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Herman Van Rompuy à l’Assemblée nationale du Mali : «Il n’y a que des solutions africaines aux problèmes africains»
Publié le vendredi 21 fevrier 2014  |  Les Echos du Parlement


© ONU
Le Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, à la tribune de l`Assemblée générale


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Le Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy a effectué une visite de deux jours dans notre pays. Au cours de sa visite, il s’est entretenu avec le Président de la république du Mali, à l’issu de cet entretien, les personnalités se sont prêtées aux questions des journalistes. Après cette étape, le Président du Conseil européen a prononcé un discours mémorable à l’Assemblée nationale du Mali dont nous vous proposons l’intégralité.

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs les députés,

Je suis heureux de pouvoir m’adresser à vous, dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale. Plus de deux ans ont passé depuis l’offensive des groupes terroristes au nord du Mali suivi d’un coup d’Etat à Bamako. C’est dans ce lieu qu’un hôte du Mali, comme je le suis aujourd’hui, est le mieux à même de prendre la mesure des efforts réalisés par les Maliens pour restaurer l’ordre constitutionnel, la souveraineté et l’unité nationale.

L’Union européenne s’est tenue aux côtés du Mali et des Maliens dans les heures les plus sombres d’une crise que vous surmontez aujourd’hui avec détermination. Notre Union continuera de se tenir à vos côtés autant que cela vous sera nécessaire.


Il y a à peine un an il aurait-été impensable que je puisse m’adresser à vous, les élus d’un Mali libre, au sein de cette Assemblée, symbole par excellence de démocratie politique. Je me réjouis que Votre pays soit déterminé à poursuivre d’importantes réformes politiques et institutionnelles. Il faut rendre impossible la répétition des évènements tragiques de 2012 et 2013.


Cette Assemblée a un rôle crucial pour accompagner l’exécutif dans sa lutte contre la corruption, dans la consolidation démocratique et la politique de régionalisation. L’Union européenne continuera de soutenir ces efforts, à travers ses programmes de développement et d’autres actions. Sur le plan de la sécurité, la réforme entamée en matière de gouvernance sécuritaire constitue un deuxième pilier essentiel. Ici aussi, l’Union européenne maintiendra son appui.

Notre mission de formation et de conseil militaire, bien en place, sera bientôt complétée par une mission de soutien à vos forces de sécurité intérieure (police, gendarmerie, garde nationale).


Sur le plan humanitaire enfin, et de l’aide au développement, votre Gouvernement, bien sûr, a initié un vaste programme. Le suivi de la conférence de Bruxelles du 15 mai 2013 offre à la communauté internationale le meilleur moyen d’appuyer les efforts du Gouvernement et d’accompagner cette sortie de crise, sous le pilotage de l’administration malienne. Je tiens à vous rappeler que l’Union Européenne tient sa parole. L’intégralité des moyens promis par la Commission européenne a été engagée.


Mesdames et Messieurs les députés,
De graves menaces à la paix et à la sécurité perdurent au nord du Mali et dans la région du Sahel plus largement. Une jeunesse sans perspective peut devenir la victime de mouvements radicaux qui combattent sans état d’âme nos valeurs communes et l’héritage de libertés et de culture que nous a légué l’histoire. Au vue de ces menaces, il est absolument nécessaire de réaliser de progrès rapides dans le cadre des pourparlers, afin de rendre possible un dialogue inclusif avec les communautés du nord du Mali – bien sûr- dans le respect des valeurs de la République et de l’intégrité territoriale. Cela devrait inclure le cantonnement des groupes armés, mais aussi le retour de l’administration d’État, des collectivités territoriales et des services publics sur l’ensemble du territoire.


Il n’est pas de tâche plus difficile que de reconstruire l’unité d’un pays. Personne ne peut le faire sinon les hommes et les femmes de ce pays. La communauté internationale ne peut qu’aider et encourager.


