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Candidat à la présidentielle 2013 : Alhousseiny Maïga dit Abba du Panafrik
Publié le mardi 28 mai 2013  |  afribone.com




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À l’image de la présidentielle de 2002, l’élection 2013 mobilisera des dizaines de candidats. Sur le ring, se positionne un jeune. Alhousseiny Maïga dit Abba, 37 ans, est un ancien leader estudiantin pour avoir dirigé entre 1999 et 2000 le comité de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) de la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines. En quoi sa candidature répond aux attentes de la population malienne ? Il nous le dit dans cette interview.
Afribone : Vous êtes candidat à l’élection présidentielle, certes, mais qui est Abba Maïga ?

Alhousseiny Maïga dit Abba : Je suis le président de PANAFRIK, Parti pour une Nouvelle Afrique. Au nom de la jeunesse du Mali, je suis candidat à la prochaine élection présidentielle. Je suis directeur général de l’Ecole de Business Bilingue (Eco B), une école privée que j’ai créé et que je dirige depuis deux ans. Je suis marié, père de deux enfants (une fille et un garçon) et j’ai 37 ans.

Il y a un an, au scrutin avorté de 2012, vous n’étiez pas candidat. Qu’est-ce qui vous a donc motivé à vous présenter en 2013 ?

La décision d’être candidat ou de m’engager politiquement n’a rien de personnel. Avec certaines associations de jeunes, cinquante-deux pour être précis, en réponse au choc que nous avons subi suite à la crise politique et sécuritaire, nous avons décidé de nous engager politiquement pour proposer aux maliens un nouveau projet, impulsé par la jeunesse pour qu’ensemble nous puissions relever le Mali. C’est un ensemble d’association et d’organisations qui ont décidé d’unir leurs efforts pour se mettre à la disposition du Mali afin de créer les conditions d’émergence d’un nouveau leadership.

Ces organisations qui soutiennent votre candidature viennent donc d’autres horizons politiques. Est-ce qu’on peut dire que c’est un désaveu des anciennes figures politiques ?

Oui, on peut le dire, 2012-2013, il y a eu beaucoup de chose : l’effondrement de notre état, la déliquescence de notre système politique, ont poussé la jeunesse à prendre leur responsabilités. Ceux à qui nous avions confié ce pays ces dernières années ont montré leur limite. De la faillite du système est née une nouvelle vision incarnée par la jeunesse qui n’a d’autre objectif que de faire émerger une nouvelle race d’hommes politiques. Nous constatons avec beaucoup de tristesse et d’étonnement que le pays que nous avons tant chéri est en train de tomber par la faute des gens qui l’on dirigé.

Certaines diront pourtant que cette faillite de l’Etat est une responsabilité collective, y compris celle de la jeunesse. Que vous inspire cette analyse ?

Je suis tout à fait d’accord : la jeunesse a failli par sa démission collective. Mai la chute progressive de notre pays est due à la mauvaise gestion des pouvoir publics. Les premiers responsables sont ceux qui ont géré. Les autres responsables sont ceux n’ont rien fait mais qui ont regardé faire. Je jeunesse est dans ce dernier lot. Nous avons croisé les bras, fermé les yeux. Nous n’avons rien voulu entendre et un jour nous nous sommes réveillés dans le cauchemar. Tout ce que nous considérions comme nos valeurs se sont effondrées.

En quoi votre candidature répond-elle aux aspirations de changement de la population malienne ?

Je ne suis pas tombé du ciel. J’ai un parcours militant. Depuis mon engagement militant, je n’ai jamais chômé. Je ne suis pas un fruit du système. Je n’ai jamais été impliqué dans la gestion du pays. Je ne suis pas un ancien ministre ou premier ministre, je ne suis pas fils de milliardaire, je n’ai pas eu l’occasion de détourner les deniers publics. Je suis un jeune malien qui a un parcours professionnel, militant, qui, comme n’importe quel jeune malien aujourd’hui, est choqué par ce que l’on vit. Je suis choqué par ce qui se passe dans mon pays. C’est assez différent de ce que l’on voit d’habitude. C’est la première fois qu’un jeune, issu du peuple, non issu du système, puisse avoir cette ambition.

Comment pourriez-vous balayer cet ordre là quand on sait que le PANAFRIK est un jeune parti tout juste créé ce mois de mai, avec un candidat peu connu sur la scène politique nationale ?

