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Projet d’accord d’Alger, Attentat contre la terrasse et Retour du Président ATT : Ces grands dossiers qui préoccupent et divisent les Maliens
Publié le lundi 23 mars 2015  |  Le Flambeau




La situation sociopolitique au Mali de ces deux dernières semaines reste essentiellement dominée par 3 grands sujets. Il s'agit notamment de : 1) l'accord de paix proposé par la médiation internationale dans le cadre de la résolution de la crise que connait le pays depuis 2012 ; 2) l'attentat terroriste contre le restaurant ''la terrasse''_ qui a fait 5 morts, dont 3 maliens et deux ressortissants français et belge, et 8 blessés_ et son corolaire de psychose général à Bamako ; 3) le retour de l'ex président ATT, en exil au Sénégal, et la prétendue divulgation d'un rapport dit secret au sein de l'assemblée nationale.

Des sujets qui suscitent d’énormes débats et autant de polémiques. Des débats entre partisans et adversaires, mais aussi et surtout au sein de la doctrine collective. Polémiques tant sur l’approche méthodologique de chaque sujet que la responsabilité des différents acteurs y afférents.

Dans cet imbroglio analytique essentiellement dominé par la passion et la subjectivité, nous tenterons de jeter un regard plus ou moins objectif sur chacune des trois questions évoquées ci-dessus. Des enjeux aux perspectives, en passant par la responsabilité des acteurs concernés et leurs motivations…nous vous livrons dans ce dossier un autre regard sur la situation sociopolitique du Mali.

Sur l'accord de paix proposé par la médiation internationale dans le cadre de la résolution de la crise que connait le pays depuis 2012…

Au-delà des pressions nationales et internationales qui se sont multipliées ces derniers jours à l’endroit de la coordination des mouvements de l’Azawad, en vue du paraphe du projet d’accord, il convient d’ouvrir le débat sur des préoccupations substantielles qui sont malheureusement restées en dehors du champ des discussions. Il s’agit notamment, dans un premier temps, de la profonde crise qui secoue les mouvements de la coordination et des répercussions que celle-ci pourrait avoir à court, moyen et long termes sur le processus de paix et de réconciliation en cours.

Il ressort de nos investigations et de notre analyse que la majeure partie des membres de la CMA était favorable au paraphe du projet d’accord. Le remettre en cause dans un premier temps et prolonger sa signature, pour ces membres, était une stratégie pour contraindre la communauté internationale à prendre des engagements concrets dans sa mise en œuvre.
Il est difficile de le concéder, mais le projet d’accord sans accorder une valeur formelle aux revendications des mouvements armés, offre à ces derniers l’opportunité politique d’atteindre tous leurs objectifs.

En tout cas pour la région de Kidal. Et tout porte à croire, que la branche politique de la CMA s’est rendue compte de cet acquis. Le défi en ce moment était de le faire partager par les autres. Qui sont ces autres ? Où du moins qu’elle est cette base à laquelle fait allusion la CMA ? La population de Kidal tente de faire gober à l’opinion nationale et internationale les membres de la CMA. La réalité est que la base de la CMA, celle qu’elle a prétendu consulter sur le paraphe du document, n’est autre que sa branche armée.

En d’autres termes, ces badauds restés sur le terrain et qui détiennent le vrai pouvoir du fait de leurs nombres et de leurs armes. Ces derniers qui ne mesurent la portée du document qu’au regard des garanties qu’il offre en termes d’amnistie, d’intégration et de promotion dans les rangs de l’armée nationale et de la suprématie qu’il leur octroie dans la gestion de l’espace. Un espace qui représente beaucoup plus à leurs yeux un couloir pour le trafic de tout genre qu’une entité faisant partie d’un ensemble, laissée à l’administration d’un Etat et assujettie à toute forme de contrôle.

