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Coup de théâtre au Nord du Mali : AQMI déclare la guerre au MNLA… Les dessous du rapprochement entre ex-séparatistes et Bamako
Publié le mardi 24 fevrier 2015  |  Sentinelle




De farouches combattants séparatistes qui abandonnent subitement le combat et rejoignent, armes et bagages, « l’envahisseur » qu’ils étaient censés combattre et chasser de leurs terres… Vous êtes certainement nombreux à vous interroger à propos de ce revirement spectaculaire du MNLA. Voici les raisons.

De farouches combattants séparatistes qui abandonnent subitement le combat et rejoignent, armes et bagages, « l’envahisseur » qu’ils étaient censés combattre et chasser de leurs terres… Vous êtes certainement nombreux à vous interroger à propos de ce revirement spectaculaire du MNLA. Voici les raisons.

Selon toute évidence, les combattants et cadres des différents groupes séparatistes ayant désormais regagné le rang des unionistes ont compris que l’ennemi était bien ailleurs, et non à Bamako. C’est bien le projet de création d’un Etat Islamique dans le creuset du prétendu Azawad (toujours d’actualité), initié par L’Emirat du Sahara proche d’Aqmi et du leader d’Ansar-dine, Iyad Aghali, qui constitue la cause profonde de la nouvelle donne. Il y aurait cependant fallu une raison immédiate. Il en fut ainsi.

L’assassinat par AQMI, de l’ex-député Adema, Bay Ag Hamdy du MNLA

Justifiant sa défection des rangs des séparatistes, le chef du Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA), Ali Idriss Hamaha, a récemment déclaré ceci dans la presse: «J’ai quitté les mouvements de l’Azawad parce que je ne me reconnais plus dans leur combat. Je ne suis pas de ceux qui massacrent les populations». Il a en outre déploré ce qu’il qualifie « d’attaques barbares et cruelles» de la part de ses désormais ex-camarades de lutte.

En fait de massacres, il y eut de nombreuses tueries. En plus des populations civiles à Tabankort, les combattants d’AQMI dans les rangs du MNLA auquel ils se confondent délibérément pour des raisons stratégiques, ont récemment ciblé un haut cadre de ce mouvement (MNLA). Il s’agit de l’ex-député Adema de Kidal, Bay Ag Hamdy.

Dans un communiqué adressé à l’agence Alakhbar de Nouakchott (Mauritanie), l’Emirat du Sahara a revendiqué la tuerie intervenue le 26 janvier 2015 localité d’Egedwatan à Tessalit, au motif que la victime était un collaborateur de l’Opération française Barkhane.

De Bay Ag Hamdy, l’on retiendra, en tout cas ceci: c’est en janvier 2012 qu’il a rejoint les rangs du MNLA. Et c’est lui qui, courant 2012, et à la tête d’un groupe dénommé «Forces Unies de l’Azawad» a attaqué le poste de gendarmerie de Tessalit y enlevant 03 Gendarmes. Mais c’était dans le dessein de les échanger contre les siens, accusés de trafic de drogue et détenus par Bamako.

Et il fut lui-même arrêté par une patrouille de l’armée malienne avant d’être libéré suite à une intervention de la MINUSMA qui parvint à convaincre les FAMA de la bonne foi du suspect. En somme, à en croire ces éléments de la mission onusienne, Bay Ag Hamdy était pour la paix, la réconciliation et l’unité de la République. Des sources militaires maliennes ont bien confirmé la thèse à travers la libération des 03 gendarmes enlevés à Tessalit.

Et parlant des pourparlers de paix d’Alger au moment des faits, l’ex-député malien confiera même ceci à l’AFP : «pour faire la paix, le médiateur algérien ne doit pas seulement travailler avec le gouvernement malien et les rebelles de Kidal... L’Algérie doit nous consulter aussi et aider à trouver du travail à tous les jeunes du Nord du Mali». Comme pour dire que la victime avait des réserves par rapport aux séparatistes de Kidal très proches d’AQMI. Il fut donc abattu et son exécution revendiquée par l’Emirat du Sahara lequel a fait allégeance à AQMI, lui aussi très lié au leader d’Ansar-dine d’Iyad Aghali (nous y viendrons plus loin).

