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Un million de tonnes de coton en 2019-2020 : Le délire de Bakary Togola confronté à la réalité du terrain
Publié le dimanche 7 avril 2019  |  La Sirène
Cérémonie
© aBamako.com par Androuicha
Cérémonie de lancement de la campagne agricole 2017-2018 de l`Office du Niger.
M`Bewani (Région de Ségou), le 17 juin 2017. Le Ministre de l`Agrculture, Dr Nango Dembélé a, en présence du président de l`Assemblée Permanente des Chambres d`Agriculture du Mali (APCAM), M. Bakary Togola et du PDG de l`office du Niger M. Mamadou Mbaré Coulibaly, procédé au lancement de la campagne agricole 2017-2018 de l`Office du Niger
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Sauf changement de dernière minute, Bamako abritera à partir du 11 avril 2019 le Forum des cotonculteurs du Mali placé sous la présidence du chef de l’Etat, Ibrahim Boubacar Kéita. Si, au cours de ce forum, les cotonculteurs annonceront par la voix de leur président, au premier paysan du Mali, S. E. M. Ibrahim Boubacar Kéita, leur ambition de produire, durant la nouvelle campagne, un million de tonnes de coton graine, force est de chercher à savoir qu’est-ce qui sous-tend cette ambition surréaliste ?

Lors de la récente visite du ministre de l’Agriculture Nango Dembélé dans les filiales Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) de Sikasso et de Koutiala, le responsable de la qualité au sein de la Confédération, Bakary Klédioumon Dembélé, représentant le président Bakary Togola, confiait à certains paysans que le président de la République leur demandait de produire un million de tonnes de coton graine pendant la nouvelle campagne. Information difficile à vérifier.

Toutefois, il faut savoir que la capacité d’égrenage des dix-huit usines de la CMDT actualisée après la modernisation des usines de Koumantou, Dioila, Sikasso 2 et l’installation de celle de Kadiolo, s’établit à 640 000 tonnes en 150 jours.

La production d’un million de tonnes de coton graine pourrait poser un certain nombre de problèmes agronomiques. Depuis sa création, le pic réalisé par la CMDT est de 728 000 tonnes. Porter 728 000 tonnes à un million de tonnes, suppose une progression de 35 %. Ce qui est difficile en termes agronomiques, selon des spécialistes. “S’il faut réaliser un million de tonnes de coton, il va falloir que les producteurs réduisent les superficies des céréales au détriment des superficies de coton”, soutiennent-ils. Mais, améliorer le rendement en augmentant les superficies, est-il évident en termes agronomique ? Plus on augmente les superficies plus le rendement va baisser. L’effet d’augmentation recherché pourrait bien se transformer en baisse. Au-delà, c’est l’aventure dont personne ne connait l’issue.



Aussi en cas de production d’une telle quantité, il va falloir le stocker dans des magasins qui n’existent pas ou égrener dans les pays voisins comme le Sénégal et le Burkina Faso avec des frais qui rendent l’opération coûteuse et non rentable pour l’Etat. Et à défaut d’exploiter cette quantité, il n’est pas exclu de jeter le surplus dans les champs.

En allant vers une production d’un million de tonnes de coton graine dès la nouvelle campagne, la filière va donc être confrontée à des difficultés. La capacité de travail de nos producteurs ne leur permet pas d’être dans une fourchette de superficie qui qui va au-delà de 800 000 tonnes.

Si on devrait aller au-delà de 900 000 tonnes, la CMDT devra acheter beaucoup plus d’intrants, qui coûteront chers à l’Etat quand bien même l’impact sur le volume de production n’est pas évident.

Au regard de tout ceci, on peut bien se demander pourquoi on veut pousser la production à un million de tonnes de coton graine alors que la capacité d’égrenage reste limitée ?

Une ambition démesurée et surréaliste qui risque de faire plus de mal que du bien à la filière. N’oublions pas aussi que les premières pluies s’installent en avril. Si le coton devient humide ou mouillé, il est impossible de l’égrener au niveau de l’usine.

Selon cet ancien industriel à la retraite, une usine qui passait 400 tonnes, en coton mouillé, ne passera pas plus de 150 tonnes. A en croire ce retraité, les usines perdront le tiers du potentiel chaque jour. Donc, plus les pluies s’installeront et s’intensifieront, mieux le coton deviendrait humide et difficile à égrener.

Avec la détérioration des pistes du fait des pluies abondantes, le transport du coton devient, également, impossible. Or, s’il n’y a pas de transport, faute de routes, il n’y a pas d’approvisionnement. Si les usines ne sont pas approvisionnées, elles ne pourront pas tourner. Si les usines sont approvisionnées, même avec très peu de coton mouillé, l’égrenage poserait des problèmes. Du coup, c’est la qualité qui se dégraderait. En fin de compte, ce serait une perte sur toute la ligne.

C’est pourquoi, le département de l’Agriculture, soucieux de la bonne marche de la filière, a instruit à la direction de la CMDT de terminer l’égrenage au plus tard le 15 avril. A cette date optimum, toutes les qualités, tous les ratios d’égrenage sont préservés.

C’est bien de produire plus. Mais, il faut augmenter d’abord la capacité d’égrenage pour ne pas se retrouver avec un surplus inutilisable. Or, pour installer une nouvelle usine, il faut un minimum de 18 mois, sinon 2 ans. Si le président IBK veut s’engager dans cette démarche d’augmenter la production, il va falloir installer rapidement de nouvelles usines. Alors Question pour un champion : qu’est ce qui explique cette ambition brusque de vouloir produire un million de coton graine ?

D.
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