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L’Indépendant N° 3511 du 30/5/2014

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Témoignage émouvant d’un des rescapés de l’attaque du Gouvernorat de Kidal, Mamadou Balla Dembélé, Conseiller administratif : » Trois balles m’ont traversé le thorax…Je veux connaitre les résultats des analyses pour prétendre à un plateau technique relevé
Publié le vendredi 30 mai 2014  |  L’Indépendant




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C’est un vieil homme fatigué, mais très heureux d’être en vie que nous avons rencontré, hier jeudi 29 mai, dans le bloc de neurochirurgie du CHU Gabriel Touré. Mamadou Balla Dembélé est un haut cadre de l’administration malienne. Conseiller administratif au Gouvernorat de Kidal, il a été atteint, le 17 mai dernier, de trois balles lors de l’attaque par des groupes armés des locaux de ce bâtiment administratif. Les trois balles lui ont littéralement traversé le thorax faisant trois grands trous dans son corps.

Le miraculé revenu de l’enfer kidalois est admis, depuis mardi au bloc neurochirurgie de l’hôpital Gabriel Touré au même titre que certains militaires blessés de guerre. Le Conseiller administratif du Gouvernorat dit avoir eu droit à un pansement approprié, mercredi dernier, depuis qu’il se trouve dans cet établissement.
Il a déclaré vivre une situation de contraste total.

Pour cause, lorsqu’il a été recueilli par la MINUSMA et transféré à l’hôpital de Gao, les soins étaient à la fois intenses et réguliers. Les cadres de l’hôpital, les responsables administratifs ou encore la population de la sixième région étaient aux petits soins avec tous les malades. Qui pour encourager un malade à traverser cette période d’épreuve, qui pour s’enquérir de la qualité de traitement administré. Mais, depuis son arrivée à Bamako, Mamadou Balla Dembélé dit ne pas constater la même attention même s’il est vrai que des responsables du ministère de l’Intérieur, son département de tutelle, lui ont rendu visite. « Les agents techniques mis à notre service sont dévoués, ils font ce qu’ils peuvent. Seulement, je déplore avoir été mis de côté quant aux résultats des recherches effectuées.

Je suis en droit de savoir les dommages que les balles ont pu causer dans mon organisme. Et si mon état nécessite un plateau technique très relevé ou peut-être une évacuation, qu’on me le fasse savoir. Je ne dois pas être mis dans l’ignorance. Je continue à cracher du sang. J’étais en mission commandée à Kidal, donc au service de mon pays à qui il incombe de nous prendre en charge et si une évacuation s’impose vers un autre établissement sanitaire, que cela se fasse le plus tôt que possible « .

Mamadou Balla Dembélé soutient avoir lui-même choisi d’ être admis au CHU Gabriel Touré, espérant que ce serait nettement mieux que dans d’autres hôpitaux. Il dit toutefois ne pas perdre espoir et compte sur les plus hautes autorités pour que le niveau du traitement s’améliore rapidement.

36 ans au service de l’administration

Mamadou Balla Dembélé, du haut de ses 62 ans, a passé 36 ans de sa vie au service de l’administration malienne. Il a été chef d’arrondissement de Diamou, de Yanfolila, préfet des cercles de Bla, Kolondiéba, Koulikoro, Niafunké. Il a été le dernier le préfet de Niafunké avant l’occupation narcojihadiste de 2102. Dans cette circonscription de la région de Tombouctou, il a perdu tous ses biens. C’est donc un homme du sérail qui a été appelé pour servir à Kidal, le 11 juillet 2013, soit trois semaines, après la signature de l’Accord de Ouagadougou autorisant le déploiement de l’administration. Mamadou Balla Dembélé s’est dit prêt à retourner à Kida, l une fois rétabli si telle était la volonté de ses chefs..

Qu’est-ce qui s’est passé le samedi 17 mai à Kidal ?
Sorti vivant de cet enfer où d’autres, des proches à lui, ont été froidement tués, Mamadou Balla Dembélé rend grâce à Dieu et dit s’incliner sur la mémoire de ses compagnons d’infortune disparus.

» Les incidents ont commencé à Kidal, le vendredi 16 mai, quand des femmes et jeunes enfants, instrumentalisés par le MNLA ont commencé à occuper l’aéroport, empêchant un avion de se poser. A la tombée de la nuit des coups de feu ont retenti dans Kidal obligeant des hélicoptères de la MINUSMA à survoler la ville pendant plusieurs heures. Les mêmes patrouilles ont repris à l’aube.

A peine les hélicoptères de la MINUSMA posés au sol que des rafales ont été entendus dans la ville, donc des tirs de sommation venant du côté des assaillants. Tout au long de cette journée de samedi 17 mai, les coups de feu n’ont pas cessé dans la ville. Le premier ministre comme vous le savez est arrivé à Kidal dans ces conditions« .
Et d’ajouter » Dans l’après-midi, les tirs devenaient de plus en plus intenses et se rapprochaient des locaux du Gouvernorat. Les check-points érigés par les militaires maliens ont sauté et celui des casques bleus, placé à l’entrée du Gouvernorat, a été franchi par les rebelles.

A la vue des corps sans vie que nous avons aperçus par les fenêtres, nous avons tous compris ce qui se passait. Au moment où nous cherchions un refuge, des assaillants sont rentrés dans l’enceinte du Gouvernorat et tiraient sur tout ce qui bouge, sans distinction. Dans la confusion, les personnes qui se trouvaient dans la salle ont cherché la sortie, et c’est à cet instant que j’ai été atteint de trois balles. Je suis tombé par terre. Dans cet état, j’ai trainé pour rejoindre un refuge où se trouvaient déjà d’autres fonctionnaires. Il y avait des corps un peu partout.

Lorsque les assaillants sont arrivés devant le bureau du gouverneur, ils ont tous entonné «Allahou Akhbaraou» Dieu est le plus grand. Toutes les personnes qui s’y trouvaient ont été tirées de leur cachette. La première chose qu’ils ont réclamé, ce sont les téléphones et les clés des voitures. En début de soirée, ils ont rassemblé les gens par des coups de crosse. C’est en ce moment que je me suis présenté à eux, tout couvert de sang, ma chemise blanche entièrement maculée, ils m’ont renvoyé en m’administrant d’autres coups de crosse « .
Le Conseiller administratif du Gouvernorat de préciser » Du gouvernorat, on nous a conduits dans un lycée de la ville qui sert de quartier général au MNLA. De là, ils ont embarqué les otages vers une destination inconnue en me laissant sur place.

J’ignore pourquoi, ils ne m’ont pas embarqué. Est-ce compte tenu de mon âge ou l’état de mes blessures. Je précise que lorsqu’ils partaient, l’un des assaillants m’a dit qu’ils ont demandé à Serval de venir me chercher. Tard dans la nuit, la même personne est venue m’informer qu’une ambulance de la MINUSMA se trouve dans les environs. Il m’a donc aidé à rejoindre les casques bleus. Lorsque nous sommes arrivés au quartier général de la MINUSMA, un Sénégalais m’a aidé à porter de nouveaux habits. C’est là que j’ai bénéficié des premiers soins… « .

Mamadou Balla Dembélé demande à l’Etat malien de prendre ses responsabilités pour que la crise prenne rapidement fin. La population doit aussi jouer son rôle, a-t-il déclaré.
Abdoulaye DIARRA

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