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L’Indépendant N° 3519 du 11/6/2014

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Hommage à l’ancien ministre des mines et dirigeant sportif : » Evitons d’être des éternels mendiants en suivant l’exemple de Lamine Kéïta «
Publié le mercredi 11 juin 2014  |  L’Indépendant




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Pour assurer un développement économique durable, il faut de profondes connaissance scientifiques dans tous les domaines de l’activité économique.

Sans connaissances scientifiques profondes, vous pouvez investir des milliards dans différents domaines d’activité; leur impact sur l’activité économique sera insignifiant.
Les rapports que j’ai eus avec Lamine Kéita dans le domaine de l’hydraulique pastorale en sont une parfaite illustration.

Mais qui était Lamine Kéita ?
Ce que j’en sais, c’est que:
o Grand sportif, il faisait partie de mes grands aînés au Lycée Terasson de Fougère (actuel Lycée Askia Mohamed) dans les années 1950.
Quand nous avons eu à nous approcher et à coopérer au milieu des années 1970, il était le haut responsable de la Direction Nationale de l’Hydraulique et de l’Energie (DNHE) avant de devenir Ministre.

Cadre de Coopération:
L’aménagement pastoral était la composante essentielle et novatrice de la première phase de
l’Opération de Développement de l’Elevage dans la Région de Mopti (ODEM).
De vastes pâturages étaient inexploités en zones exondées en raison du manque d’eau pour l’abreuvement du cheptel.

En conséquence, un effectif important de bétail affluait vers le Delta central du Niger en saison sèche pour s’alimenter dans les bourgoutières (pâturages à Echinochloa stagnina).

Pour mieux exploiter les pâturages exondés et atténuer la surexploitation des bourgoutières, l’ODEM avait eu pour mission: de surcreuser les mares dans les pâturages exondés du Méma-Dioura (coté Ouest du bassin du fleuve Niger) ; et du Nord Gandamia (côté Est du bassin du fleuve.) de creuser des puits pastoraux dans les pâturages exondés du Séno-Mango (côté est du bassin du fleuve Niger).

Le surcreusement des mares a été confié à une entreprise privée après appel d’offres.

Le creusement des puits a fait l’objet d’un Accord entre l’ODEM et l’Opération Puits (OP) qui relevait de la DNHE.

L’emplacement des puits avait été choisi par l’ODEM en tenant compte de la productivité (biomasse) des pâturages et des itinéraires de transhumance du bétail. Le coût de l’accord prenait en compte:

l’achat d’équipements pour le creusement d’une trentaine de puits de 60 mètres de
profondeur environ. Ces équipements une fois acquis devaient être aussitôt stockés à Douentza;

Le coût de ces travaux avait été payé comme avanceà l’OP dès la signature de l’Accord.

Contribution de Lamine Kéita :
L’accord ODEM-OP a été négocié et signé sans aucun contact entre l’ODEM et Lamine Kéita. Mais au moment où l’OP devait commencer les travaux, Lamine Kéita a fait savoir qu’il n’y a pas de nappe d’eau généralisée au Séno-Mango et que l’OP n’interviendrait qu’après la réalisation de forages de reconnaissance; ce qui n’était pas prévu au Projet ODEM.
L’ODEM a pris acte de cette décision. Le superviseur du projet ODEM, au nom du bailleur de fonds, et le Ministère de tutelle, au nom du Gouvernement malien, y ont adhéré eux aussi. En conséquence, il a fallu:
Acheter une foreuse;

Recruter un technicien expatrié pour la conduite et l’entretien de la foreuse;
recruter un Ingénieur hydraulicien expatrié pour conduire les travaux de forages et en
interpréter les résultats.

Résultats des forages:
Les forages devaient être réalisés sur les sites prévus pour le creusement des puits. Beaucoup de forages ont été négatifs.
Lamine Kéita avait raison. Il n’y a pas de nappe d’eau généralisée (à 60 mètres de profondeur) au Séno-Mango.
Face à cette situation, la DNHE a entrepris d’autres démarches:
sondages géophysiques; interprétation de photographies aériennes; en plus, on a effectué maintes recherches sur les éoliennes. L’Administration coloniale avait réalisé au Séno-Mango des points d’eau équipés de pompes qui auraient fonctionné grâce à l’énergie éolienne. Ces forages servaient de bons repères au Séno-Mango. Ils étaient identifiés selon les termes » ligne nord des éoliennes, ligne sud des éoliennes « .