Vous savez, jeunesse rime avec énergie, fertilité d’esprit et audace. Toute chose dont nous avons besoin aujourd’hui pour relever le Mali. Je suis absolument convaincu que si la jeunesse malienne arrive à se réunir avec un objectif commun, celui de redresser le Mali, personne ne pourra lui résister. Ceux qui incarnent ce système ne pourront pas nous tenir tête.

Vous avez fait des études en économie, alors, selon vous, quels sont les obstacles au décollage économique du pays ?

Les principales difficultés résident dans le manque de prévoyance. On ne peut pas vouloir construire une économie sans jeter les bases d’une réelle politique économique. Un pays dont le PIB dépend à 60 % de l’agriculture et une agriculture qui dépend essentiellement de la pluie, est très risqué. Il est intéressant que l’on commence à penser à des mécanismes pour que notre agriculture s’affranchisse des aléas climatiques. Il est intéressant que l’on réfléchisse à des reformes pour créer un réelle tissu industriel pour impulser une nouvelle dynamique économique, créer de la richesse et de la croissance. Une économie comme la nôtre qui est liée aux aléas, qui dépend de l’aide extérieure, qui ne crée pas de la richesse, est une économie extrêmement fragile.

Quelles seront donc vos priorités, si vous êtes élu ?

Premièrement, la reconstruction de l’homme malien par la refondation du système éducatif. Le malien a perdu ses repères et ses valeurs. Cela s’explique en parti par l’effondrement de notre système éducatif. L’éducation est le lieu de socialisation par excellence, où on forme et sensibilise les citoyens. L’école doit répondre à des besoins précis. Il faut que l’Etat évalue ses besoins en termes de cadres et qu’à la suite de cette évaluation qu’on mette en place des écoles spécialisées répondant aux besoins spécifiques. Nous ne pouvons plus continuer à former des chômeurs. Nous sommes dans un pays sans fondation.

La deuxième priorité est l’agriculture. Le secteur rural emploie plus de 80 % de la population active, et constitue à peu près 60 % du PIB. Nous n’avons pas d’autre choix que de créer les conditions pour que cette agriculture profite au pays. Il nous faut des machines agricoles, il faut rompre avec la pratique artisanale de l’agriculture en la mécanisant. Pour cela, nous avons besoin de ressources.
Et parlant de ressource, nous pensons au secteur minier. Nous avons sept sociétés minières en production. Si cela est bien géré, nous disposerons de suffisamment de ressources pour financer le secteur agricole. Le secteur minier est un secteur assez dynamique.

Mais quelles sont les raisons qui vous font dire que le secteur minier est mal géré ?

C’est très simple. Nous sommes pratiquement deuxième producteur d’or en Afrique et cependant, nous sommes au regret de constater que malgré cela, nous continuons à être l’un des pays les plus pauvres au monde. Ça veut dire que quelque chose ne marche pas.

Vous prônez donc une renégociation des contrats ?

Ceux qui investissent dans le secteur ne sont pas des philanthropes, ils viennent pour faire du profit. À l’Etat de créer les conditions d’une stratégie gagnant-gagnant : que les sociétés qui investissent dans l’or puissent faire des profits et que l’Etat malien mette en place des stratégies pour assurer le développement local. Je pense que ce secteur est mal géré. Nous devons faire en sorte qu’il soit un poumon de notre économie.

Quel est votre avis sur l’état du pays après une année de transition ?

Nous sommes un pays fragile, qui a failli perdre sa souveraineté. N’eut été le soutien de la communauté internationale, de la France, de la Misma, on ne parlerait pas aujourd’hui de Mali. Nous sommes dans un contexte difficile avec une transition qui dure. La classe politique, les leaders d’opinion, devront faire preuve de retenu pour que nous puissions aller à des élections transparentes et crédibles pour doter le pays d’autorités légitimes. Nous ne pourrons pas prétendre redresser le pays dans les conditions dans lesquelles nous vivons. La transition doit finir.

Et la démocratie des vingt dernières années ?

Tout le monde parlait de label malien mais avec ce que nous vivons nous avons compris que ce n’était qu’une démocratie de façade. Malheureusement, en Afrique, on institue des systèmes politiques au fond desquels il n’y a pas de réelle culture démocratique. Il a fallu cette crise pour qu’on se rende compte que notre démocratie n’en était pas une. Cette espèce de consensus autour du pouvoir ne créait pas les conditions d’une pratique démocratique. Dans une démocratie, il faut une opposition, des contrepouvoirs, de la liberté d’expression. Toutes ces choses là n’étaient pas respecter. Je ne veux même pas parler de la corruption, du clientélisme, du népotisme, etc.

