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L'Essor N° 17292 du 16/10/2012

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Lutte contre la vente anarchiques des carburants : un travail de sisyphe
Publié le mercredi 17 octobre 2012  |  L'Essor




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Malgré des dispositions réglementaires l’interdisant, la vente illégale de produits pétroliers semble avoir encore de beaux jours devant elle. La vente informelle de carburants est un phénomène parmi tant d’autres fléaux qui contribuent à l’image de ville anarchique que renvoie notre capitale. Ce petit commerce illégal attire beaucoup de jeunes et arrange pas mal de consommateurs. Si l’activité peut être lucrative, elle représente aussi un grand risque pour la sécurité. Deux incidents survenus en 2011 sont venus rappeler la dangerosité de la vente des carburants en bouteille. Deux revendeurs avaient été alors calcinés dans leur point de vente de fortune, en l’occurrence des hangars. Les deux incidents s’étaient produits à Sébénikoro en Commune IV et à Niamakoro en Commune V.

Les pouvoirs publics ont bien tenté de mettre fin au phénomène. Avec peu de succès. Ils ont interdit la vente d’essence en bouteille et les revendeurs ont été chassés à plusieurs reprises des trottoirs. Mais comme d’autres opérations visant à assainir la capitale, la chasse aux revendeurs illégaux de carburant ressemble à un travail de Sisyphe. Alors que l’on pensait que cette activité illicite était sur le point d’être éradiquée, force est de constater qu’elle revient en force. On dénombre des points de vente de carburants en bouteille sur des artères principales comme la voie menant à l’aéroport internationale de Bamako-Sénou, la route allant à Koulikoro, les avenues Kassé Keita, Cheick Zayed et de l’OUA. On les retrouve aussi au marché Dibida et aux abords des voies entre la Cité administrative et le pont Fahd.

Les motocyclistes constituent l’essentiel de leurs clients. Mais il y a aussi des automobilistes, le plus souvent tombés en panne sèche. La vente anarchique de carburant a contribué à alimenter des épisodes violents de notre histoire récente comme juste après la révolution du 26 mars 1991quand le fameux « article 320 » (300 Fcfa pour le litre d’essence et 20 Fcfa pour la boîte d’allumette) était appliqué à des voleurs et à de personnes victimes de simples soupçons. Les accusés étaient brulés vifs.
Plus récemment, en 2006, la disponibilité des carburants en bouteille n’avait pas été sans effet, dans les violences qui suivirent le triste match de football opposant l’Equipe nationale à celle du Togo au stade du 26 mars. Ces incidents incitèrent les autorités du District de Bamako à tenter d’appliquer de nouveau la décision d’interdiction de ce commerce illégal.

AUCUNE PRECAUTION DE SECURITE.

Des personnes ont mis à profit les évènements de mars 2012 pour se lancer dans cette activité. Or, ces revendeurs ne prennent aucune précaution de sécurité dans le stockage et la conservation de leurs produits. Ils les gardent très souvent dans des bouteilles, des bidons et des jerricanes de fortune. Leur étal ou lieu de stockage, très sommaire, ne respecte aucune règle de sécurité inhérente à ce genre d’activité.
Par ailleurs, de nombreux utilisateurs se plaignent également de la mauvaise qualité des produits et doutent de la sincérité des quantités annoncées. Les revendeurs de carburant sont aussi accusés de mélanger l’essence avec du pétrole, du gas-oil ou de l’huile de vidange.

Un motocycliste que nous avons rencontré au moment où il se servait chez un revendeur près de l’ENSUP, témoigne : « Je n’achète ces carburants qu’en cas d’urgence, c’est-à-dire quand je tombe en panne sèche comme c’est le cas aujourd’hui. Je suis très loin d’une station d’essence. Je suis donc obligé de me dépanner ici », se justifie le jeune homme.
A.K. a longtemps exercé ce métier. Il a accepté de parler mais sous le couvert de l’anonymat. Il a fait ses débuts dans des stations services de la place en tant que pompiste. L’expérience acquise dans ces stations lui a permis de s’installer à son propre compte en 2001. Il s’approvisionne dans les grandes stations. Il soutient bénéficier de tarifs préférentiels auprès de stations services qui l’approvisionnent grâce à ses réseaux. Ce qui lui donne une grande marge bénéficiaire.

Lorsqu’il s’est installé dans une rue du centre commercial, il a été convoqué à la mairie dont relève son lieu commerce. « Je me suis rendu à la mairie. On m’a délivré une fiche puis on m’a demandé de payer une taxe de 15 000 Fcfa par an » explique-t-il, avant de reconnaître qu’en trois ans, il n’a payé effectivement cette somme qu’une seule fois. « C’est grâce à mon expérience et aux relations que j’ai pu tisser », se vante-t-il.

A. K., comme bien d’autres revendeurs d’essence, peut travailler de 7h 30 à 21h. Certains emploient plusieurs personnes (généralement des parents).
Un autre revendeur bien connu à Kalaban-Coura explique qu’il évolue dans le créneau depuis 2005. Comme A. K, une semaine après qu’il se soit installé, il a reçu une convocation de la mairie. Celle-ci lui aurait remis une autorisation en lui indiquant qu’il doit s’acquitter d’une taxe de 5000 Fcfa par an.
« Les agents de la mairie ne nous délivrent aucun reçu, mais ils tiennent au respect du délai de paiement de la taxe. Quand le délai expire, ils viennent nous demander de fermer. Mais il suffit qu’on donne un peu d’argent pour qu’il nous laissent travailler », assure notre interlocuteur.

