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Naufrage macabre sur le fleuve Niger (région de Mopti) : L’Etat malien est coupable !
Publié le vendredi 18 octobre 2013  |  Le 26 Mars


© Autre presse par DR
Tragédie sur le fleuve Niger au Mali


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Ce sont au moins 50 personnes qui ont perdu la vie et, plusieurs autres portées disparues suite au naufrage le 12 octobre dernier d’une pinasse sur le fleuve Niger, (non loin de la petite localité de Koubi) en 5ème région.
La dramatique nouvelle, très vite médiatisée a rapidement fait le tour du Mali et du monde entier. Mais, en réalité, ce n’est pas une première.
Le fleuve Niger avale quotidiennement et en silence des vies et des biens dans les mêmes circonstances que celles de Koubi.

C’était en Décembre 2010. En compagnie de 5 journalistes Canadiens que j’avais connus quelques années plutôt dans leur pays, j’embarquais à bord d’une de ces énormes pinasses à Mopti. Destination : Tombouctou.

Pourquoi, avoir choisi ce machin noir qui contenait déjà plusieurs tonnes de ciment, de matériel de construction, de sucre, de céréales, de moutons, chèvres, vaches et même deux chameaux ? Surtout qu’en plus, il y avait au moins 300 personnes à bord ?

Simplement, parce que, mes téméraires amis tenaient à aller à Tombouctou (le bout du monde selon eux) et par voie fluviale, même si la Compagnie Malienne de Navigation (Camanav) plus sécurisée n’arrivait plus, (à cause du volume et du poids de ses bateaux) à effectuer le voyage dans un délai raisonnable. Or, en dehors de ces pinasses, il n’y avait pas d’autres alternatives.

En tous les cas c’était décidé et mes amis et moi avions pris place dans l’énorme « bateau ».
La pinasse était si chargée, qu’il n’y avait que quelques centimètres entre ses bordures et le fleuve.
Quelques heures après, c’était le petit matin …pour ceux qui avaient osé dormir.
Nous étions au milieu du lac Debo.

Un vent d’une extrême violence faisait tanguer notre pauvre pinasse qui commençait à prendre de l’eau.
La panique était devenue générale. Surtout que, à bord de l’embarcation, il n’y avait aucun gilet de sauvetage, aucun extincteur. Pire, l’équipage (pilotes et autres) n’avaient trouvé d’autres moyens pour faire face à la situation, que de former un cercle et faire des prières pour implorer l’aide d’Allah !

Instinct de survie obligeant, les passagers désespérés qui, eux aussi tenaient des « fatia », avaient fini par accepter la proposition de mes amis canadiens de larguer tout le chargement de ciment, sucre, céréales, chèvres, moutons, vaches et chameaux dans le fleuve.

L’équipage lui-même avait fini par rejoindre les passagers pour tout jeter à l’eau. Du coup, la pinasse, devenue légère avait cessé de s’enfoncer dans les fonds du Djoliba.

Il ne restait plus qu’à la vider et boucher les orifices causés certainement par des chocs contre des rochers. A Tombouctou, enfin, la pinasse est arrivée. Sans ses chargements de matériels, mais, tout de même, avec tous ses passagers sains et saufs.

Des morts tous les jours

Ce genre d’aventure que nous avions vécue et après laquelle (heureusement) survécu est en fait celui qui vivent au quotidien de milliers de maliens qui, à cause de l’enclavement de leurs localités de résidence n’ont d’autre choix pour vivre, que d’emprunter ces nombreuses pinasses, pirogues et autres « sotrama » flottants, lesquels très souvent finissent par les ravir ce pour lequel ils luttent : la vie.

En effet, nombre de ces pinasses, pirogues et autres « engins » flottants, dépourvus de tout dispositif de sécurité finissent régulièrement leurs voyages sous les eaux du fleuve Niger.

Combien sont-ils, ces citoyens maliens que ce fleuve, en silence, avale chaque année ?
A combien, peut-on évaluer les biens de ces braves concitoyens, à jamais « noyés » au fond du Djoliba ?
Combien, sont-ils, ces malades de Rharous, Téméra, Diré, Goundam, Tonka, Aka et autres, contraints d’emprunter n’importe quel objet flottant pour être admis à l’hôpital de Tombouctou, Mopti, Ségou, Koulikoro, Bamako et autres, et qui n’y sont jamais arrivés ?

Aucun chiffre n’est exhaustif.

Et, jamais, de chiffre on n’aura. Cela, aussi longtemps que le Mali ne disposera d’un véritable code fluvial et que, sur ce fleuve règneront la pagaille, et l’anarchie.

Tant que les éléments de nos brigades fluviales se contenteront de jouer au damier, en attendant de recevoir des pêcheurs des poissons, (lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes pêcheurs ou revendeurs de poissons), le fleuve Niger continuera d’être un cimetière.

En effet, le Niger traverse notre pays sur plus de 1700 kms et fait vivre depuis la nuit des temps la grande majorité des Maliens.
Source de vie, offrant à boire et à manger à tous, il constitue également une voie naturelle de désenclavement de plusieurs localités du Mali, notamment, celles du nord.

Il est donc inadmissible que l’Etat malien n’ait jamais mis, ni les moyens humains, ni ceux matériels pour gérer et préserver ce pilier de la vie au Mali qu’est le fleuve Niger. Quand bien même, la sécurité de nos populations, de leurs biens, et même la sécurité Nationale en dépendent.

Boubacar Sankaré

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