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L’opération tracteur tourne au scandale financier : Le Contrôle général sur les traces de plus de 3 milliards Fcfa
Publié le lundi 4 mars 2013  |  Le Prétoire




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Après le scandale de l’Initiative riz qui aura coûté à l’Etat pas moins d’une quarantaine de milliards de Fcfa, la mal gouvernance estampillée ATT continue de révéler des saignées irréversibles dans les finances nationales. En effet, l’Etat a subi une perte sèche de plus de 3 milliards de Fcfa des suites de l’opération pour le moins foireuse qui a consisté à équiper «les paysans» en tracteurs.
Cette opération qui a été mise en œuvre à grand renfort de publicité par l’Etat et la Bnda n’aura été, en fait, qu’un gros bide sur fond de détournement et de prévarication. Pourtant elle a été pensée et réalisée par des soi-disant «têtes bien faites» de la République.
De quoi s’agit –il ?
Dans le cadre de son Programme de développement économique et sociale (Pdes), ATT a inscrit la modernisation de l’agriculture malienne dans ses priorités avant le terme de son mandat 2007-2012. Il envisageait de transformer l’agriculture traditionnelle en système d’exploitation motorisée via le financement de l’acquisition des tracteurs en faveur des paysans. L’intention et l’idée sont d’une noblesse incontestable, mais la mise en œuvre s’est avérée catastrophique, voire chaotique pour l’Etat. En effet, au grand dam des malheureux paysans, plus de 3 milliards de Fcfa n’ont servi pour la presque totalité qu’à «distribuer» du matériel à des personnes n’ayant aucune vocation à s’en servir utilement, à plus forte raison se soucier du retour sur investissement. Deux pôles d’investigation ont attiré la minutieuse attention des enquêteurs du Contrôle général des services publics ayant en charge, depuis quelques mois, le dossier de ce qu’il convient d’appeler «le tracteurgate»: il s’agit du Ministère de l’agriculture et de la Bnda, l’un et l’autre se chargeant mutuellement pour se dégager de leur responsabilité. Lesdits enquêteurs, qui sont arrivés au terme de leurs investigations, avaient pourtant eu beaucoup de mal à s’en sortir tant ils ont été tournés en bourrique par toutes les structures concernées par l’affaire. La seule chose qui demeurait clair aura été la nébulosité, à dessein, du schéma de financement.
En effet, l’Etat qui avait eu toutes les peines à convaincre certains établissements de crédit-bail dont c’est le boulot de monter ces types d’opération, avait fini par jeter son dévolu sur la Bnda afin d’assurer la mise en place des crédits individuels d’équipement aux bénéficiaires éligibles au crédit. Le fonds d’équipement était ainsi appelé à se reconstituer au fur et à mesure des remboursements des bénéficiaires. Sur ce schéma, la Bnda serait donc appelée à prester pour l’Etat contre une rémunération d’intermédiation. En conséquence, cette dernière assurerait ne rien se reprocher car ayant agi au nom et pour le compte de l’Etat qui en supporte le risque financier. Au surplus, ce serait l’Etat lui-même qui aurait choisi ses bénéficiaires et procédé à la livraison des tracteurs.
Résultat: près de 90% des financements accordés se traduiront certainement par des milliards d’impayés sacrifiant ainsi les deniers du contribuable malien sur l’autel de la mal gouvernance et de l’irresponsabilité.
En effet, seulement 10% des bénéficiaires se sont effectivement inscrits dans le schéma du crédit bancaire tel que prévu par les concepteurs de l’opération. Bien que le montant programmé ait été intégralement payé au fournisseur, les autres 90% demeurent à ce jour non identifiés, s’ils ne sont pas tout simplement notoirement insolvables.
Cette affaire suscite un légitime questionnement de la part de tout observateur averti: les fonctionnaires concernés de l’Etat ont-ils fait preuve de bonne foi dans la gestion technique et opérationnelle de ce projet? La Bnda a-t-elle agi en professionnel averti de son métier dans la distribution de ces crédits? Pour quel intérêt digne de ce nom la Bnda s’est mise au devant d’une opération financière aussi peu orthodoxe tant dans la conception que dans l’exécution? Dans quelle mesure ATT serait-il tenu pour responsable de cette gabegie? Ce sont autant de questions que les enquêteurs du Contrôle général des services publics ont eu à élucider après plusieurs mois d’investigation. Aux dernières nouvelles, ils auraient remis aux plus hautes autorités de la République un rapport suffisamment accablant pour certaines personnes. Affaire à suivre…

Nouhoum DICKO

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