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Le Républicain N° 4904 du 21/7/2014

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Far West : Le nord livre aux groupes armés
Publié le mardi 22 juillet 2014  |  Le Républicain




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Notre confrère l’Indépendant d’hier lundi a fait état de violents combats samedi et dimanche dans les secteurs de Tabankort et d’Anéfis entre groupes armés arabes et touaregs. Le bilan du week-end est lourd : des dizaines de morts et de blessés. Le Nord du Mali est-il devenu le « Far West » que décrit le dernier numéro N° 2793 du 20 juillet 2014 de ‘’Jeune Afrique’’? Enquête sur les acteurs de cette tragédie sur laquelle le gouvernement n’a aucune prise.
Avant la visite historique de Moussa Mara, le 17 mai, il y avait un gouverneur à Kidal qui s’y était installé depuis juillet 2013 dans la foulée de l’Accord de Ouagadougou. Les préfets et sous-préfets de la région géraient leurs circonscriptions administratives depuis les bureaux du gouverneur. Le drapeau malien flottait sur le gouvernorat. La station régionale de l’ORTM était revenue sous le contrôle de l’Etat. 250 à 300 membres des Forces armées et de sécurité étaient en garnison dans la ville de Kidal. Le chef d’état-major général des armées venait d’achever une grande tournée régionale qui l’avait conduit dans la quasi-totalité des anciens postes militaires du Nord. Manifestement, la hiérarchie militaire se préparait à un redéploiement d’envergure des FAMAS au grand Nord. Les directeurs des services techniques de l’Hydraulique, de l’Agriculture et du Génie Rural avaient terminé quelques jours auparavant la visite de tous les cercles et de certaines communes de la région de Kidal. Les services d’Elevage venaient d’achever une campagne de vaccination du cheptel qui s’est étalée sur plusieurs semaines entre avril et la mi-mai.
C’est dans un tel contexte que le fougueux PM d’IBK a décidé de se rendre à Kidal malgré les réserves de la MINUSMA, de Serval, des services de renseignement maliens et les conseils de prudence de plusieurs ministres.
C’est ainsi que tous les acquis découlant de l’application (certes imparfaite) de l’Accord de Ouaga et décrits ci-dessus ont été perdus.
Plongé dans le ‘’Marasme’’
Aujourd’hui, l’Etat malien est chassé d’une bonne partie du Nord. Le drapeau du MNLA flotte sur Djébock (Gao), Ber (Tombouctou) et sur plusieurs localités du Gourma. Le principal exploit du Premier ministre pendant les 100 jours de son gouvernement aura été de livrer le vaste Nord du Mali aux groupes armés.
« Grâce » à Moussa Mara, il n’y a plus trace de gouverneur ni de préfets ou de sous-préfets à Kidal. La capitale de l’Adrar est désormais gérée par un « Comité de gestion » où siègent des représentants des groupes qui ont vaincu l’armée le 21 mai. Les FAMAS qui ne sont pas morts ou disparus, qui n’avaient pas été faits prisonniers se sont repliés d’abord vers Anéfis, ensuite vers Gao.
Pire, le Nord est, depuis le 21 mai, le théâtre d’une guerre civile sanglante qui risque de déstabiliser le reste du Mali et toute la région sahélienne.
Depuis plusieurs semaines des affrontements, à l’arme lourde, se déroulent entre Tabankort et Anéfis sur fond d’opposition tribale et ethnique.

