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Yoro Ould Daha: «L’Armée française m’a proposé de rejoindre le MNLA»
Publié le mardi 12 aout 2014  |  Le témoin du nord




De son vrai nom Sid’Amar Ould Daha alias Yoro, l’ancien combattant du MUJAO, arrêté par les Forces françaises basées à Gao puis remis à la Gendarmerie malienne, a été libéré finalement sans la moindre charge judiciaire retenue contre sa personne. Il séjourne pour l’heure dans un quartier huppé de la capitale, mais ne tardera certainement pas à regagner ses positions militaires, après qu’il se sera remis de séquelles physiques et morales de quatre longues journées d’incarcération par l’ancienne ‘Opération Serval’. L’intrépide guerrier du trio loyaliste MAA-CMFPR-IMGHAD porte encore une balle non extraite à l’épaule gauche et s’estime en devoir d’éviter le triomphe du séparatisme dans son pays. Quoiqu’il ait été assailli de propositions très alléchantes de la part de ses geôliers.
Le Témoin: Comment votre arrestation est survenu

OULD DAHA : Permettez-moi de rappeler d’abord que la base que je commande à Tarkint a souvent reçu la visite des éléments de la Minusma dont des Français, des Hollandais, des Allemands, etc. Leur passage consistait à roder autour de nos positions comme si c’était leur propre base ou à nous survoler à bord de leurs avions. Bref, j’étais sur la ligne de front jusqu’à la dernière attaque du Mnla contre nos positions. Blessé, j’ai souvent conduit certains de mes éléments blessés à l’Hôpital de Gao sans être moi-même admis, bien que j’aie reçu une balle à l’épaule gauche. À l’occasion de la Fête de Ramadan, j’ai décidé de prendre un répit pour fêter à Gao aux côtés de ma vieille maman très malade. C’est là que j’ai reçu la visite, au lendemain de la fête, très tôt le matin, d’une bonne dizaine de véhicules blindés et de BRDM mobilisés par l’Armée française. Ils ont encerclé notre domicile, frappé aux portes des concessions voisines pour les intimider.
Et comment avez-vous réagi ?
Je pouvais les voir venir depuis notre étage d’où je suis aussitôt descendu pour voir ma mère. Compte tenu de son état de santé fragile, j’ai tenu à la rassurer. Je lui ai dit que les Français sont venus pour moi mais qu’il n’y aura rien de mal. Je les ai attendus au rez-de-chaussée une quarantaine de minutes environ avant que leurs recherches ne les conduisent enfin à notre porte. Quant il ont prononcé mon nom, je leur ai aussitôt répondu que c’est bien moi « Sid’Amar Ould Daha dit Yoro. Le chef de l’opération, un Colonel français, m’a dit qu’ils ont tout juste besoin de moi pour une heure ou deux heures maximum. Parmi ses compagnons se trouvait un arabophone, qui a même rassuré ma mère qu’il ne m’arriverait aucun mal. C’est ainsi que j‘ai été ainsi embarqué à bord d’une V8 blanche et conduit au camp des Français pour quatre longues journées et non les deux heures promises. Au camp, après m’avoir çà décliner mon identité, ils se sont beaucoup intéressés à mon statut de chef militaire du MAA loyaliste et m’ont longuement interrogé sur mes préférences.
Que vous a-t-on concrètement demandé ?
Ils m’ont demandé pourquoi j’ai choisi mon camp et non celui du Mnla, pourquoi je suis un loyaliste et non un allié des séparatistes, etc. Ils m’ont aussi dit, au passage, que si j’étais avec le camp adverse on n’aurait pris l’Azawad ensemble et que j’ai plus de chance avec eux qu’avec l’Etat du Mali. Je leur ai répliqué que je suis avant tout Malien et non Azawadien. J’ai aussitôt compris que toute leur agitation était motivée par la question de l’Azawad.
Et que vous a-t-on spécifiquement reproché ?
Effectivement, ils m’ont fait savoir que j’étais l’objet de soupçons pour l’attaque-terroriste du 14 juillet à Tangara, mais en reconnaissant que leurs enquêtes n’ont pas permis de prouver que j’en suis commanditaire. Ils m’ont dit que j’étais aussi soupçonné pour l’attaque contre une mission de la Croix Rouge. Là également, ils m’ont avoué que leurs recoupements auprès des autorités algériennes (l’interviewé est aussi citoyen algérien, ndlr) n’ont rien prouvé. Dernière accusation : ils m’ont dit que je serais également responsable des persécutions et exactions commises contre les populations de Gao, que j’ai amputé des mains, etc. Je leur ai dit que les populations de Gao sont là pour en témoigner et que les autorités maliennes auraient pu me le reprocher.
Quelle appréciation faites-vous de votre traitement en détention ?
J’estime que j’ai été globalement bien traité pendant ma détention. On me servait constamment à manger que je refusais moi-même de consommer en me contentant seulement de boire. Un médecin a été mis à ma disposition pour m’interroger tout le long des quatre journées passées dans ma cellule sans fenêtre de trois mètres sur quatre, constamment gardée par une sentinelle. Il nous arrive même mon médecin d’échanger des blagues quand il n’y a plus de question à me poser. Mais j’ai été assailli des mêmes questions jour et nuit et pendant tous les quatre jours.
Comment avez regagné Bamako ?