Je suis convaincu qu’il n’y a pas d’autre solution durable à la crise malienne qu’une solution malienne. Tout comme il n’y a que des solutions africaines aux problèmes africains et des solutions européennes aux problèmes européens. Au Mali, l’Union européenne peut et veut offrir ses conseils, muris pas notre propre expérience historique – et un bon nombre de nos pays ont connu des moments de transition et de réconciliation encore récemment – nous pouvons et voulons également offrir notre appui politique et économique, et une aide en matière de sécurité et de développement.


Mesdames et Messieurs les députés,
La détermination des Maliens, couplée à la mobilisation de la communauté internationale, a montré que le pire n’est jamais inéluctable, et qu’une crise d’une gravité exceptionnelle peut être surmontée – au Mali comme dans le reste de la région – lorsque l’on sait être résolu. C’est une leçon de courage.

Il se trouve qu’aujourd’hui à Bamako, j’entame une visite qui me conduira du Mali au
Niger, puis au Bénin. L’Europe et la région du Sahel, tout comme l’Afrique de l’Ouest plus généralement, sont des voisins de par la géographie, et des partenaires de par l’histoire.

Notre sécurité dépend de la votre. Nous vivons dans un monde interdépendant sur le plan économique, mais aussi sécuritaire. Dans ce cadre, la situation en Libye reste très préoccupante et constitue une menace pour toute la région. L’Union européenne y porte une attention particulière et renouvelée.

L’Afrique connait aujourd’hui des mutations rapides et considérables. La jeunesse de sa population, le dynamisme de ses sociétés, l’ampleur de ses ressources naturelles offrent à votre continent des perspectives extrêmement favorables – pour autant que ces énergies, ces capacités de travail et cette richesse soient mises à bon usage. D’ores et déjà, l’Afrique affiche un taux de croissance consolidé élevé en comparaison à d’autres continents, et l’intérêt des investisseurs s’accroît de manière ostensible.


L’Afrique évolue également sur le plan politique. Presque partout, la stabilité et la transparence démocratique tendent à l’emporter sur l’autoritarisme. C’est le surgissement de cette nouvelle Afrique que l’on a tant attendu, bien que des reliques du passé privent encore ou refassent occasionnellement, et douloureusement, surface. Dans quelques pays, des institutions trop faibles ont été mises à l’épreuve, par l’extrémisme, par des polarisation tragiques souvent manipulées. Des Etats entiers se sont effondrés. Mais, ces cas isolés ne doivent pas oblitérer notre jugement.


L’Europe change, elle aussi – et ceci bien plus que nous ne pouvons l’imaginer. L’Union européenne s’est élargie au cours des dix dernières années: de 15 Etats membres, elle en compte aujourd’hui 28, dont certains ont gagné leur indépendance bien après les Etats africains. Notre Union recoupe maintenant une bonne partie du continent européen du Portugal au Sud jusqu’en Finlande dans le Nord, de l’Irlande à l’Ouest jusqu’à la Bulgarie à l’Est. Aujourd’hui, c’est avec une nouvelle Europe que l’Afrique a rendez-vous.


Cette nouvelle Europe s’est transformée à d’autres égards. Notre intégration s’accélère. Nous avons une monnaie unique, nous l’avons défendue avec beaucoup d’efforts et nous avons réussi!. Nous sommes également passés au cours des dernières années par une grave récession économique, qui a menacé notre modèle social, mais là aussi nous sommes en train de vaincre.

Tout comme en Afrique, nous voulons offrir à nos enfants la meilleure éducation possible, des emplois, un avenir. L’Europe doit également s’adapter à cette nouvelle économie mondialisée, qui offre des nouvelles chances mais apporte aussi des nouveaux défis.

Pour les Européens, l’Union européenne est leur biotope. Elle contribue à assurer et consolider la paix, la prospérité et la démocratie à travers notre continent. C’est pourquoi nous sommes très attachés aux organisations régionales de par le monde, et à l’Union africaine en particulier. En effet, nos continents poursuivent des voies parallèles d’intégration régionale. Il est maintenant temps d’intégrer davantage les continents mêmes.


Cette nouvelle Europe veut être un partenaire de l’Afrique. Il n’y a plus aucune nostalgie du passé. On n’a pas d’ambitions géopolitiques. On a des intérêts communs et des valeurs communes.