Cette revendication par AQMI semble avoir ouvert les yeux aux cadres et combattants du MNLA lesquels se rendent finalement compte que ce n’est nullement au nom des «peuples de l’Azawad» qu’AQMI et alliés (MUJAO, Ansar-dine, entre autres) combattent. Mais pour l’implantation d’un Etat islamique comme l’attestent d’ailleurs, l’exécution systématique de tous ceux qui, à l’image de Bay Ag Hamdy, œuvrant au rapprochement avec Bamako en vue de mettre fin à la souffrance des populations, mais aussi et surtout, de ce document retrouvé à la suite de l’émir d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel, à la faveur de la libération de Tombouctou par la force SERVAL en Janvier 2013. Il s’agit en fait, d’une feuille de route intitulée «Directives générales relatives au projet islamique jihadiste dans l’Azawad» et écrit des mains du patron d’Aqmi en personne : l’Algérien Abdelmalek Droukdel.

AQMI et Ansar-dine : même combat ! Le MNLA : dindon de la farce

Ce sont les journalistes de RFI et de Libération qui ont découvert les documents en question dans les installations évacuées par les occupants jihadistes. Nous nous contenterons de vous rappeler quelques extraits et vous invitons à les analyser à la lumière des événements en cours.



Extrait du Protocole signé entre AQMI et le MNLA au mois d’Avril-mai 2012 à Gao.

Article 2: «Il faut appliquer la législation islamique basée sur le Coran et la Sunna».

Article 4: «Les deux parties [MNLA et AQMI-alliés] s’engagent pour la fusion de leurs forces respectives pour constituer une armée unifiée de l’Etat de l’Azawad »

Article 9: «Tout désaccord avec l’un des principes fondamentaux de la religion abroge le présent accord ».

NDLR : Sans le dire, AQMI cherchait à créer un Etat Islamique pendant que ceux du MNLA, semblaient aveuglés par la seule création d’un Etat de l’Azawad.

Et preuve que Droukel contrôlait bien la situation, il décida de jouer le jeu des séparatistes. Et pour preuve. Lors des mêmes négociations autour du protocole d’Accord, le MNLA propose un document intitulé «Cadre institutionnel provisoire des instances de l’Etat islamique de l’Azawad» qu’il accepta.

Il y est précisé que le Conseil transitoire de l’Etat islamique de l’Azawad (CTEI), comprendra quarante membres: vingt désignés par le MNLA, vingt désignés par Ansar Dine.

Droukdel qui connaissait l’existence de ce document pour avoir des yeux et des oreilles au sein du MNLA, écrit ceci dans son rapport:

«Il conviendrait de confier la présidence au Cheick Abou Al-Fadl car il est un symbole [Al Fadl n’est autre que le nom de guerre d’Iyad ag Ghali d’Ansar-dine]… Nous proposons de mettre une partie des moudjahidines d’al-Qaïda à la disposition de l’émir d’Ansa Dine afin qu’ils participent à l’administration des zones libérées».

«Les ministères que nous devons garder pour nous concernent l’Armée, les Médias, la Justice, la Prédication et les affaires islamiques. Les ministères qui peuvent être laissés au MNLA sont les Affaires étrangères, les Finances, les Travaux publics».

Emir Abdelmalek Droukdel s’interroge dans ses notes:

«Quelle est la meilleure conception pour la formation du gouvernement, qui nous assure d’une part un Etat islamique sans qu’il soit étiqueté comme un gouvernement jihadiste ?… Mettre en place un Haut Conseil islamique indépendant qui veille à protéger la charia et s’assurer qu’aucune violation n’en est faite à tous les niveaux de l’Etat…

[…] «En cas d’intervention militaire internationale, l‘ennemi aura plus de difficulté à recourir à cette intervention tant que le gouvernement comprend la majorité de la population de l’Azawad avec toutes ces composantes, ses mouvements et ses tribus et non un gouvernement d’al-Qaïda ou de tendance salafiste ».

«Si notre courte expérience n’aboutit qu’à des résultats positifs d’ampleur limitée et que notre projet venait à tomber à l’eau pour quelque raison que ce soit, nous nous contenterons du fait d’avoir planté une bonne graine dans un bon terreau que nous avons fertilisé avec un engrais qui aidera l’arbre à pousser et grandir jusqu’à devenir, nous l’espérons, haut et prospère, même si cela doit prendre du temps.».

Droukel, toujours dans ses notes, après le rejet par le MNLA du protocole d’Accord : «Est-ce que nous cherchons à ce que les membres du MNLA deviennent salafistes et jihadistes du jour au lendemain ? Cette idée est loin d’être réaliste et aura l’effet inverse sur eux, conduisant à leur éloignement. Les éléments du MNLA se sont ligués avec nous contre l’ennemi, que vouloir de plus ?».

