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De quoi le coup d’Etat du 18 août au Mali est-il le nom ?
Publié le mercredi 2 septembre 2020  |  Le Forum
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© aBamako.com par MS
La CEDEAO rencontre le CNSP
Bamako, le 23 Août 2020, les émissaires de la CEDEAO ont rencontré le CNSP au ministère de la défense
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Le coup d’Etat militaire du 18 août 2020 au Mali, pourtant condamné par la communauté internationale, est salué par les populations maliennes dans les rues de Bamako et de Kati, à travers la place de l’indépendance et dans les réseaux sociaux. La crise de légitimité que traînait le régime politique de l’ex-président IBK démissionnaire a conduit à des manifestations importantes dans la capitale depuis le 5 juin 2020. Après des médiations échouées de la CEDEAO, l’intervention des mutins pour contrôler le pouvoir central, dans un contexte d’insécurité aux issues incertaines, pose encore plus de questions qu’elle n’apporte de réponses aux sources des soulèvements populaires au Mali. Quelle lecture faire de ce quatrième coup d’Etat de l’histoire politique du pays ? Comment sortir de l’impasse ?
La légitimité du pouvoir politique au-delà des élections…

Le 16 août 2018, en contexte de guerre contre le terrorisme-jihadisme, à l’issue d’un second tour sous tensions, le président Ibrahim Boubacar Kéita est réélu à 67,17% pour un second mandat. Ces résultats seront contestés par son principal opposant Soumaïla Cissé qui a obtenu 32,83%. Soumaïla Cissé ne reconnaît pas la victoire d’IBK et mobilise ses partisans dans la rue. La situation au nord et au centre du pays continue de se dégrader avec des violences communautaires et des attaques de groupes terroristes-jihadistes.

La crise sanitaire causée par la Covid-19 ne dissuade pas les autorités d’organiser des élections législatives à la fin Mars 2020. Le leader politique de l’opposition Soumaïla Cissé est enlevé à Tombouctou par un groupe armé dans la même période. Les résultats des législatives sont contestés par une bonne partie des citoyens. S’en suivent des semaines de mobilisations auxquelles la nomination du nouveau gouvernement de Boubou Cissé, n’aura rien changé.

Le mouvement du 5 Juin Rassemblement des forces patriotiques du Mali (M5-RFP) polarise les contestations et réclame la démission du président Ibrahim Boubacar Kéita et de son régime. A l’image du M5-RFP hétéroclite, composé à la fois de religieux, d’acteurs privés, d’universitaires et de politiques, les revendications des manifestants sont aussi diverses que confuses. Des discours et des images de pancartes laissent entrevoir le drapeau malien, le drapeau russe, le refus de Barkhane, de la Minusma. Le mémorandum du M5-RFP résume de manière plus claire les doléances. Il y est dénoncé les pratiques de corruption et d’impunité, la violation de la constitution et des libertés, l’abandon des secteurs de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, des infrastructures, la dégradation de la situation sécuritaire au nord et au centre du pays, la perte de souveraineté sur le territoire national, l’échec du dialogue national, le détournement des fonds alloués à la défense et à la sécurité, les fraudes électorales. La timidité des réponses apportées aux doléances est perçue comme méprisant, et les manifestations populaires pour la démission du régime en sont devenues plus virulentes.

Dans des Etats mal gouvernés en Afrique, les élections peuvent ne plus suffire aux administrés pour signifier aux régimes politiques leurs mécontentements. Les échecs du régime politique d’IBK sur le plan de la sécurité et de la gouvernance ont rendu caduque, pour le peuple, les principes démocratiques et constitutionnels d’alternance de régime. Les élections « manipulées » ne constituent ni une garantie de légitimité, encore moins le seul moment de transition politique.

Une situation d’insécurité non-maîtrisée par-delà les frontières maliennes

Les violences terroristes-jihadistes débordent les frontières maliennes pour évoluer dans une bonne partie de la bande sahélo-saharienne. L’espoir suscité, auparavant, par les forces étrangères des Etats partenaires tels la France s’est très vite mué en méfiance et en soupçons. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) est contestée à tort ou à raison par une partie de l’opinion publique malienne. Les crises multiformes de mal gouvernance perdurent dans un contexte où de nombreux agendas des organisations internationales, des Etats, des ONG, des partenaires privés techniques et des sociétés civiles, convergent dans l’objectif de sécurisation et de pacification.

Au nord et au centre du pays, la décharge de la fonction sécuritaire par l’Etat aux mains des forces étrangères voire des milices d’autodéfense, le prive de gagner en légitimité dans la gestion de la crise sécuritaire. Cette délégation met à nu la fragilisation d’un Etat en difficulté de protéger ses concitoyens. L’adoption d’un paradigme du tout sécuritaire aux dépends des urgences économiques et sanitaires de gouvernance se ressent jusque dans la capitale relativement épargnée par les épisodes d’attaques terroristes-djihadistes, où peuvent donc se former des mouvements de contestations. L’Etat est contesté dans ses difficultés à assumer ses fonctions de protections des citoyens et de bonne gouvernance de la cité.