Mais malgré tout, le pays bénéficiait de la part de la communauté internationale de bonus financiers pour la « qualité » de sa démocratie. Je pense notamment au Millenium Challenge Account des Etats-Unis. Que vous dit cet état de fait ?

Avec la révolution de 1991, nous avons fait une belle amorce du processus démocratique. Mais dans la pratique, nous avons vu les limites.

Pouvons-nous dire que ces grandes démocraties qui accordaient ces bonus étaient dupes ?

Dupes, peut-être pas. Je crois qu’on leur a fait miroiter des choses. Vu de l’extérieur, on avait l’impression qu’il y avait une vraie démocratie. Mais il suffisait d’intégrer le système pour comprendre que cette démocratie était de façade. Certainement, la communauté internationale n’a pas su mettre en place le mécanisme de suivi pour comprendre qu’elle n’avait pas de bonne fondation. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle était dupe mais elle s’est trompée, nous nous sommes tous trompés.

On s’achemine vers une élection sans souveraineté du Mali sur Kidal. Que vous inspire un tel scénario ?

Quelle que soit la solution, l’essentiel pour nous est qu’on puisse organiser des élections partout dans le pays.

Y compris dans les conditions d’une absence de l’armée à Kidal ?

Parlant de Kidal, la solution peut être militaire, elle peut être aussi politique ou diplomatique. L’essentiel pour nous est que les élections se fassent sur tout le territoire malien. Nous n’avons pas forcement besoin de faire la guerre. S’il est possible, à la suite de négociations, que les élections se fassent à Kidal sous la supervision de l’ONU, pourquoi pas ? Pour nous, il y a un faux débat sur ce sujet.

Pensez-vous que la France joue un rôle dans cette absence de l’armée à Kidal ?

Je ne sais pas du tout. Je ne suis pas dans les secrets des Dieux. J’entends par-ci par-là des rumeurs dans ce sens. Toujours est-il que l’armée n’y est pas encore mais je pense qu’elle y sera. J’espère vivement que Kidal sera libérée et que les élections se tiendront partout. Je ne pense pas que la France puisse décider si l’armée malienne doit aller à Kidal ou pas. Je pense au contraire qu’il y a des raisons techniques, militaires, stratégiques qui font que jusque là l’armée malienne n’arrive pas à pénétrer à Kidal. Dans tous les cas, laissons les autorités gérer.

Comment envisagez-vous la perspective des négociations avec le groupe séparatiste du MNLA qui occupe la ville ?

Pour négocier, il y a un préalable : il faut déposer les armes. On ne peut pas négocier le couteau sous la gorge. Le MNLA doit comprendre qu’on peut discuter des questions de développement, de décentralisation, on peut mettre toutes les questions sur la table à condition qu’il accepte de déposer les armes.

Mais comment engager ces négociations quand on sait que la plupart des responsables du groupe armé sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la justice ?

Nous ne pouvons pas discuter avec des gens qui sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international. C’est au MNLA de s’organiser pour désigner les responsables qui vont discuter en leur nom. Ce n’est pas à moi de désigner ceux qui représenteront le MNLA. Je pense qu’ils sont en train de s’organiser et on verra dans les jours à venir.

Pensez-vous qu’il est opportun qu’on aille discuter ce problème à Ouagadougou et sous le vocable de l’Azawad, où tout le nord serait engagé ?

Avec le Burkina Faso, nous faisons parti d’un ensemble. Ce pays a été désigné comme médiateur, je n’y vois aucun inconvénient. Les rencontres ont commencé à Ouaga, il est très probable qu’elles se tiennent ailleurs. Je ne pense pas que le lieu soit important.

Quels sont les grandes lignes de votre programme pour le Mali ?

Nous sommes en train de présenter notre projet de société sous la forme d’un livre dont le titre est « Le Mali de nos rêves ». J’ai cité plus haut les trois grands axes sur lesquels ce projet va reposer. Mais à côté de cela, il y un préalable : l’organisation d’élections transparentes pour amener une situation de normalité sans laquelle on ne peut pas gérer un pays. Au-delà de ces points, il y a la reforme de l’armée. Nous avons besoin d’une armée nouvelle qui va s’adapter aux opérations de défenses que le nouveau contexte exige. Il y a la reforme du système de santé pour rapprocher les professionnels de la santé de la population. Il y a les questions liées à la reforme de la justice qui vise à revoir la carte judiciaire pour rapprocher la justice du justiciable.

Propos recueillis par Seydou Coulibaly

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