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Crise malienne : Comment relever les défis d’une transition réussie ?
Publié le samedi 17 novembre 2012  |  L'enquêteur


Conseil
© aBamako.com par as
Conseil des ministres du 23/08/2012
23/08/2012. Bamako. Koulouba. Premier Conseil des ministres du nouveau gouvernement d`Union Nationale présidé par le President Dioncounda Traore


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La transition ou le passage d’une étape à une autre dans la vie d’une nation après une situation d’exception nécessite la révision totale et la mise en marche de l’appareil de l’Etat crispé depuis des années et surtout le formatage des hommes politiques considérés comme le ventre mou de la démocratie malienne. En outre, pour prétendre à une évolution positive, notre pays a besoin d’une thérapie de choc pour le doter d’une jeunesse active et de qualité. M. Dioncounda et son équipe sauront-ils relever ces multiples défis ?

Les autorités de la transition malienne (le président de la République Pr. Dioncounda Traoré et son Premier ministre Dr. Cheick Modibo Diarra) ont du pain sur la planche. Apres des mois passés aux affaires, ils n’arrivent toujours pas à imprimer le bon tempo à la transition alors que les populations continuent de subir, en plus de la crise, les politiques incohérentes du gouvernement. Aujourd’hui les maliens sont restés sur leur faim et ne savent plus à quel saint se vouer, car aucun signal fort susceptible de donner espoir aux citoyens n’est encore perceptible. Alors que les défis auxquels ils sont confrontés ne font que grossir au fur et à mesure que la crise perdure. Ces défis ont pour nom : la récupération et la sécurisation du nord, l’organisation d’élections libres et transparentes, le redressement de la justice, l’égalité de chance entre les citoyens, la reforme du système éducatif pour la formation d’une nouvelle élite capable d’assurer la relève, la mise en place d’une société civile forte et surtout la réorganisation de la classe politique et de la presse locale. Une fois ces conditions réglées, alors le Mali se sera remis de cette terrible crise et les maliens pourront se dire, pour se consoler, que « pour quelque chose malheur est bon». Autrement ce sera un éternel recommencement et la TRANSITION aura failli à sa mission.

Les nouvelles autorités du Mali attendent trop de l’extérieur et place le pays sous tutelle. Apres vingt ans d’essai démocratique, les révolutionnaires milliardaires de mars 1991 ont mis le Mali à terre et ont sacrifié l’avenir de toute une génération à travers leur gestion catastrophique et clanique. Les événements de mars 2012 qui a chassé du pouvoir ATT, le héros de Mars 1991, avait donné une lueur d’espoir surtout avec la nomination du Premier ministre Cheick Modibo Diarra. Mais aujourd’hui la vérité est que les maliens sont entre la désillusion et le désespoir. Parce que tout simplement il n’existe pas, jusqu’à preuve du contraire, un Etat fort capable de changer le cours des choses et de restaurer l’autorité publique. Alors que sans un Etat fort et crédible, l’émergence du Mali sera toujours un vœu pieux. Car c’est la faiblesse de l’Etat et le silence coupable de ceux qui incarnaient les institutions républicaines sous le magistère d’ATT qui ont conduit à l’effondrement du Mali.

Révolutionnaires insatiables

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’inquiétude des maliens est bien fondée.

La question que l’on se pose en cette période cruciale où le monde entier a les yeux rivés sur le Mali, est de savoir si les autorités de la transition sont à la hauteur ?

Car au-delà de la feuille de route qui fixe les deux objectifs généraux de la Transition, à savoir restaurer l’intégrité territoriale d’une part et organiser les élections le cas échéant, d’autre part, il ya les fondamentaux de la gouvernance d’Etat que sont l’organisation et le fonctionnement améliorés des services de l’Etat. Cela suppose qu’il dispose de ministres et de fonctionnaires compétents. Alors qu’un ministre qui ne prend pas d’initiatives par peur ou par manque d’imagination, est un ministre incompétent.

Le premier défi est la réorganisation, l’équipement et l’unification de l’armée nationale; le recrutement tout azimuts et la formation des soldats; la reconquête sans délai des zones occupées par des bandits armés, la réouverture ou la construction de camps militaires dans toutes les localités des régions nord du Mali, le retour de l’administration et des populations refugiées et déplacées, ainsi que la sécurisation effective de l’ensemble du territoire pour qu’une telle situation ne se reproduise plus.