ETAT DES LIEUX :
En apparence, les combats dans le Tilemsi opposent le MAA originel dirigé depuis Nouakchott par le Pr Ahmed Ould Sidi Mohamed au MAA dit de Ber, proche du MNLA, dirigé par Sidi Brahim Ould Sidati.
Mais les réalités au nord du Mali sont toujours plus complexes que les apparences.
Au sein du MAA se battent les Lam-Har, une tribu arabe du Tilemsi de Gao dont un des principaux chefs de file est le député Mohamed Ould Matali, beau-père de Hanoune Ould Eli considéré comme un des principaux trafiquants du Nord et objet d’un mandat d’arrêt international.
Dans les combats en cours, le MAA peut compter sur l’aile armée de la nouvelle « Alliance inter-Communautaire» mise en place à Gao à la fin du mois de juin.
Cette alliance regroupe les Arabes Lam-Har, les Imghad, les Sonrhaïs et Peulhs ainsi que des notables qui s’étaient regroupés au sein du Comité de crise pendant l’occupation à Gao.
L’aile militaire de l’Alliance Inter-Communautaire est constituée des combattants de la colonne Gamou, des Ganda Koy et Ganda Izo.
La colonne Gamou est stationnée entre Tabankort et Gao. Général de l’armée malienne, Alhadji Gamou a joué un rôle important à Kidal les 17 et 21 mai. Son principal lieutenant, le colonel Fayçal Ag Kiba a trouvé la mort en défendant le camp des Famas, le 21 mai. Dépité, le Général s’est replié avec ses hommes dans le désert de Gao en attendant des jours meilleurs.
Ces jours meilleurs ne tarderont pas à venir. «Courtisé» par tous les acteurs du Nord, le général Ag Gamou s’est allié aux notables Lam-Har, Sonrhaïs et Peulhs de Gao pour empêcher le MNLA de franchir le fleuve et de reprendre la région comme en 2012.
En face du MAA et de ses alliés, la dissidence animée par Sidi Brahim Ould Sidati ne manque pas de soutiens.
A commencer par le MNLA qui a jeté dans la bataille pour le contrôle du Tilemsi d’importantes forces dotées de moyens conséquents pour épauler son allié et poulain arabe.
Le MNLA avait jusqu’au week-end dernier, déployé dans la zone des combats un de ses principaux commandants: l’ex colonel Hassane Fagaga qui est à la tête des redoutables guerriers Ifrigoumissènes, la fraction de feu Ibrahim Bahanga.
Le MAA-MNLA compte dans ses rangs d’importantes figures du Nord telles que Dina Ould Daya, Mohamed Ould Awoynat et Mohamed Rouggy tous faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international émis à leur encontre pour implication dans le trafic de drogue notamment l’affaire non encore élucidée d’ «air Cocaïne ».
La dimension criminelle des combats dans le Tilemsi, pour le contrôle des routes de la drogue, est patente.
Les observateurs s’interrogent sur la position de l’Alliance de la communauté arabe du Mali (ALCARAMA) rivale de Convergence des Arabes du Mali, qui est le visage civil du MAA. Ses principales figures sont du côté du Mali: Mohamed Mahmoud Baby, Safia Mint Moulay/ Zahabi Ould Sidi ou Mohamed Abderhamane Ould Meydou.
Ce dernier est un officier loyaliste. Mais que font ses hommes sur le terrain? De quel côté se battent-ils? Avec le MAA de Gao ou celui proche du MNLA?
Un nord sans contrôle de l’Etat, sans forces armées sera à la merci des groupes armés de toute obédience et des seigneurs locaux et régionaux du narcotrafic.
Que dire d’AQMI et de ses filiales ou ex-filiales?
Plusieurs sources locales indiquent que le MUJAO reconstitué prend part aux combats de Tabankort aux côtés du MAA de Gao. Pour le MNLA, ce MAA, c’est le MUJAO sans aucun doute. Ce que contestent les animateurs de l’Alliance Inter Communautaire de Gao.
La présence de guerriers Lam-Har, jadis associés du MUJAO, dans les rangs du MAA et de l’Alliance, suffit-elle pour conforter les accusations de terrorisme et de narco-trafic ?
Le HCUA (héritier d’Ansardine) est-il neutre dans les combats du Tilemsi? Si oui, pendant combien de temps le restera t-il? Et AQMI? Que fera l’Ifoghas Hamada Ag Hamma alias Abdelkrim le Targui qui dirige la Sariat El Ansar depuis les montagnes de l’Adrar ?
Comme on le voit, le nord du Mali est devenu à partir du 21 mai un véritable « Far West », depuis que le PM Moussa Mara a eu l’idée d’aller y vérifier la présence de l’Administration et de déclarer depuis Gao, le 18 mai, que le Mali était en guerre.
L’immaturité et l’amateurisme coûteront cher au Mali.

La Rédaction

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