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A la loupe : Le Père, le Fils et Le Saint-Isaac
Publié le lundi 27 janvier 2014  |  Le Prétoire




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Avant d’être élu président de la République, IBK, lors d’une campagne de quête, avait fait le tour de certains pays africains parmi lesquels le Togo. Reçu par le président de ce pays, Faure Gnassingbé, le candidat du RPM lui apprit qu’Eyadema Gnassingbé, le père de Faure, décédé en 2005, était un des grands républicains africains, un véritable homme d’Etat qui, tout au long de son règne despotique et sanglant, n’avait nourri qu’amour pour son peuple.

Certains ont été surpris par cet hommage posthume rendu à l’auteur du premier coup d’Etat perpétré en Afrique, putsch qui, en 1963, a causé la mort brutale du président déchu. Mais d’autres n’ont point été surpris, ils se sont, en effet, rappelé qu’IBK avait entretenu, pendant plusieurs années et jusqu’à sa mort, des relations d’amitié avec Omar Bongo, président du Gabon. IBK, en outre, lors de son intronisation au stade du 26 mars, a eu les mêmes mots pour le général Moussa Traoré, arrivé comme Eyadema père au pouvoir à la suite d’un putsch, qui s’est, lui aussi, maintenu au pouvoir, pendant près de 23 ans, par la dictature, la Kalachnikov et le bagne de la rébellion.

Le Père
Le Togo et le Gabon sont, avec la République démocratique du Congo, les pays africains dont les présidents ont bénéficié d’une dévolution dynastique du pouvoir, légitimé ensuite par des élections contestables et contestables. Quant à IBK, le pouvoir lui a été octroyé après une élection plébiscite libre et transparente, selon plusieurs observateurs et analystes politiques. Après cette brillante élection, tous ceux-ci s’attendaient naturellement à une victoire éclatante du parti présidentiel aux élections législatives.

Dans la foulée, un certain Karim Kéita, fils de l’actuel président de la République, a gagné haut la main dans la commune II du district de Bamako, une circonscription dans laquelle il serait un parfait inconnu. Pour cause : il n’y aurait jamais résidé pendant le temps réglementaire que requiert la loi pour se présenter aux législatives.

Le Fils
Mais cela n’était certainement pas un handicap pour le Fils, le Père étant déjà élu à la magistrature suprême, tout lui sera donc permis, au grand dam de ses détracteurs qui n’ont pas manqué de signaler au juge constitutionnel des irrégularités, vraies ou supposées.
Au cours des mêmes consultations, son beau-père, le père de son épouse, a également ravi un siège à Koulikoro. Un trio gagnant qui rappelle étrangement la sainte trinité : le Père, le Fils et le Saint Esprit. De fait, le RPM s’est taillé une confortable majorité à l’hémicycle, une majorité grâce à laquelle il pourrait imposer ses lois aux élus de la nation et au peuple entier qui lui a transféré une grande partie de sa souveraineté.

Cela a commencé le 22 janvier, avec l’intronisation du beau-père, Issaka Sidibé, au poste très important de président de l’Assemblée nationale.

La désignation du détenteur du perchoir passe par un vote des députés pour départager les prétentieux. Ce mercredi, Saint-Isaac avait face à lui non pas un candidat de l’opposition ou du centre mais un sympathisant du regroupement sociopolitique d’IBK, « Le Mali d’abord ». En l’occurrence, Oumar Mariko, leader du parti Sadi, qui, après avoir été battu dès le premier tour de l’élection présidentielle dernière, a rallié le camp d’IBK, et s’est fait élire député dans sa circonscription traditionnelle, Kolondiéba.

L’élection d’Issaka Sidibé a surpris plus d’un, malgré son passage à l’hémicycle, de 2002 à 2007. Au perchoir, on attendait plutôt la venue d’Abdrahamane Niang, vieux compagnon de route d’IBK, avec lequel il effectue la grande prière du vendredi chaque fois qu’il en a l’occasion.

Le Saint-Esprit
Mais pour faire place au beau-père du fils, des esprits se sont rappelé que si Niang est un grand sympathisant du RPM, il n’en a jamais été un militant a fortiori un cadre. Comme candidat du RPM au perchoir, certains voyaient plutôt Moussa Timbiné, un haut responsable du mouvement national des jeunes du RPM. Ce choix cadrait plus avec les promesses de changement du candidat IBK, de voir une véritable promotion des jeunes et des femmes à de hauts postes de responsabilité et de décision. Le président de la République a bien nommé un Premier ministre relativement jeune et neuf, pourquoi, alors, ne pas appuyer la candidature d’un autre jeune au perchoir ?

Mais c’était oublier qu’IBK était déjà installé dans l’Olympe, inaccessible aux nombreux mortels qui constituent sa cour. Personne ne le voit plus, et, de toutes les manières, il est réputé n’écouter personne. Ne disait-il pas, il y a quelques années, « ma conscience et moi » ?

Avec la désignation du candidat de son parti au perchoir, IBK avait donc l’occasion d’affirmer son caractère d’homme de pouvoir, autoritaire et ne souffrant d’aucune contradiction, exclusif, qui veut avoir raison sur tout et sur tous, dont la devise serait plutôt : « les nôtres d’abord ». Il a donc fait son choix, lequel n’a souffert d’aucune contradiction au sein de « son » parti. Celui d’Issaka Sidibé dit Saint-Isaac, 68 ans, un sortant de l’Ecica qui a poursuivi avec des études supérieures à l’ENA de Bamako, à une époque où cette école était supposée être le haut lieu des diplômés litigieux et complaisants, d’où il sortira comme inspecteur du trésor avant de rejoindre le service des douanes.

Ce retraité des douanes sera-t-il enfin le président de l’Assemblée nationale qui ne sera pas un pendant au chef de l’Etat ? Certains osent l’espérer sans trop y croire.
Cheick TANDINA

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