Le défi pour la CMA ne consiste plus à faire intégrer ses observations dans le projet d’accord déjà paraphé par le gouvernement et la plateforme, mais plutôt de mettre l’ensemble de ses membres sur la même longueur d’onde. La préoccupation pour les leaders de la CMA, dans ce même ordre d’idées, n’est plus relative au paraphe du projet d’accord. Mais les conséquences qui pourront en découler si le document était paraphé sans l’aval de tous les membres, plus précisément ceux qui détiennent les armes.

Au regard de tout ce qui précède, deux perspectives se dégagent : le paraphe du projet d’accord avec pour conséquence immédiate une déchirure interne au sein de la CMA et dans le long terme l’émergence de nouveaux mouvements armés pour les mêmes revendications ; ou des engagements informels de la communauté internationale et du gouvernement en ce qui concernent les observations proposées dans sa récente déclaration.

Notamment celles portant sur l’intégration et la promotion au sein des forces armées de défense et de sécurité maliennes pour des combattants de la CMA, avec une priorité d’actions au Nord à la faveur de ces derniers. Autrement dit, la CMA paraphera le document tout en prenant soin de minimiser les risques en son sein. Car quoi qu’il arrive, elle sortira plus divisée de cette épreuve que gagnante.

Une autre préoccupation, on ne peut plus inquiétante, sur le projet d’accord est relative aux prises de positions. De celles-ci, un constat se dégage : l’adhésion ou l’opposition au projet d’accord ne se fait pas sur la base de son contenu, mais en fonction des affinités vis-à-vis du gouvernement ou du régime en place.

L’opposition et toutes les organisations de la société civile ayant un contentieux avec le gouvernement ont tout simplement manifesté leur désapprobation. Toutes les déclarations sur le document, au regard de l’intérêt partisan qui les caractérisait, ont manqué d’objectivité et de réalisme. Il en est ainsi de la majorité présidentielle qui salue le document sans émettre de réserves, lui donnant ainsi une portée biblique.

Et de l’opposition qui, dans une méthodologie de contestation basée exclusivement sur le terme azawad et des interprétations superflues, tente de diaboliser le document allant jusqu’à le traiter de ‘’mauvais’’ pour reprendre Modibo Sidibé. La real politik justifie la critique de ce document par l’opposition.

Toutefois, la logique républicaine exigeait que cela se fasse dans le bon sens et l’honnêteté intellectuelle, en reconnaissant au moins les acquis du projet. Face à des partisans du gouvernement qui donnent au projet d’accord une valeur biblique et des détracteurs qui semblent de le diaboliser…il revient à chaque lecteur de se faire sa propre opinion et au temps d’en juger.
Sur l'attentat terroriste contre le restaurant ''la terrasse'' qui a fait 5 morts, dont 3 maliens et deux ressortissants français et belge, et 8 blessés…

L’attentat contre la terrasse, bien que tragique, a eu des retombées positives à savoir la prise de conscience des Maliens sur la question sécuritaire et la nécessité d’un accord de paix et de réconciliation dans le court terme. Pour bon nombre de nos concitoyens à Bamako, la menace terroriste était une affaire du nord. Et cet attentat a fini de les convaincre de la pertinence du fléau.

Une autre leçon qu’il faille tirer de cette attaque terroriste, c’est l’efficacité et le dynamisme de nos services de renseignements. La direction générale de la sécurité d’Etat, à la lumière de ses interventions marquées par l’assassinat de l’un des membres du commando ayant attaqué la terrasse et l’arrestation de trois de ses complices, a beaucoup rassuré les populations sur ses capacités de protection et de réactions face à des situations délicates.

Aussi, il convient de signaler la bonne approche de communication du gouvernement dans la gestion de cette crise. Une approche qui s’est voulue à la fois proactive, diligente et professionnelle. Proactive et diligente, quant à l’anticipation du ministre de la communication, porte parole du gouvernement à chaque évolution de l’enquête. Et professionnelle, au regard de la méthodologie qu’usait ce dernier pour donner l’information. Une approche qui mélangeait donc rapidité et mesure dans la transmission de l’information.