Lorsqu’ils en ont décidé, le colonel m’en a fait part la veille. Ils m’rassuré qu’ils ne retiennent rien contre moi et qu’ils vont devoir me remettre à l’Etat malien. Il a en outre ajouté qu’il sait que les autorités maliennes étaient avec moi et que je serais libéré au plus tard deux jours plus tard. Il m’a proposé de collaborer avec lui après ma libération. Je lui répondu que je suis très fatigué parce que j’ai passé quatre jours à boire sans manger, mais j’avoue que j’ai plutôt bien dormi la nuit, quand j’ai appris que Bamako est ma prochaine destination. Avant le voyage de Bamako, ils m’ont porté un casque dès le matin de bonne heure, de sorte que je ne puisse rien voir ni entendre. Nous avons parcouru une distance de deux heures avant d’emprunter un avion à l’Aéroport de Gao. Quand on m’a ôté le casque, je me suis brusquement retrouvé dans une pièce en face d’un officier avec les couleurs de la République du Mali. J’en ai eu l’assurance que c’est bien à Bamako que j’ai atterri et non à Paris. J’ai été ensuite conduit au camp I de la Gendarmerie où je suis resté avec les seules menottes jusqu’à ma libération.
Comment avez-vous vécu l’épisode du Camp I ?
A la gendarmerie du Camp I, j’ai été surtout interrogé sur les raisons de mon arrestation et mes liens supposés avec la persécution des populations de Gao. Mais, je pense que depuis mon arrestation, tout le monde a compris que les motivations avaient trait à l’aide de la France à la cause de l’Azawad, aux tentatives d’adhérer les autres mouvements armés à la même cause. Les accusations d’exactions contre les populations ne sont donc que des alibis car à Gao aussi il y une justice et des procureurs auraient pu se charger de mon affaire. Ils ont choisi de m’amener jusqu’à Bamako, ce qui n’est d’ailleurs pas normal, de mon point de vue. Néanmoins, je rends grâce à Dieu car au Camp I j’ai été bien traité avant d’être libéré par un juge qui n’a rien retenu contre moi. Vous reprochez- vous réellement d’avoir persécuté les populations de Gao ? Non !
Quel rôle avez-vous donc joué au Mujao ?
Tout le monde me connait à Gao. Du temps du Mujoa personne n’avait le choix, que l’on soit Bambara, Sonrai, Arabe ou Touareg. Les terroristes d’Al Qaida étaient venus par leur biais de leur allié du Mnla et on n’avait le choix, nous commerçants entre rentrer à Bamako avec l’armée malienne, suivre les séparatistes du Mnla ou adhérer au Mujao. Personnellement, j’ai choisi comme la plupart des jeunes de Gao, de suivre le Mujao sans même savoir de quoi il s’agissait. Si des gens ont séquestré les populations c’est certainement la police ou la justice islamiste : l’une était chargée du maintien d’ordre, l’autre de prononcer les sentences d’amputation et de lapidation, etc. Je n’appartenais ni l’une ni à l’autre ; j’étais un simple combattant du Mujao. Les responsables des exactions sont connus de tous les habitants de la ville.
Etes-vous prêt à accepter l’offre de collaboration que vous a faite le colonel de l’Armée française ?
Je n’ai rien contre la France, mais je ne sais pas pour quelle raison je vais collaborer avec elle. Mois, je suis Malien alors que la France c’est le Mnla. Moi, je suis contre le Mnla. Je suis prêt à collaborer pour aider à combattre le terrorisme, mais contre les intérêts de mon pays je préfère seulement une cohabitation pacifique avec la France. Je suis néanmoins disposé à répondre devant la justice si quelque chose m’est reproché, mais dans le cas contraire, je désire la paix avec la France.
Quelle preuve détenez-vous des liens entre la France et le Mnla ? Intervient-elle dans les combats ?
Pendant les combats leurs avions tournent au dessus de nous sans intervenir. Nous savons cependant qu’ils livrent des renseignements à l’ennemi sur nos positions et coordonnées.
Lors des derniers affrontements, par exemple, nous étions à deux kilomètres des positions du Mnla. Notre situation leur ayant été donnée, ils pensaient nous surprendre dans le sommeil en avançant vers nous à pied. Entre temps, nous avions avancé d’un kilomètre à leur insu. Ils sont venus tomber dans notre embuscade en essuyant des pertes jusqu’à concurrence de quarante-cinq combattants tués sur le coup. Un de leurs combattants fait prisonnier a d’ailleurs avoué que nos positions leur avaient été données. Il n’y a pas de preuve évidente, mais tout le monde est convaincu que seules les Forces françaises disposent des moyens de leur fournir les renseignements nécessaires.
Comment avez-vous appris le métier des armes ?
Ici au Mali. Depuis la rébellion de 1991 toutes populations du Nord connaissent les armes. J’ai donc commencé ma formation pendant que je n’étais qu’un enfant, dans le sillage de cette rébellion.
Et, comme vous le savez certainement, nous avons rarement connu une année de tranquillité depuis 1991. Pour ma part, je n’ai jamais combattu l’armée malienne. Mais, j’ai été de tous les combats entre Arabes et Kountas ; j’ai participé également au combat entre Arabes et Ganda-Koy. A mon enrôlement par le Mujao également, j’ai suivi leur formation en tant que recrue. Qu’allez-vous faire maintenant que vous êtes libre ?
Je suis trop fatigué. Avant mon arrestation j’ai passé 21 jours de combat ininterrompu à Tabankort. Pendant ma détention je me suis imposé un régime d’eau sans nourriture. Depuis ma libération je ne fais que dormir; je suis au lit depuis la prière du crépuscule jusqu’à trois heures du matin. Je vais rester pendant quelques jours à Bamako auprès de mes parents et proches, mais je ne vais pas tarder à regagner le front et mon poste de commandement. Je dirige un contingent d’une vingtaine de véhicules soit deux centaines de combattants qui m’attendent avec impatience.

Propos recueillis par A. KEITA
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