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Mahamadou Cissé, président du Conseil de base des Maliens de France : « Nous marchons pour les valeurs de démocratie »
Publié le mardi 13 janvier 2015  |  Le Républicain




Une marche historique, c’est ce que l’on attend ce dimanche après-midi dans les rues de Paris. Au lendemain du double attentat contre Charlie Hebdo et une épicerie juive, les Français sont appelés à descendre massivement dans la rue pour condamner sans nuance ces actes terroristes. Au moins 40 chefs d’Etat et de gouvernements seront là, dont de nombreux Africains. Des communautés étrangères vivant en France ont elles aussi annoncé leur participation. C’est le cas de la communauté malienne, majoritairement de confession musulmane. Mahamadou Cissé est le président du Conseil de base des Maliens de France.

RFI : Dites nous pourquoi vous avez appelé ce dimanche les maliens de France a à sortir et à aller marcher dans toute la France ?

Mahamadou Cissé : Tout simplement dans un esprit de défense des valeurs démocratiques et de liberté. La France est un pays qui compte beaucoup pour nos Maliens de France, par rapport à ce qu’il s’est passé en 2013 déjà. Il faut reconnaître que nous sommes très nombreux ici, que beaucoup d’entre nous ont choisi de venir dans ce pays. Tout ce qui touche la vie en France, nous touche et nous concerne directement. Nous défendons ses valeurs démocratiques de liberté et de paix mais en même temps, nous défendons un pays qui nous a donné refuge, qui nous a donné un lieu d’accueil, qui est un pays dans lequel nous vivons, nos enfants vivent ici maintenant. On ne peut plus se permettre de rien faire, de laisser des barbares transformer ce pays en un espace de non-droit.

Les Maliens sont majoritairement musulmans, cette identité musulmane vous met mal à l’aise par rapport à cette revendication d’acte terroriste au nom d’Allah ?

Ça ne nous met pas mal à l’aise, ça nous concerne tous, [il y a] une bagarre qu’il faut mener. Cette bagarre c’est de refuser que des gens usurpent des noms, usurpent des titres pour se battre en notre nom. Nous n’en avons pas suffisamment fait peut-être jusqu’à aujourd’hui par rapport à cette question puisque depuis quelque temps, il y a des personnes qui se revendiquent de la même religion que nous et ce qu’ils font dessert complètement cette religion. En tant que musulman, ce qu’ils viennent de faire [les trois terroristes], ce qu’il viennent de poser comme acte, nous interpelle… Il faut que nous remontions le temps, il faut que nous montrions davantage que l’Islam n’est pas ce qu’ils ont dit : être musulman n’est pas se comporter comme ils se sont comportés ces derniers jours.

Mahamadou Cissé, en tant que responsable de la communauté malienne en France, est-ce qu’il y a une vigilance suffisante vis-à-vis de ces phénomènes de radicalisation dans les foyers de travailleurs maliens par exemple ?

Cette question nous a déjà interpellés ce qui fait que nos foyers, nos lieux de prières dans les foyers sont tenus par nous-mêmes : ce sont des Maliens qui en sont imams ; ce sont des Maliens [qui sont] prêcheurs. D’autres viennent prêcher dans la mosquée [mais] nous sommes attentifs à ce qui se dit dans un premier temps. Dans un second temps, je pense que dans les lieux de vie des Maliens, comme dans les cités et d’autres endroits, nous faisons le maximum pour que cette dérive islamiste extrémiste ne prenne pas le pas sur nos vies.

La plupart de ceux qui sont happés par cette gangrène-là, sortent de notre système, sortent de notre communauté : ils vont le faire ailleurs, ils vont vivre dans d’autres espaces, dans d’autres communautés, dans d’autres milieux. J’ai envie de dire qu’ils sont partagés entre notre communauté et son mode de vie pacifiste et laborieux, et d’autres espaces où on leur fait croire qu’ils sont plus libres, qu’ils ne sont pas obligés de faire ce que nous faisons, ce que nous disons. Nous avons déjà pris conscience de ce phénomène depuis quelque temps mais chaque fois que nous sommes dans des cités, des quartiers difficiles, il y a quelque chose qui nous échappe.

Il y a peut-être à imaginer plus de coopération, plus de vigilance tout simplement ?

Nous pouvons contribuer effectivement à sécuriser, nous pouvons contribuer à mettre en place cette vigilance si nous sommes sollicités, nous sommes capables de participer à cela puisque c’est un problème très complexe. Il y a beaucoup d’outils qu’il faut mettre en place, et nous sommes prêts à mettre à disposition ce que nous avons fait dans d’autres localités, dans nos foyers par exemple.

Ca veut dire que vraiment la communauté malienne en l’occurrence peut être aussi un support de vigilance à toute dérive fondamentaliste ?

Exactement, tout comme tout le reste, certains dans nos foyers avaient commencé, par exemple, des lieux de trafic de drogue, de trafic d’armes. Toute la communauté qui vienne avec nos jeunes, ceux qui viennent chercher à manger dans les foyers, viennent avec un certain nombre de problématiques. On a décidé de verrouiller les foyers, aujourd’hui ces endroits sont sécurisés par rapport à ces types de trafics. Il en est de même pour la religion : nos chefs religieux ont pris les affaires en main et il y a des comités dans chaque foyer, ce qui ce dit dans les prêches, les foyers, on peut vérifier, sont des choses claires et nettes qui procèdent de la foi, qui est une affaire personnelle et qui prône la coexistence pacifique, nous sommes prêts à contribuer, à participer à l’effort général qui sera fait jusqu’à un certain moment pour bien séparer les bons grains de l’ivraie.

Et finalement cette présence ce dimanche dans ces marches républicaines c’est cette confirmation de cet engagement à vivre en bonne intelligence ensemble ?

On va aller témoigner que nous nous vivons en France, pour certains d’entre nous depuis plus de 50 ans et beaucoup d’entre nous sont des gens qui se lèvent le matin très tôt pour aller travailler, qui nourrissent leur famille ici et contribuent à aider l’Etat malien, …même à faire face aux difficultés qu’il rencontre aujourd’hui dans les régions nord du Mali. Nous sommes cela, on va aller le montrer en très grand nombre, très discrètement dans une foule, pour que tous comprennent que nous ne faisons pas d’amalgame, que nous sommes des musulmans, que nous sommes des Maliens et nous avons confiance en l’homme qui accepte de vivre avec son prochain dans l’intelligence et dans la tolérance.

Par Christine Muratet, RFI.
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