Les recherches documentaires sur les éoliennes ont été infructueuses. On laissait entendre qu’à l’accession du Mali à l’indépendance, les cadres toubabs qui opéraient au Soudan Français auraient ramené en France des documents d’importance stratégique pour les déposer dans des Archives qui se trouveraient à Nantes.

Peut-il y avoir d’informations plus stratégiques que celles concernant la position des eaux
souterraines et leur dynamique quand on sait l’importance de l’eau dans la vie (humaine, animale et végétale) et son impact sur l’environnement?

Par rapport aux 30 puits initialement prévus, seuls quelques forages ont été positifs, mais à une profondeur allant de 80 à 90 mètres.

L’Opération Puits avait fait savoir que l’équipement acquis dans le cadre de l’Accord ne permettait pas de creuser des puits de telles profondeurs. Il fallait acquérir un nouveau type d’équipement qui aurait coûté beaucoup plus cher.

L’ODEM a renoncé à creuser des puits si profonds pour la gestion des pâturages.

Exploitation des forages:
Des contre-puits ont été réalisés sur dix forages, la nappe d’eau étant semi-artésienne.
Trois forages ont été équipés de pompe à moteur.
Deux forages ont été équipés de pompes manuelles.
Un seul forage, le P17 a été équipé de pompe à énergie solaire. C’était, à l’époque, le deuxième plus grand panneau solaire installé au Mali, après celui de l’Hôpital Rocca Sera de San.
Conclusion
Sans la contribution de Lamine Kéita l’Opération Puits aurait pu creuser trente puits de soixante mètres de profondeur conformément à l’Accord sans obtenir une goutte d’eau pour l’abreuvement du bétail. De tels puits n’auraient eu aucun impact sur la gestion des pâturages, sur la production animale et sur le revenu des éleveurs. Ce qui n’aurait pas allégé pour autant, la dette contractée par le Mali dans le cadre de l’ODEM.
Il est important que l’Etat responsabilise les cadres qui sont de grands patriotes et qui disposent de solides connaissances scientifiques et non pas seulement les partisans et les courtisans, sans quoi, on restera PPTE (Pays Pauvre Très Endetté) pendant des décennies, sinon des siècles.

Dans ma lettre du 30 septembre 2006 adressée à Dioncounda Traoré, Ibrahim Boubakar Kéita et Younoussi Touré, je disais: » L’objectif essentiel de la démocratie (Gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple) c’est la prospérité du peuple tout entier, et que cet objectif était plus difficile à atteindre que l’instauration du multipartisme.
A preuve, au début des années 1970, le Mali était parmi les quatre pays les plus pauvres du monde avec la Haute Volta, le Bangladesh et le Botswana.

En 2005, malgré l’instauration d’une démocratie souvent citée en exemple dans le monde, le Mali est toujours parmi les quatre pays les plus pauvres du Monde (sur 177 pays) avec le Niger (chute de l’uranium), la Sierra Léone (guerre civile) et le Burkina Faso qui n’est pas troisième producteur africain d’or et ne dispose pas de potentiels comme la zone Office du Niger ou le Delta Central du Niger « .

Quelques jours après ma lettre, le nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) faisait apparaître que le Mali avait chuté. Il était devenu le troisième pays le plus pauvre du monde (sur 177). Je n’ai pas eu connaissance des deux pays qui étaient les plus pauvres.

Le Gouvernement malien a vivement protesté contre ce classement, à travers, notamment une conférence de presse et une déclaration remise au Représentant Résident du PNUD au Mali.

Face à ces protestations, le PNUD a demandé au Gouvernement d’envoyer une délégation à son siège à New York. Le PNUD prendrait en charge la délégation. Le Gouvernement a envoyé une délégation. Mais le citoyen lambda n’a eu aucune connaissance du rapport de mission de cette délégation.

Est-ce à dire que la délégation a été convaincue de la pertinence du rapport du PNUD ?
Toujours selon le PNUD, le Mali était en 2013 le sixième pays le plus pauvre du monde (sur 186) après le Burkina Faso, le Tchad, le Mozambique, la République Démocratique du Congo et le

Niger. La Sierra Léone qui était derrière nous en 2005 nous a damé le pion.
Evitons d’être PPTE éternellement, même si cela permet de bénéficier de certains avantages offerts par les PTF (Partenaires Techniques et Financiers).
Evitons de tendre la main éternellement. Cela n’est pas un honneur.
Il vaut mieux prévenir que guérir.

Pour cela, suivons l’exemple de notre aîné Lamine KEITA

Birama DIARRA

Ancien Directeur de l’ODEM

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