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Ras Bath ou la revanche du petit peuple des bouts de bois de Dieu
Publié le mercredi 9 aout 2017  |  Le Reporter
Grand
© aBamako.com par Momo
Grand meeting de la société civile
Bamako, le 25 octobre 2014. La société civile malienne a tenu un grand meeting pour la défense de l` intégrité territoriale du pays.
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On assiste de nos jours à un phénomène d’une ampleur insoupçonnée et que hélas très peu voyaient venir. L’élévation du brave Ras Bath au rang de héros national, voire de justicier sauveur à la Robin des bois par tout un peuple, celui que les littéraires aiment à désigner sous le sobriquet très affectueux des bouts de bois de Dieu depuis l’inoubliable roman d’Ousmane Sembene. Ces bouts de bois de Dieu c’est le peuple qui, lassé d’un quotidien fait de frustrations de toutes sortes avec un véritable sentiment d’abandon et d’injustice, décide de prendre son destin en main et d’affronter les auteurs de son malheur, en l’espèce une élite et un pouvoir corrompu et irresponsable, sourd aux souffrances de ceux dont il a en charge le destin.

Ces bouts de bois de Dieu aiment toujours avoir un héros, un guide en qui il pense pouvoir confier leur sort, et qu’il aime parer de toutes les vertus. Ce recours à l’homme providentiel intervient après une perte de confiance envers toutes les autres autorités politiques, administratives, religieuses sur qui le peuple s’adossait traditionnellement. Et c’est ce à quoi nous assistons avec le phénomène Ras Bath qui, par une sorte d’impétuosité et la dénonciation inlassable de toutes les dérives qui plombent notre pays, a su trouver les mots qu’il faut pour rassurer, consoler, redonner de l’espoir à tous ces laissés pour compte qui désormais se disent que tout n’est pas perdu.



Comble de l’ironie, Ras Bath a su ramener sous son giron non pas seulement ces bouts de bois de Dieu mais aussi tous ceux dubitatifs, ces bien pensants qui le vouaient aux gémonies et lui prêtaient toutes sortes de mauvais penchants et velléités douteuses et qui aujourd’hui sont prêts à lui manger entre les mains pour capter une part de sa légendaire popularité, espérant du coup par son onction retrouver une nouvelle virginité et se distancer d’un système honni auquel l’imaginaire populaire a toujours tendance à les associer au même titre que le régime actuel, le plus impopulaire de l’histoire du Mali.

Certains esprits s’accordent à penser naïvement que c’est le pouvoir actuel qui a fait Ras Bath, par ses extravagances et maladresses, dont la plus lourde a consisté à s’acharner contre le chroniqueur qui dérangeait tant qu’il empêchait le pouvoir de dormir des deux yeux. C’est oublier que même sans ces excès, le phénomène Ras Bath ne pouvait qu’inéluctablement se produire et que cette adhésion du peuple était à la portée de tout homme intrépide, et bien entendu propre, qui aurait pris un risque qui peut paraître suicidaire pour se dresser et dénoncer au prix de sa vie et de son confort toutes les dérives d’un pouvoir qui a atteint le point de non retour en termes d’arrogance, d’insouciance et d’irresponsabilité, affichant un mépris rarement vu à l’égard de son propre peuple. Ras Bath a répondu à la voix de son cœur et à l’appel de l’histoire, et voilà le résultat.

En tant qu’observateur des faits sociaux, je suis bien placé pour ne pas considérer ce phénomène comme un fait accidentel, mais plutôt quelque chose de normal qui peut se produire dans toutes les sociétés déshéritées où les braves populations en viennent à douter de tous les garde-fous et systèmes de protection traditionnels pour se tourner directement vers le ciel ou la Providence. Bien avant, dans Faantankin, mon roman paru en 2006 aux éditions Jamana, j’ai créé mon propre Ras Bath, l’ancêtre du héros du jour. Amadou, un aventurier revenu sans le sou à Faantankin sous les quolibets, le mépris et les moqueries, entendant siffloter derrière son passage le fameux Abidjan Djoula qui glorifiait les aventuriers revenus riches et s’en prenait cruellement aux perdants et ratés revenus pauvres au bercail. À l’époque, une haine mortelle opposait Faantankin avec sa pauvreté à la cité rivale de kabako que les Faantankinois haïssaient de toutes les forces et considéraient comme la source de tous leurs malheurs et l’ennemi à abattre. Notre aventurier est défait, lorsqu’il décida de s’attaquer au mal, ne rencontra que méfiance et suspicion, certains lui disant vertement d’arrêter de leur faire perdre leur temps, ne voyant pas en quoi quelqu’un qui s’est déjà cassé les dents à l’aventure pouvait réussir là où bien plus valeureux ont échoué.

Fort de son expérience acquise à l’étranger, et sans se décourager, il entreprit, sans choquer, de convaincre les Faantankinois qu’ils valaient bien mieux que de subir ce sort misérable, et au bout d’un certain temps, il parvient à rallier même ses plus féroces détracteurs qui finirent même, pour certains, à le parer de toutes les vertus et même des pouvoirs mythiques. Le succès couronna son action. Il lui restait une dernière victoire à mener, contre lui-même cette fois et ses propres pulsions, car de nombreuses voix lui soufflaient de prendre ce pouvoir amplement mérité et qu’il avait à portée de main. Notre vaillant héros resta sourd et décida que son combat était terminé, et qu’il savait qu’il y avait des mains plus solides pour tenir le pouvoir.

Pour le reste toute ressemblance avec des événements réels n’est que le fait du hasard. Ce témoignage juste pour donner mon avis sur le caractère normal de ce que nous vivons. Tout prouve que Ras Bath vient à point nommé et au bon moment, pour se joindre utilement et efficacement à des forces qui n’ont pas démérité, tous ces autres jeunes qui, au prix de bien des risques ont donné le signal et ont sorti de leur torpeur tous ces jeunes et moins jeunes qui suppléent et comblent largement le vide laissé par toutes ces associations civiles et politiques réduites aujourd’hui au rang de supplétifs pour n’avoir pas su tenir leur rôle.

Bravo à Ras Bath et toutes ces forces non moins méritantes qui font de lui leur porte-étendard dans cette noble lutte pour la dignité de notre grand Mali.

Abdoulaye Garba TAPO
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