Le partenariat entre l’Afrique et l’Union européenne dans le domaine de la paix et de la sécurité est une expression principale de cette convergence. L’Union européenne a toujours été en tête du soutien aux efforts déployés pour doter l’Afrique de ses propres mécanismes de sécurité collective, ensemble avec d’autres acteurs internationaux dont en particulier les Nations Unies.

Nous sommes convaincus que seuls les africains peuvent apporter des solutions durables aux problèmes qui affectent leur continent. C’est pourquoi nous applaudissons et soutenons avec conviction les efforts de l’Union Africaine et des organisations sous régionales africaines, telles la CEDEAO, dans le développement de cette « architecture de paix et de sécurité » continentale, y compris en ce qui concerne les capacités de déploiement rapide.

Nous connaissons bien les défis que cela représente en termes d’efforts financiers, d’équilibres de solidarité, de coordination et coopération dans la formation et l’équipement pour assurer l’interopérabilité de forces appelées à intervenir ensemble sur un même terrain.


Mais nous voyons aussi le courage des Etats africains, rassemblés autour de l’Union
Africaine, quand ils ont décidé d’intervenir au Darfour pour arrêter un bain de sang. Ou encore en Somalie, quand la communauté internationale ne voyait aucune lueur d’espoir dans ce pays abandonné à son sort. C’est ce même esprit qui a animé la CEDEAO d’abord et ensuite l’Union Africaine, pour intervenir ici, au Mali, pour sauver un pays frère de l’extrémisme, de l’intolérance, de l’anarchie. C’est aussi le cas encore plus récent en République Centrafricaine.

Dans tous ces théâtres d’opération, l’Union européenne a été aux côtés de ses alliés africains. Non seulement avec un appui soutenu au développement des capacités d’intervention, mais avec un soutien direct et financier aux opérations mêmes. Voilà bientôt dix ans que nous avons mis en place un mécanisme de financement spécifique, la Facilité de Paix Africaine, basée sur le Fonds européen de développement, pierre angulaire de la solidarité ACP. Plus de 1 milliard d’euros ont été déversés.

Mais bien au-delà des appuis techniques et financiers, la solidarité européenne s’est traduite dans des déploiements de contingents et de formateurs européens, travaillant côte à côte avec leurs partenaires africains, en RDC, sur la côte somalienne, au Tchad, au Sud Soudan, au Mali et en République Centrafricaine.


Plus de 2.300 hommes et femmes sont déployés en ce moment en Afrique dans des opérations sous le drapeau de l’Union européenne, travaillant pour consolider la paix et la stabilité, toujours en appui aux efforts africains. Plus de 700 hommes et femmes additionnels viendront les rejoindre d’ici peu dans des opérations en cours de préparation et lancement, portant le nombre total à plus de 3.000.


Les Chefs d’Etat et de Gouvernement qui prendront part au Sommet Afrique – Union européenne des 2 et 3 avril prochains se devront donc de traiter de ce partenariat en particulier.


Mesdames et Messieurs les députés,
Le développement social et économique de nos populations – en Afrique comme en
Europe – constituera également un thème dominant du Sommet. L’Union européenne est de loin le principal partenaire commercial de l’Afrique. Il est également, et de loin, son principal partenaire au développement et à l’investissement. Les montants de notre coopération sont l’illustration évidente de notre volonté de maintenir et intensifier ce partenariat: l’Union européenne, a traves les Fonds Européen de développent, consacra 20 milliards d’euros à l’aide au développement en Afrique pour la période 2014-2020.

Mais nous partageons un objectif commun: créer les conditions qui rendront cette aide superflue et qui permettront de transformer durablement l’aide publique en investissement.


Permettez-moi de revenir sur trois aspects en particulier: nos relations commerciales, l’investissement et l’agriculture.

Premièrement, le commerce. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler un fait simple, parfois oublié. Aujourd’hui, l’Europe est le principal partenaire commercial de l’Afrique. Cette relation ne décline pas: entre en 2007 et 2012, le volume des importations et des exportations avec l’Afrique a augmenté de près de 50%.