Donner de l’espoir aux populations victimes (réfugiés, déplacés, amputés et autres) de cette guerre qui n’ont rien fait pour mériter cette situation, la faillite de l’Etat n’étant pas de leur fait. Ces populations doivent être mises à l’aise et doivent bénéficier de traitements exceptionnels à travers une politique de discrimination positive que tous les maliens applaudiront. Il est de la responsabilité de l’Etat d’entretenir la fibre patriotique des victimes en leur donnant les raisons d’avoir toujours confiance et d’aimer encore plus leur patrie. La ville de Mopti qui est à la ligne de front et qui reste heureusement accessible par beaucoup de refugiés et déplacés doit être érigée en capitale symbolique du Mali occupé avec toutes les commodités d’accueil disponibles, l’assistance médicale accessible et la nourriture en abondance. C’est pendant ces moments de difficultés que la solidarité doit s’accentuer et revêtir un caractère institutionnel. Surtout que cela permettrait, en outre, de mettre à l’abri le maximum de ressortissants des zones occupées du nord avant le déclenchement des hostilités; ce qui faciliterait beaucoup le travail des militaires.

Autre chose non moins importante que les maliens attendent avec impatience, c’est la lutte contre la corruption et la délinquance financière; deux fléaux qui gangrènent la société malienne. Aujourd’hui, la jeunesse est devenue partisane du moindre effort, parce qu’elle ne croit plus à un avenir fait de labeurs, du simple fait que les hommes politiques passent leur temps à lui projeter des images de contre-valeur qui font l’apologie de la magouille et qui donnent la fausse preuve qu’au Mali, tout se paye et tout se vend, y compris la dignité et l’honneur. Cette jeunesse malchanceuse a besoin qu’on lui redonne espoir et qu’on la réarme moralement à travers des symboles qui incarnent des valeurs positives.

Un autre objectif de la Transition doit être la création des conditions pour l’émergence d’une société civile forte animée par des citoyens dévoués, honnêtes et désintéressés, ainsi qu’une presse indépendante et professionnelle au service exclusif de la transparence, de la bonne gouvernance, de la liberté et des droits humains pour la construction d’une société réellement démocratique. Cela d’autant plus qu’aujourd’hui, le malien n’a confiance ni aux hommes politiques, ni aux journalistes, ni à la société civile, parce qu’il a perdu confiance en lui-même.

La solution à tous ces maux réside dans l’éducation et la formation à la citoyenneté. En effet, depuis près de vingt ans, des salles classes et des amphithéâtres poussent partout dans le pays comme des champignons, mais force est de reconnaître que cela n’a produit ni éducation de qualité ni formation adaptée aux besoins du marché de l’emploi. Des élèves grévistes professionnels des années 1990 sont devenus les enseignants aujourd’hui, avec comme sport favori, encore la grève. Pire l’école est devenue un fonds de commerce et des écoles privées poussent comme des champignons et la plupart sont sans enseignants, l’essentiel étant de bénéficier de la subvention et des contrats de l’Etat. A cela s’ajoute l’absence de suivi de la part de l’Etat. Une situation qui a mis sur le marché de l’emploi des jeunes cadres mal formés dont la plupart sont des quasi-intellectuels, pour ne pas dire des semi-analphabètes. Une situation provoquée et entretenue par les soit disant démocrates ou révolutionnaires insatiables de mars 1991.

Sachant bien qu’ils n’ont pas préparé la relève pour un nouveau Mali, ce qui est fait à dessein, ils se démènent en activistes pour rester aux affaires, parce qu’ils ne croient pas à l’alternance générationnelle. Parce que tout simplement la nouvelle génération a été très mal formée par les dirigeants qui ne ratent aucune occasion pour lui rappeler ses carences en s’en glorifiant, en ces termes « les jeunes n’ont pas de niveau », comme s’ils n’étaient pas responsables de cet état de fait. La transition devrait s’évertuer à poser les bases de l’inversion de cette triste tendance pour favoriser l’émergence d’une nouvelle élite de jeunes cadres compétents. Voici en gros les défis que nos autorités doivent essayer de relever en attendant l’arrivé de la communauté internationale qui ne viendra que pour nous appuyer. Comme disait Hubert Merry : « ne laissons pas nos moyens de vivre compromettre nos raisons de vivre ». Le Mali doit bouger, les autres nous trouveront sur le chemin.

Aliou Badara Diarra

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