Ce revendeur de Kalaban-Coura confie qu’il peut écouler jusqu’à 40 litres de carburant par jour. Interrogé sur les risques que représente la vente anarchique de carburants, sa réponse est péremptoire : « C’est Dieu qui fait tout !».
A. D. est un autre revendeur de carburant. Il assure que ses réseaux lui permettent de s’approvisionner en produits à bas prix pour les revendre plus cher. Il conserve son stock dans des bidons en plastique de 20 litres. Lui aussi se plaint des descentes des agents de la mairie. Pas de la commune où il est installé, mais de la mairie du District. « Les agent de la mairie centrale débarquent de façon inopinée. Ils emportent nos produits. Une fois, ils ont saisi tout mon stock. Je m’en suis remis à Dieu, puis je suis reparti de zéro ».
A. D. balaie d’un revers de main le caractère illégal de son activité et le danger qu’elle représente. « Même les grandes stations sont exposées à des incendies. C’est Dieu seul qui sauve l’homme. Dans tous les cas, ça vaut mieux que de voler», tente de se justifier l’homme.

DEPUIS 1989. Aly Dolo est contrôleur général de police et directeur de la Brigade urbaine de protection de l’environnement du District de Bamako (BUPE). Il rappelle que la vente du carburant en bouteille est formellement interdite par un arrêté interministériel qui date du 19 mai 1989. « Ces vendeurs ne sont pas du tout autorisés à s’installer. Aucun maire ne peut s’arroger le droit de les autoriser à le faire à plus forte raison percevoir des taxes sur eux », assure-t-il. Et de préciser que seules les mini-stations et les grandes stations qui sont gérées par des sociétés ou des multinationales sont autorisées à vendre du carburant. Et celles-ci doivent observer les règles d’implantation. « Toute personne qui se propose d’installer un point de vente de carburant poste fixe, doit faire une demande d’autorisation à la mairie. L’autorisation n’est accordée qu’après avis des services techniques compétents et dans les conditions fixées par les textes réglementaires en vigueur », insiste le directeur du BUPE.

Les agents de la Brigade effectuent des contrôles sectoriels trois fois par semaine, indique-t-il. « Mais c’est un phénomène difficile à éradiquer. Ces vendeurs opèrent de commun accord avec certains chefs de famille. Ils s’implantent devant leurs portes ou gardent leurs stocks dans des magasins qu’ils louent au mois », observe Aly Dolo, précisant que ces vendeurs échappent très souvent à ses agents. « Dès qu’ils aperçoivent l’équipe de contrôle, ils déplacent très rapidement leurs produits dans ces magasins ou dans les familles. Les agents n’osent pas les poursuivre dans ces endroits de peur pour leur propre sécurité», détaille le policier.

« Quand nous saisissons un produit, son propriétaire ne peut plus le récupérer. Les produits sont aussitôt déversés dans des fûts. Cette démarche peut être dissuasive en provoquant d’énormes pertes pour les revendeurs qui sont ainsi obligés à chaque fois de reconstituer leurs stocks. Ce qui n’est pas toujours facile dans l’immédiat. Nous ne leur imposons pas d’amende contre la restitution de leurs produits car ce serait les encourager dans une activité illégale », souligne le patron du BUPE.

Le 3ème adjoint au maire de la Commune V du District de Bamako, Amadou Ouattara, chargé du cadre de vie, de la voirie et de l’urbanisme, confirme lui aussi que nul n’est autorisé à vendre du carburant en bouteille. Seuls les stations et les points de vente sont autorisés à le faire. « Il faut entendre par points de vente les postes fixes et les postes mobiles. Les postes fixes sont des installations de distribution de carburant constituées, soit par une cuve souterraine équipée d’une pompe distributrice à main soit par un appareil distributeur monté sur socle et équipé d’un réservoir interne. Les postes mobiles quant à eux comprennent les distributeurs de carburant pour moteur à deux temps. Ces appareils appelés « mélangeurs » sont montés sur chariot et équipés d’un réservoir de capacité au plus égale à 50 litres. Toute installation autre que celles-ci, en particulier les dépôts en vrac constitués uniquement, soit par l’emmagasinage de fûts d’essence, soit par l’exposition à l’air libre des récipients tels les bidons, bouteilles renfermant des hydrocarbures est interdite», explique l’édile. Les autorités de sa commune n’ont, assure-t-il, jamais donné l’autorisation à quelqu’un de vendre du carburant en bouteille dans la rue. « Ce serait totalement irresponsable de notre part », ajoute-t-il.

Boubacar Sy, le secrétaire général de la mairie de la Commune III, révèle que l’autorisation d’exploiter un point de vente de carburant poste fixe n’est accordée qu’après avis des services techniques compétents de la Direction nationale de la géologie et de mines». L’avis de la Protection civile est aussi important, surtout pour des raisons de sécurité. Et tout point de vente de carburants doit être équipé obligatoirement d’extincteurs et d’autres moyens de secours. Entre les dispositions réglementaires et la réalité, le décalage reste énorme comme vous le confirmera n’importe quel Bamakois.

Aminata Dindi SISSOKO

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