L’Accord de Cotonou a permis d’offrir aux pays d’Afrique Subsaharienne le régime commercial le plus généreux de l’histoire: l’accès libre de droits de douanes et taxes aux marchés européens sans réciprocité pour la partie européenne. Aujourd’hui, nous souhaitons maintenir ce régime avantageux pour les pays d’Afrique tout en le rendant compatible avec les dispositions de l’OMC; nous voulons le faire également en encourageant l’intégration régionale et le développement des industries porteuses de croissance. Ces objectifs sous-tendent nos accords de « partenariat économique ». Nous venons de franchir avec l’Afrique de l’Ouest une étape très importante dans cette perspective. En effet, les négociations de l’accord de « partenariat économique » avec la CEDEAO viennent de conclure et nous espérons pouvoir procéder prochainement à sa signature et ratification.


Deuxième point, l’investissement. L’Afrique est relativement pauvre en capital. L’Union européenne est déterminée à encourager le développement des infrastructures en recourant à des formules mixtes alliant aide au développement et investissement privé. Les montants de l’aide publique au développement, même cumulés avec les contributions d’autres partenaires comme la Banque Mondiale ou la Banque Africaine de Développement, ne peuvent pas soutenir la comparaison avec les montants disponibles sur les marchés de capitaux privés. Près de 50% des capitaux étrangers en Afrique sont européens. Mais pour continuer à attirer encore davantage ces derniers, il n’y a pas de recettes secrètes… outre l’amélioration du climat économique, la lutte contre la corruption, la création d’un environnement macro-économique stable et une fiscalité prévisible.


Enfin, troisième point, le domaine agricole. Il se trouve que nous célébrons avec l’Union africaine « l’année de l’agriculture ». Voici le secteur qui compte, aujourd’hui encore, le plus grand nombre d’emplois sur le continent. Et pourtant, combien d’efforts sont encore nécessaires pour garantir la sécurité alimentaire pour tous. L’Union européenne est aux côtés des Etats et des peuples africains pour promouvoir une meilleure résilience et assurer la commercialisation des biens agricoles.

C’est une telle transformation qui a permis de libérer les économies chinoises et indiennes et c’est la même qui est nécessaire aujourd’hui en Afrique. C’est ce même partenariat étroit entre l’investissement public et les fonds privés, dont je viens de parler, qui doit guider l’essor agricole africain de la main d’initiatives telles la « Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition » lancée par le G8 à Camp David en 2012, en coopération avec l’Union Africaine.


Mesdames et Messieurs les députés,
C’est le contact entre nos peuples qui fait notre histoire commune, et ce sont eux qui bâtissent notre relation. Un Sommet vraiment « intercontinental » de Chefs d’Etat et de
Gouvernement n’a de sens que quand l’action commune des dirigeants est au service des peuples.


Il nous est donc essentiel de garder une vue d’ensemble sur les efforts que nous déployons dans les divers secteurs. Car le développement économique et social et la sécurité ne sont que deux faces de la même monnaie. Les tensions sociales, religieuses et ethniques se voient aggravées par les difficultés économiques. La stabilité de tout pays se base ou requiert des programmes intégrateurs de développement. En même temps, ces efforts ne peuvent prospérer en absence de structures étatiques démocratiques respectueuses des diversités et des droits de tous les citoyens. Pour atteindre ces buts, il est en effet indispensable d’assurer un dialogue sincère avec la société civile et les acteurs politiques.


Mesdames et messieurs les Députés,
C’est un honneur de pouvoir parler ici à cette Assemblée démocratique comme j’ai pu le faire le 8 février à Tunis à l’occasion de l’entrée en force de leur nouvelle Constitution. La démocratie est en marche. Elle ne cède pas. Comme ici au Mali. Vous êtes un exemple pour beaucoup d’autres. Ne cessez pas de travailler pour un Mali inclusif et uni. N’oubliez pas que l’Union européenne reste à vos côtés.
Je vous remercie.

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