Evoquer cette question sans mentionner la menace qu’elle représente encore aujourd’hui, reviendrait à vouloir faire des omelettes sans casser des œufs. Les récentes initiatives dont les campagnes de sensibilisation à l’endroit des populations en vue de leur collaboration avec les forces de sécurité, la mise à disposition du public de numéros verts pour dénoncer tout fait de nature douteuse, le renforcement du dispositif de sécurité à tous les niveaux et l’interdiction formelle de circulation pour tous les véhicules non immatriculés…illustrent à bien des égards la portée de la menace terroriste. Une menace sécuritaire confortée par la découverte d’une cache d’armes à une centaine de kilomètres de Bamako et la dissémination dans la nature des détenteurs desdites armes. Et qui nécessite, de la sécurité d’Etat, une efficacité axée beaucoup plus dans la prévention que la gestion des crises.

Concernant le retour de l'ex président ATT, en exil au Sénégal, et la prétendue divulgation d'un rapport dit secret au sein de l'assemblée nationale…

Les partisans du retour au bercail du Président ATT se forgent sur les conclusions d’une commission qui avait la responsabilité de statuer sur les éléments d’accusation susceptibles d’être retenus contre ce dernier. Derrière leurs discours, se fondant sur un besoin de paix et de réconciliation nationale, apparaissent une volonté manifeste de déstabilisation politique des uns et une quête inébranlable de visibilité politique pour les autres.

\En d’autres termes, cette initiative de faire revenir le Président ATT est une manipulation politique dont les conséquences risquent d’aller au delà des attentes de ses auteurs. Loin de tout jugement partisan, la véritable question qui mérite d’être posée aujourd’hui concernant le Président ATT est la suivante : que représente t-il aujourd’hui face aux enjeux socio-économiques et sécuritaires du Mali ? La réponse est sans équivoque : rien. A part bien entendu, l’héritage institutionnel qu’il incarne pour la nation.

Un fait qui pose l’inopportunité de son retour dans le contexte actuel, encore moins dans une dynamique d’instrumentalisation politique qui risque de créer beaucoup plus de problèmes que de solutions. Des problèmes à l’homme lui-même, ensuite à certains de ses proches et enfin au pays tout entier. Jusqu’à preuve de contraire, ou de manifestation de l’intéressé lui-même, le Sénégal reste un bien meilleur lieu de repos pour ATT que le Mali.

La retraite spirituelle, le recul politique et les conditions favorables de vie que lui accorde l’exil dakarois forgeront beaucoup plus sa personnalité qu’une présence en terre malienne. Le Président ATT ne représente aujourd’hui aucun enjeu face aux défis réels du Mali et des Maliens. Et tenter de le mettre au cœur des préoccupations actuelles du pays, c’est faire preuve d’une irresponsabilité chronique et d’une grande erreur de jugement.

Une carence de discernement tant de la part de ses partisans, que des autorités qui ont commandité un rapport sur les possibilités de sa mise en accusation. Et qui permet de jeter un regard rétrospectif sur les scandales récurrents de l’assemblée nationale. Des scandales qui ont pour dénominateurs communs l’amateurisme, le manque de respect et la déloyauté. Amateurisme dans la gestion de l’information et des dossiers. Manque de respects entre les députés eux-mêmes, mais aussi à l’endroit de l’institution elle même.

Et déloyauté vis-à-vis du Président de l’institution d’une part, et d’autre part des textes et valeurs qui incarnent l’hémicycle. Autant de situations qui font de l’assemblée un nid de scoop pour les médias et une menace pour le pouvoir exécutif. Et qui auront un impact très négatif sur sa crédibilité et la capacité de son premier responsable à mettre de l’ordre dans sa demeure. L’instabilité en son sein étant si remarquable, qu’il revient au gouvernement et au chef de l’Etat de faire la part entre les informations et dossiers qu’ils souhaiteraient partagés avec l’assemblée nationale.


La Rédaction
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