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Transition et perspectives politiques nationales : L’énigme Assimi Goïta
Publié le samedi 22 mai 2021  |  Aujourd`hui
Remise
© aBamako.com par A.S
Remise d`un hélicoptère Mi-35 à l`armée de l`air
Bamako, le 12 Janvier 2021, le vice Président de la transition, le colonel Assimi Goita a remis à l`armée de l`air, un hélicoptère de combat de marque russe de type Mi-35.
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Considéré par certains comme une pieuvre à la tête du gouvernement qui gênee le Premier ministre et par conséquent devrait sauter à l’occasion du réaménagement de l’attelage gouvernemental, le vice-président Assimi Goïta est toujours-là, fidèle au poste et à sa ligne de conduite d’homme silencieux, privilégiant l’acte à la parole. Joue-t-il un rôle dans le choix des hommes du prochain gouvernement pour s’assurer que le Cnsp, bien qu’ayant disparu virtuellement, garde une mainmise sur l’orientation et le déroulé de la Transition qui est son bébé ? Tire-t-il les ficelles pour créer les conditions de réalisation d’un agenda secret ? Les hypothèses vont bon train, mais restent au stade de simples supputations, tant le colonel Assimi Goïta, par sa discrétion qui cache mal la qualité d’un homme de rigueur exceptionnelle, constitue une véritable énigme.
En véritable chef militaire, il ne parle pas, il agit et fait agir en exigeant des résultats”. Telle est la description que fait du colonel Assimi Goïta un des éléments ayant servi sous son commandement au nord du Mali. Et notre interlocuteur d’ajouter : “C’est un véritable cadre militaire qui ne s’affole ni ne se décourage. Toujours proche de ses troupes qu’il commande, il aime les défis et a horreur de l’échec. Je suis sûr que s’il en avait les moyens humains et matériels, il en aurait fini avec le harcèlement exercé par les forces du mal au nord et au centre du Mali”.

Excellente description du colonel Assimi Goïta qui a d’ailleurs prouvé que la question sécuritaire est une de ses principales préoccupations pour avoir choisi, en tant que vice-président, d’en faire une prérogative particulière. Et son duo avec un autre colonel, Sadio Camara pour ne pas le nommer, ministre de la Défense, fonctionne à merveille car là où des esprits pessimistes s’attendaient à des frictions entre les deux officiers supérieurs intervenant dans le même domaine, c’est au contraire un bon binôme qui se déclare et produit de bons résultats. Dans les rangs des forces armées, les mesures et dispositions qu’ils prennent, depuis leur installation aux affaires, ont requinqué à bloc les troupes qui sont rassurées du matériel et des équipements qui leur parviennent. Auparavant, les hommes qui combattent sur le terrain en entendaient parler sans jamais rien voir.

Parmi les mesures salutaires, il y a la réforme, en silence, du système de gestion des fonds destinés à l’armée. Tous les fournisseurs qui bénéficiaient d’une situation de rente à travers les marchés d’équipements et matériels militaires sont en train de broyer du noir parce que sevrés. Les dépenses concernant l’armée, même au niveau du ministère de la Défense, ne s’effectuent qu’avec l’accord des états-majors qui attestent de l’existence réelle de besoins. C’est donc étonnant que tout ceci puisse se passer dans l’anonymat, pendant que des Autorités de la Transition, à des niveaux divers, s’empressent de “communiquer”, même pour dégager un tas d’ordures. Question de faire mousser les choses pour masquer le véritablement fond de lacunes.

Mais si le colonel Assimi Goïta est bien apprécié en tant que cadre militaire, l’est-il au plan politique ? On devrait plutôt dire : “Le sera-t-il au plan politique ?” parce qu’on ne lui a pas encore donné l’occasion d’être à l’œuvre pour pouvoir l’apprécier, même si ses qualités intrinsèques d’homme intègre et sérieux, ayant un sens profond de l’écoute et en contrepartie peu loquace, privilégiant l’action à la parole, peuvent en faire un bon homme d’Etat. Nous disons bien un homme d’Etat, pour faire le départ avec un homme politique, terme désormais négativement chargé de combines, d’oxymore, de mensonges et de roublardise.

Mais la question qui se pose : a-t-il lui-même des ambitions politiques ? En d’autres termes, au vu de ce qui l’a vécu depuis qu’il est vice-président, pour mieux apprécier la vie nationale jusque dans sa face cachée, se décidera-t-il à plonger dans le marigot politique où il faut toujours savoir nager à contre-courant ?

Nous donnons notre langue au chat car l’homme ne parle pas, mais il bosse. Et personne ne peut se prévaloir aujourd’hui de porter sa parole pour dire quoi que ce soit en mesure de révéler des intentions ou ambitions nationales. Depuis le coup d’Etat du 18 août, sa parole est rare. Il est emmuré dans un silence de cimetière. Une attitude qui divorce d’avec celle des putschistes qui finissent par agacer car à force de vouloir communiquer pour convaincre vaille que vaille ils tombent dans la banalité.

Son éventuelle candidature à la présidence de la République au sortir de la Transition a été évoquée un moment par le feu-follet Issa Kaou Djim, l’un des vice-présidents du Conseil national de transition. Il a quand-même pris le soin de préciser qu’il s’agissait d’une initiative personnelle puisée dans sa profonde conviction, pour rabattre le caquet à ceux qui y voyaient un ballon de sonde. Une déclaration qui a fait évidemment beaucoup réagir les Maliens divisés en deux camps à ce sujet : les pour et les contre. Mais le débat s’est vite estompé parce que l’intéressé et ses proches sont restés de marbre, laissant tout le monde dans l’expectative. Ce qui renforce davantage l’énigme que constitue Assimi Goïta depuis le coup d’état du 18 août 2020.

Amadou Bamba NIANG
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