C’est dans ce contexte, que le coup d’Etat du 18 août 2020, suite à d’importantes manifestations populaires, vient rappeler que le sens de l’Etat dépasse la fonction régalienne de sécurisation. Ce coup d’Etat interroge sur les missions de stabilisation en cours. Il interpelle sur la défiance face aux institutions internationales et régionales, présentées comme des cadres de dialogue et de construction de la paix. Le maintien de la paix n’aura pas dissuadé le recours à la force militaire pour le contrôle du pouvoir, encore moins la médiation de la CEDEAO.

Cependant, l’intervention de militaires dans le jeu politique, ne garantit systématiquement pas l’autorité politique, la rigueur et la transparence comme le laisse entendre le discours des mutins. Les coups d’Etat dans l’histoire politique de nombreux Etats ont permis l’accès à diverses ressources (im) matérielles pour des régimes militaires.

Après le coup d’Etat, l’impasse ?

L’armée malienne a joué un rôle important dans l’histoire politique de l’Etat postcolonial du Mali. Depuis 2012, les échecs répétés de cette armée au Nord et au Centre du pays, mais encore, la perte de contrôle d’une bonne partie du territoire national au profit de groupes terroristes-djihadistes, de miliciens, de bandes criminelles et pilleurs, entachent particulièrement l’image d’une armée nationale dont le défi est de reconquérir les cœurs de certains maliens.

Le coup d’Etat du 18 août, condamné par la communauté internationale, mais salué comme une libération par le peuple malien, est vécu par les militaires eux-mêmes comme une victoire. Ils refusent de nommer la prise du pouvoir par les armes de « coup d’Etat » pour ne pas ternir l’image valorisante que leur offre ce moment. Au déni de la CEDEAO, ils opposent la reconnaissance du peuple malien. Il est mis en avant la prise du pouvoir sans violences physiques par des officiers supérieurs qui prennent soin de ne brutaliser ni la population encore moins les politiques et administrateurs déposés, au premier rang desquels l’ex-président IBK.

Dans la tradition de l’armée malienne, les coups d’Etat n’ont pas toujours conduit à une transition civile du pouvoir. L’expérience de Moussa Traoré en 1968, et la tentative du capitaine Sanogo de conserver le pouvoir, interroge quant à la suite à donner au coup d’Etat récent. Au-delà des discours de bonnes intentions de transition civique du pouvoir, les négociations entamées avec la CEDEAO, et les pressions populaires dissuaderont-elles une tentation de constitution d’un régime militaire ? L’exemplarité de Amadou Toumani Touré, inspire-t-elle encore dans les rangs du camp militaire Soundiata Kéita de Kati ?

Après un quatrième coup d’Etat militaire, l’histoire politique du Mali postcolonial bégaie, piétine. Dans la recherche d’une autorité politique, les problèmes demeurent profonds et entiers. L’ampleur des difficultés montre déjà à quel point les questions de gouvernance dépassent des logiques partisanes, des considérations individualistes. Le mal de l’Etat malien a emporté de nombreux chefs d’Etat et leur régime. Aujourd’hui, c’est IBK, à qui le tour demain ? Comment sortir d’une spirale de crises politiques, sécuritaires et institutionnelles ? Comment faire autorité ?

Sortir de l’impasse par la tenue d’assises nationales globales et inclusives

Depuis la crise militaro-sécuritaire et politique de 2012 qui a plongé le Mali dans l’incertitude, de fortes propositions de stabilisation et de construction de la paix au Mali ont émergé. Un accord de paix issu du processus d’Alger, signé en 2015, a été suivi d’un processus de dialogue national inclusif qui travaille, entre autres, à la mise en œuvre de l’accord de paix. Ces propositions sont l’émanation du travail à la fois des sociétés civiles maliennes et des partenaires extérieurs politiques, techniques et financiers. En outre, le lancement du dialogue national en Octobre 2019 dans un contexte de contestations postélectorales, lui donne un cachet politicien. Ce dialogue national aujourd’hui, peine à poser des acquis consensuels.

Le mal du Mali est aussi celui de sa mise sous assistance. La corruption et la mal gouvernance se nourrissent des modes de gouvernements multiples en contexte de crises. L’assistance internationale, l’interventionnisme (politique-militaire-humanitaire) et les crises de gouvernance se nourrissent mutuellement. Le pouvoir souverain des dirigeants en souffre, celui de l’Etat s’y accommode alors que celui du peuple, par ses diverses formes de résistance et de réappropriation, génèrent des crises, des opportunités de changement.

Le coup d’Etat du 18 août est une opportunité pour permettre à l’autorité de transition de définir une feuille de route politique et stratégique. Cette dernière devra être le produit exclusif d’assises nationales globales et inclusives guidées par la question de la souveraineté politique et territoriale de l’Etat du Mali. Ces assises devraient permettre de dépasser les limites du dialogue national sur les cinq points (paix, sécurité et cohésion sociale ; réformes politiques et institutionnelles ; gouvernance ; jeunesse ; culture) qui ne reposaient sur aucun substrat stratégique. L’intérêt des assises pour une souveraineté de l’Etat malien apporteraient des réponses aux doléances des manifestants du 5 Juin 2020, des signataires de l’accord de paix de 2015. Elles impliquent une refondation du projet national que veulent les maliens : un Mali nouveau.

La Rédaction
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