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Alger II : Le nord du Mali entre statut particulier et décentralisation renforcée
Publié le lundi 1 septembre 2014  |  L’Indépendant




C’est un semblant d’accord, au demeurant obtenu à l’arraché, qui a sanctionné, en fin de semaine dernière, la rencontre à Ouagadougou de six groupes politico-militaires du nord du Mali. Le but recherché était double. D’abord mettre un terme définitif aux sanglantes guerres de positionnement qui ont opposé la plupart d’entre eux avant et après la phase préliminaire des pourparlers inter-Maliens d’Alger (16-24 Juillet 2014). Ensuite les amener à surmonter leurs divergences sur le devenir des régions septentrionales du Mali et à adopter une attitude commune face au gouvernement de Bamako, lors de la seconde étape des discussions qui s’ouvre ce lundi 1er septembre.

La déclaration issue de cette rencontre de cinq jours (25-29 août) qui a, bien des fois, frôlé le fiasco eu égard à l’éloignement des points de vue de ceux qui prônent des revendications à la limite du sécessionnisme (MNLA) et ceux qui défendent le maintien de l’intégrité territoriale du pays (MAA originel) transpire un arrangement de façade. Pour sauver la mise à la MINUSMA. Laquelle s’est beaucoup dépensée pour la tenue de cette réunion, à ses yeux décisive pour ne pas faire capoter Alger II, qui doit ouvrir le débat sur le fond devant conduire à « un accord global et définitif » sur la crise au nord du Mali.

En effet, on relève dans le document que les participants sont convenus de ne plus recourir à la violence pour régler leurs divergences et de « lutter par tous les moyens pour que l’Azawad/Nord du Mali soit enfin régi par un statut juridique conforme à ses spécificités dans l’intérêt supérieur de toutes ses composantes « .

Du contenu de ce » statut juridique » nul mot n’est mentionné or c’est bien cela qui constituera la trame du débat dans la capitale algérienne. Comment construire une entente solide et durable sur un objet qui n’existe pas encore et dont on ignore à quel degré et sous quelle forme il prendra en charge les préoccupations des parties prenantes ?

La rencontre de Ouaga aurait été plus crédible si le statut à conférer au soi-disant » Azawad » avait été discuté et accepté par tous ceux qui y ont pris part. A défaut il faut craindre qu’il ne s’agisse que d’un trompe l’œil qui se dissipera dès que les choses sérieuses vont commencer.

Un » statut particulier » pour le nord du Mali est une revendication récurrente des rébellions qui s’y sont produites depuis au moins 23 ans. Il figure au titre III du Pacte national conclu le 11 avril 1992 entre le gouvernement de la République du Mali et les mouvements et fronts unifiés de » l’Azawad « .

Il prévoit la mise en place d’assemblées locales, régionales et, coiffant celles-ci, une assemblée inter-régionale, au travers desquelles les populations du nord vont exprimer leurs besoins qui seront traduits en actes concrets par des exécutifs désignés au sein de chacune des collectivités créées.

Le projet est resté aux oubliettes tout le long de la double décennie écoulée. Puis le MNLA, fort de l’avantage acquis sur le terrain depuis le désastreux 21 mai 2014, en a conçu un nouveau à la mesure de sa boulimie devenue gargantuesque. Lui et certains de ses alliés ne veulent plus d’un Etat au sein de l’Etat malien. Ils veulent désormais l’Etat de » l’Azawad » à côté de l’Etat du Mali. Avec drapeau, aptitude à signer des accords sous-régionaux voire internationaux, représentation auprès des instances de l’Union africaine (UA). Pourquoi pas, pendant qu’ils y sont, un bureau au siège des Nations Unies, à New York ?

Il y a fort à parier que c’est ce statut très particulier, dont L’Indépendant a déjà publié de larges extraits il y a deux mois environ, qui sera présenté à Alger comme base de discussion par le MNLA, ses complices locaux et ses protecteurs étrangers.

En face, le Mali s’appuiera probablement sur son projet de » décentralisation renforcée » qui vise à accroitre le champ de compétence des collectivités et à les doter d’exécutifs régionaux élus par elles-mêmes.

Tout va donc se jouer sur ce que chaque partie va arracher ou céder à l’autre pour faire prévaloir son approche. Mais les négociateurs maliens doivent être particulièrement vigilants et tenaces : le désir de paix ne doit pas les conduire à la forfaiture qui causera le plus grand tort à leur pays et les exposera eux-mêmes à la poursuite pour haute trahison. Ils en ont déjà trop fait par la libération récente de personnes clairement identifiées pour être des auteurs de crimes contre l’humanité sous l’occupation narcojihadiste.

Une décision qui a rajouté à la déception déjà immense du peuple malien et suscité la réprobation de toutes les organisations de défense des droits de l’homme au Mali et beaucoup d’autres à l’extérieur.

Saouti Haidara
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