble des problèmes sécuritaires dans cette région.

Abdelkader LAKHSSASSI

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