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Prison centrale : Après l’évasion, les gardiens accusent…
Publié le jeudi 19 juin 2014  |  L’aube


© aBamako.com par as
Réception des prisonniers de la CPI à la maison d`arrêt de Koulikoro par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux Malick Coulibaly
Jeudi 12 juillet 2012. Koulikoro. Vue de la partie consacrée aux prisonniers de la CPI.


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L’évasion le 16 juin dernier du terroriste Mohamed Ali Ag Wadoussène suscite encore beaucoup d’interrogation au sein de l’opinion publique tant sur la forme que sur le déroulement de l’opération. Comment, une forteresse comme la prison centrale de Bamako-Coura a-t-elle pu être percée par une seule personne enfermée dans les cellules inhumaines réservées aux grands criminels ? Comment Mohamed a-t-il pu se procurer l’arme (un pistolet automatique) dont il s’est servie pour perpétrer son attentat ? Y-a-t-il eu des complicités au sein de la prison ? Nous avons rencontré les gardiens de la prison. Tous mettent en avant les conditions dérisoires de travail, notamment le manque d’armes. Témoignages
Le lundi dernier, une spectaculaire évasion de détenus s’est produite à la maison d’arrêt centrale d’arrêt de Bamako. Elle est l’œuvre de Mohamed Ali Ag Wadoussène, le commanditaire de la prise d’otages des deux Français à Hombori. Le terroriste s’est retrouvé en possession d’une arme automatique, avec laquelle il a planifié, avec sang froid, son évasion, après avoir assassiné sauvagement un surveillant, Kola Sofara. Quelques jours après, la prison centrale de Bamako est toujours sous l’émotion.

La version du sergent chef Diallo
Il était 10 heures, hier mardi, quand nous arrivons à la porte de la prison, toujours fermée au public. A l’intérieur, tournent des surveillants très remontés par l’interpellation du régisseur de prison, Abdoulaye Idrissa Maïga, arrêté suite à l’évasion.
Contrairement à ce que nous avions prévu en arrivant, nous avons trouvé des surveillants de prison en état de choc. Notamment des commentaires justifiant cette évasion par le comportement des surveillants habitués à prendre de l’argent pour laisser passer toute sorte d’individus. Une accusation que les surveillants de prison ne reconnaissent pas et ne comprennent pas surtout. Aussi, ont-ils décidé de profiter de notre visite pour donner des explications au sujet de tout ce dont le Malien lambda les accuse.
Après avoir tapé trois fois de suite sur la grande porte d’entrée, un surveillant de prison, le sergent chef Alassane Diallo, nous ouvre enfin la porte et nous demande ce que nous cherchions. Après avoir décliné notre identité et exprimé notre souhait de rencontrer le régisseur de la prison, le sergent chef Diallo nous dit que cela était impossible parce que le régisseur a été interpellé. Nous décidons néanmoins de faire réagir notre interlocuteur sur ce qui s’est passé, le lundi dans l’après midi aux environs de 15 heures. Sans difficulté, le sergent chef accepte et commence à nous narrer les faits.
Après quelques minutes, il propose qu’on poursuive notre entretien à l’intérieur, précisément dans la chambre qui sert de maison de garde aux agents en service. Il s’agit d’une salle spacieuse avec trois rangées de lits. Au mur, est fixé une étagère en planche sur laquelle sont rangés plusieurs chaussures et des sacs militaires. C’est au fond de cette chambre de garde que nous nous sommes entretenus avec le surveillant qui nous a expliqué dans les détails comment s’est déroulée l’évasion.
«Il y avait une fuite d’eau au GV (nom donné à la cellule de haute sécurité). On a fait venir un plombier pour la réparation. Le détenu, Mohamed Ali Ag Wadoussène, armé d’un pistolet automatique (PA), profite de ce moment pour tirer à bout portant sur le surveillant Kola Sofara qui a été mortellement atteint. Il saute ensuite la grille et tire un autre coup de feu dans la cour. Ce qui sème la panique. Dans la grande confusion créée, le détenu prend la direction de la sortie, après avoir tiré un autre coup feu en direction de la sentinelle placée sur le mirador situé du coté de la brigade territoriale qui jouxte la prison». Celui-ci, selon notre interlocuteur, a répliqué en tirant sur le détenu, mais son arme (une carabine chinoise) n’a pas fonctionné. Au moment où le détenu quittait la prison, il a été suivi par d’autres pensionnaires qui étaient dans la cour. Pour notre interlocuteur, aussitôt après, la population s’est impliquée et a permis d’arrêter certains fugitifs dont un a été roué de coups jusqu’à ce que mort s’en suive…

Une arme dans un téléviseur ?
Avec cette évasion, une question brûle les lèvres : comment le terroriste, du fond de sa cellule, a pu entrer en possession d’une arme ? Pour le sergent chef Diallo, c’est une question qu’eux-mêmes se posent d’autant que trois jours avant, il y a eu la fouille systémique de toutes les cellules. «Rien d’anormal n’a été constaté», déclare t-il. Selon lui, il y a une piste qui paraît très plausible. Il s’agit, révèle-t-il, de celle d’un téléviseur qui avait été apporté au détenu, quelques jours après la fouille. «Il est fort possible que ce soit par le truchement de ce téléviseur que l’arme a été introduite dans la cellule du détenu», nous confie le surveillant. Il est possible que le détenu soit en complicité avec des gens qui étaient à l’extérieur. Selon lui, des gens ont rapporté qu’une voiture était stationné là où avait embarqué le détenu. Cela est une possibilité, car s’il avait couru comme les autres, il aurait été attrapé soit par les surveillants, ou par les populations, qui ont arrêté plusieurs évadés.
Pendant notre entretien avec le sergent chef, les uns après les autres, les autres surveillants qui étaient regroupés à la porte, ont fini par nous rejoindre, chacun avait visiblement très envie de se confier, de dénoncer le mauvais procès fait autour des surveillants et de décrier un peu les conditions difficiles dans lesquelles ils travaillent. Des conditions lamentables qui ne leur permettent pas d’être opérationnels avec toute l’efficacité souhaitée.
Selon l’adjudant Dramane Traoré, il n’est pas normal que les autres corps soient dotés en PM et PA, et que les surveillants qui sont en contact direct avec les détenus ne disposent que de simples carabines chinoises qui ne représentent rien par rapport à la menace que représente la garde des détenus. «Pour une prison qui compte 2000 détenus, on ne compte que 15 carabines chinoises en très mauvais état », nous révèle l’adjudant Moussa Samaké. Selon lui, lorsque les surveillants ont été débordés, des agents (policiers et gardes) tous équipés de PM ou de PA, ont été dépêchés en renfort au niveau de la prison. «Pourquoi, on nous refuse les mêmes droits ?», se plaint l’adjudant Samaké. Qui ne comprend pas pour quelles raisons on refuse toujours de mettre les gardiens de prison dans les conditions idoines de travail. Démunis d’armes de qualité, les surveillants n’ont jamais bénéficié de certains équipements de surveillance comme les bâtons de fouilles. «Ce n’est que ce matin (ndlr : hier mercredi) que le directeur de la prison est venu avec trois bâtons», nous informe un surveillant. Qui conclut par ces mots : «Dans ce pays, on préfère toujours jouer au médecin après la mort».

Oumar Diamoye

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