Au regard de ces extraits du protocole entre AQMI et MNLA et de la feuille de route de Droukel, l’on se rend allègrement compte que le MNLA a toujours été floué par AQMI, le véritable maître du jeu. Et ce, avec la bénédiction d’Iyad Aghaly. Soit dit en passant, c’est bien AQMI qui a crée et financé Ansar-dine. Raison pour laquelle, son leader Iyad Aghaly s’est toujours opposé à la signature d’un accord avec l’Etat du Mali.

Aujourd’hui, ceux du MNLA semblent avoir bien compris et s’aperçoivent d’ailleurs qu’AQMI n’a jamais abandonné et n’abandonnera jamais son projet de créer un Etat Islamique dans «leur Azawad». Ils se rendent aussi compte que Bamako constitue leur meilleur allié en vue d’empêcher cette douloureuse perspective. En clair, la réflexion de Droukel s’avérait très pertinente quand il écrit ceci dans ses notes : Les éléments du MNLA se sont ligués avec nous contre l’ennemi [Le Mali], que vouloir de plus ?». En somme, la stratégie consistait d’abord à créer le vide à travers l’absence de l’Etat du Mali, à faire admettre la volonté d’auto-détermination du peuple de l’AZAWAD par le MNLA et à écraser ensuite ce dernier et prendre définitivement le pouvoir et créer le fameux Etat islamique.

Mais Aujourd’hui, avec le réveil des différents acteurs surtout du MNLA, il faudra donc s’attendre à une recomposition des forces en présence et surtout à une guerre ouverte, mais cette fois-ci, entre d’ex-séparatistes intégrés dans les Forces Armées Maliennes (FAMA), contre AQMI lequel aussi est susceptible de bénéficier du soutien de Boko Haram déjà à nos portes. Mais cette fois-ci, ceux du MNLA livreront une guerre juste.

B.S. Diarra



Encadré

Les grandes dates de l’occupation jihadiste du nord du Mali





Janvier 2012 : Le MNLA attaque l’armée malienne à Ménaka. La rébellion accuse l’armée de provoquer les populations. Objectif annoncé par le mouvement touareg : «obtenir la paix et la justice pour le communauté de l’Azawad».

15-31 janvier : Les rebelles progressent et attaquent Aguelhok, Léré et Niafounké. L’armée régulière perd du terrain.

3-4 février 2012 : Des rapports font état d’une offensive des rebelles sur la ville de Kidal.

10-11 mars 2012 : Le MNLA prend le contrôle de Tessalit, dernière grande ville du nord à proximité de la frontière algérienne. L’armée communique toujours de la même manière et parle de « repli stratégique ».

13 mars 2012 : Dans une vidéo, l’ancien chef touareg Iyad Ag Ghali déclare que son mouvement, Ansar Dine, « défenseurs de la religion » en arabe, est en première ligne dans ce conflit du nord. Il affirme se battre pour imposer la charia dans l’Azawad.

30 mars 2012 : Kidal tombe aux mains de la rébellion.

31 mars 2012 : La grande ville de Gao, située au bord du fleuve, est contrôlée par le MNLA.

1 avril 2012 : Des rapports de Tombouctou signalent la prise de contrôle d’Ansar Dine sur le MNLA et la traque des combattants du MNLA.

6 avril 2012 : Le MNLA déclare l’indépendance de l’Azawad dans le nord du Mali et appelle à un cessez-le-feu unilatéral.

26 mai 2012 : Gao. Echec des discussions et des tentatives de rapprochement entre le MNLA ert Ansar Dine.

28 juin 2012: Acculés par Aqmi, les combattants du MNLA quittent Tombouctou. Gao passe aux mains des islamistes du Mujao.

30 juin au 2 juillet 2012 : A Tombouctou, alors qu’ils affirment appliquer la charia, les islamistes d’Ansar Dine et d’Aqmi pratiquent des mutilations et détruisent de nombreux mausolées et monuments classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

Octobre 2012: Amputations de 5 jeunes hommes soupçonnés d’avoir attaqué un bus à Gao.

14 novembre 2012 : Ansar Dine renonce à vouloir imposer la loi islamique dans tout le pays, sauf dans son fief de Kidal. Le groupe armé se dit prêt à aider à « débarrasser » le Nord du « terrorisme » et des « mouvements étrangers ».

16 novembre 2012 : Des représentants d’Ansar Dine et du MNLA rencontrent le médiateur Blaise Compaoré à Ouagadougou. Ils se disent prêts à « un dialogue politique » avec Bamako.

10 janvier 2013 : Les insurgés islamistes d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine progressent vers le sud du Mali et chassent l’armée de la localité stratégique de Konna.

11 janvier 2013 : Répondant à l’appel à l’aide lancé par le président malien, la France intervient militairement dans le cadre d’une opération baptisée «Serval».

Source RFI

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