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La défense de l’Afrique par les Africains n’est sans doute pas pour demain
Publié le mardi 28 mai 2013  |  AFP


© Présidence de CI par C I bou T
Cinquantenaire de l’Union Africaine : cérémonie d`ouverture des festivités
Samedi 25 mai 2013. Addis Abeba


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NAIROBI, En décidant de créer une force de réaction rapide, les chefs d’Etat africains veulent résoudre les crises du continent et tirer les leçons de leur récent échec au Mali, mais leur impuissance a des causes plus profondes, du poids de l’histoire au manque de conscience collective, préviennent mardi les experts.

Le sommet de l’Union africaine qui s’est terminé lundi à Addis Abeba a fêté cinquante ans de construction panafricaine, depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine le 25 mai 1963.

Mais ces célébrations n’ont pu faire oublier que l’intégrité territoriale d’un des Etats membres, le Mali, venait d’être sauvée in extremis par l’envoi de 4.000 soldats de l’ancienne puissance coloniale, la France, pour chasser les milices islamistes qui occupaient le nord du pays;

"Il est vraiment dommage que cinquante ans après notre indépendance, notre sécurité dépende à ce point d’un partenaire étranger", soupirait lundi soir l’un des plus capés des responsables de l’UA, le commissaire à la paix et à la sécurité Ramtane Lamamra.

D’où la décision surprise du sommet: créer une force africaine de réaction rapide, à partir des contributions offertes par trois des pays les mieux équipés en la matière (Afrique du Sud, Ethiopie et Ouganda), pour intervenir "immédiatement" dès que l’intégrité, la Constitution ou la protection des citoyens d’un des 54 Etats membres de l’UA serait menacée.

Le président français François Hollande, invité à Addis Abeba, a également appelé les Africains à prendre davantage en mains leur sécurité -- proposant pour cela d’organiser un sommet à Paris.

Le nouveau projet de force, appelée "capacité africaine de réaction immédiate aux crises" doit voir le jour alors même que l’Afrique peine depuis plus de dix ans à mettre sur pied une Force africaine en attente (FAA), forte de 32.500 hommes, dont la création, annoncée pour 2010, est désormais repoussée à 2015.

"Une des choses différentes, à propos de la nouvelle force de réaction, est qu’elle sera fondée sur la capacité militaire réelle des Etats membres", fait valoir l’Ethiopien Solomon Ayele Dersso, expert à l’Institut d’études sur la sécurité (ISS). Le projet plus ambitieux de FAA cherche depuis des années à mobiliser toutes les nations africaines, "or toutes ne sont pas en position de contribuer à la paix et la sécurité".

Mais si les pays africains peinent à assurer leur propre sécurité collective, "c’est surtout qu’il y a derrière cela un vrai problème de confiance collective et une incapacité à partager une même analyse" sur les conflits en cours, estime Roland Marchal, chargé de recherches au CNRS français.

De fait, l’UA a eu le plus grand mal à parler d’une seule voix sur les récents conflits sur son sol, de la Côte d’Ivoire à la Libye en passant par la République centrafricaine.

A ce manque de cohérence politique s’ajoutent la difficile compatibilité de forces armées africaines avec chacune son équipement, sa langue et ses traditions -- armée professionnelle au Kenya, issue au contraire de mouvements de guérilla en Ouganda ou en Ethiopie.

Peu d’Etats viables
Dans son souci de trouver des solutions africaines aux conflits africains, l’UA cite volontiers l’exemple de la Somalie, où sa force, composée de soldats burundais, ougandais et plus récemment kényans, financée par la communauté internationale, a réussi en un an et demi à déloger les islamistes shebab de la plupart de leurs bastions.

Mais selon M. Marchal, "rien n’est réglé en Somalie", parce qu’on y commet l’erreur habituelle de privilégier une solution militaire sans avoir de réponse politique à l’effondrement depuis 22 ans des structures étatiques dans ce pays.

"Si vous voulez créer une force de réaction rapide, préparez-vous à intervenir partout, car la plupart des Etats africains ne sont pas viables, même si leurs dirigeants refusent de le reconnaître. Ils sont dans la même situation que le Mali, c’est juste une question de temps", estime Musambayi Katumanga.

Pour ce professeur de sciences politiques à l’Université de Nairobi, l’insécurité africaine a commencé dès la Conférence de Berlin de 1884-1885, quand les puissances coloniales européennes se sont partagé le continent, traçant des frontières niant l’histoire du continent.

S’y est ajouté ensuite la perte de légitimité de la plupart des gouvernements issus de l’indépendance, dû au mépris avec lequel ils ont traité leurs administrés. "En Afrique malheureusement, la priorité a toujours été (la défense du) régime et c’est pourquoi les armées nationales ne parviennent pas défendre leur Etats. Un Etat appartient à son peuple. D’abord le peuple, ensuite le gouvernement et puis l’armée. Si vous ne respectez pas cette trinité, vous aurez toujours des problèmes", prévient cet expert.

bb/ayv/jpc

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