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Mali : Des signataires de l’accord de paix accusés de terrorisme
Publié le vendredi 31 aout 2018  |  L’aube
Clôture
© aBamako.com par AS
Clôture de la 26e session du comité de suivi de l`accord pour la paix et la réconciliation
La cérémonie de Clôture de la 26e session du comité de suivi de l`accord pour la paix et la réconciliation au Mali le 26 Juin 2018.
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Un rapport de l’ONU, que « Le Monde » s’est procuré, rapporte que des membres des groupes armés contribuent à des attaques et à des trafics de migrants et de drogue.
Le rapport est accablant et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Pour la première fois, les Nations unies (ONU), via leur groupe d’experts indépendants sur le Mali, dénoncent, noms à l’appui, l’implication de membres de groupes armés signataires de l’accord de paix d’Alger ou désignés comme « coopératifs » dans des attaques terroristes, mais aussi dans le trafic de migrants et de drogues.
L’accord de paix d’Alger avait été signé en 2015 par la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), la Plateforme (groupes armés progouvernementaux) et l’Etat malien dans le but de mettre fin au conflit dans le nord du Mali.

« Stratégies opportunistes individuelles »
En exclusivité, Le Monde Afrique a obtenu ce rapport qui devrait être rendu public prochainement. Ce document de 71 pages, daté du mercredi 8 août, révèle la participation d’Alkassoum Ag Abdoulaye, le chef d’état-major de la Coalition du peuple pour l’Azawad (CPA), dans la double attaque terroriste qui a visé le camp militaire de Soumpi, dans la région de Tombouctou, les 24 octobre 2017 et 27 janvier 2018.
Près de dix-neuf militaires avaient été tués lors de ces deux attaques revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Or la CPA fait partie des groupes dits « coopératifs », qui gravitent autour de l’accord de paix d’Alger.

Selon nos informations, le cas de Soumpi n’est pas isolé. Au moins trois autres attaques terroristes auraient été perpétrées avec l’aide de membres de groupes armés dits « coopératifs ». Pour le panel d’experts indépendants mis en place en février, le rôle d’Alkassoum Ag Abdoulaye ne s’arrête pas là : il aurait aussi « contribué à coordonner les katibas [unité de combattants] dans la région de Mopti ».

« Alkassoum Ag Abdoulaye n’est pas un terroriste en tant que tel, il a profité d’occasions pour récupérer des armes et des munitions. C’est tout l’objectif de ce rapport : montrer qu’il y a des stratégies opportunistes individuelles qui ne mettent pas en cause les groupes mais bien des individus. Des acteurs invisibles qui ont des intérêts particuliers et qui ralentissent la mise en œuvre de l’accord de paix pour les défendre », explique une source diplomatique.
Le rapport devrait être transmis sous peu au Conseil de sécurité de l’ONU. « Le but étant de prendre appui sur ce document afin de proposer que des sanctions soient prises contre ces acteurs », poursuit notre source.

Entraves au processus de paix
Agacée par la lenteur de la mise en œuvre de l’accord, l’ONU avait fait monter la pression en septembre 2017. Le Conseil de sécurité avait alors adopté un régime de sanctions contre les individus entravant son application. Mais en un an, aucune sanction n’a été prise. Ce rapport pourrait changer la donne et transformer la menace en décision concrète.

Les auteurs s’attardent aussi sur le rôle joué par un certain Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune, un autre leader de la CPA, dans les entraves au processus de paix dans les régions de Tombouctou et Gao. Il aurait eu pour rôle « d’imposer la Coordination des mouvements de l’entente [CME, une coalition formée de dissidents des groupes signataires] dans les différents mécanismes établis », afin de voir ses soldats intégrés dans l’armée.

Pour les auteurs, l’objectif de certains membres de la CME est clair : user de la violence pour montrer leur capacité de nuisance au processus de paix, dans le but de s’imposer comme la quatrième partie de l’accord d’Alger. Selon le document, certains de ses membres auraient même menacé de « boycotter l’élection présidentielle [qui a vu la réélection d’Ibrahim Boubacar Keïta, mi-août] en vue d’être inclus dans l’accord et ses mécanismes ».

Selon le groupe d’experts, le gouvernement pourrait aussi avoir utilisé la CME. « Le gouvernement lui a aussi cédé officieusement la présidence d’autorités intérimaires », explique le rapport. « Pour certains, c’est la preuve absolue que la CME est un proxy [intermédiaire] gouvernemental », précise notre source, avant d’alerter sur les conséquences d’une telle stratégie : « Si le gouvernement perpétue cette tradition malienne d’utilisation des proxy, le risque est que les problèmes fondamentaux que l’accord de paix tente de régler ne soient jamais traités. »

D’autant que des membres de groupes qui ont directement signé l’accord d’Alger sont également mis en cause. Le maire de Talataye, dans la région de Gao, est l’un d’eux : « Salah Ag Ahmed a été présenté au panel par plusieurs sources indépendantes comme membre proéminent du HCUA [Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad], proche d’Iyad Ag Ghali (…) et comme agent de liaison entre les groupes djihadistes Ansar Eddine et l’EIGS [organisation Etat islamique dans le Grand Sahara]. » Le HCUA, en tant que membre de la CMA, est partie intégrante de l’accord d’Alger.

Exploitation sexuelle de migrants
Le rapport ne se limite pas à révéler les connexions avec les groupes terroristes. « Le cas de Mahamadou Ag Rhissa (…) illustre le mieux les liens entre les passeurs de migrants et les activités des groupes armés », poursuivent les auteurs. Comme Salah Ag Ahmed, Ag Rhissa est membre du HCUA. « Il contrôle le passage des migrants à Talhandak, a détenu des femmes et facilité leur exploitation sexuelle, les libérant seulement après le paiement d’une somme allant de 150 000 à 175 000 francs CFA [de 228 à 267 euros] », souligne le rapport.

Un homme associé au Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia, loyal à Bamako) est aussi pointé du doigt. Baye Coulibaly est cité comme étant l’un des principaux passeurs de Gao : « Il dirige un business de transport opérant entre Gao et Tamanrasset, en Algérie, et fournit des faux documents de transport maliens pour faciliter la traversée vers l’Algérie aux migrants non maliens. Il est aussi soupçonné de détenir des migrants rejetés d’Algérie, qui sont ensuite recrutés par le Gatia dans le but d’être intégrés au processus DDR [désarmement, démobilisation, réinsertion] de Gao. » Selon les auteurs, Baye Coulibaly bénéficierait de la protection de membres des forces de défense et de sécurité maliennes à travers des connexions familiales.
Par Morgane Le Cam

Le MondeAfrique

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