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Signature de l’Accord d’Alger, discours du président Robert Mugabé (texte intégral)
Publié le mercredi 20 mai 2015  |  Ouestaf




Par Robert Mugabé (*)
Monsieur le Président du processus de Paix au Mali, Son Excellence Monsieur Abdel Aziz BOUTEFLIKA, à travers son représentant ici présent;
Excellence Monsieur le Président de la République du Mali, Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar KEITA ;
Monsieur le Président en exercice de la CEDEAO, Son Excellence Monsieur John Dramani MAHAMA, Président de la République du Ghana ;
Monsieur le Vice Président de la Commission de l'Union Africaine ;
Monsieur le Commissaire du Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine ;
Monsieur l'Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest ;
Messieurs les Ministres ;
Distingués délégués ;
Mesdames et Messieurs ;
Chers amis,

Je regrette aujourd'hui de ne pas être un expert en linguistique, je regrette également qu'il ne m'ait pas été possible d'apprendre le français. Mais je suis heureux d'être présent ici aujourd'hui dans ce magnifique pays.
Je vais vous demander de m'autoriser à mettre mon discours de côté, et si je peux avoir un interprète pour traduire les sentiments profonds que je voudrais vous livrer.

Il m'est arrivé de venir dans cette région d'Afrique de l'Ouest en 1958 au Ghana en tant que jeune instituteur à Takoradji.
À l’indépendance du Ghana en 1957, je voulais connaître ce nouvel État africain. J’y suis arrivé Ghana alors que Kwame Nkrumah en était le président. À l’époque déjà le président Kwame Nkrumah parlait de l'unité africaine.

Je dois avouer qu'à l'époque je n'avais pas compris son idée d'Unité africaine. Il disait que nous allons commencer l'unité africaine avec les pays qui étaient proches, les pays qui étaient voisins notamment le Mali et la Guinée Conakry. Il me disait à l'époque avec fascination que ce sont ces pays là qui ont résisté à Charles de Gaulle. Sékou TOURE en Guinée, et Modibo KEITA au Mali.

Comme je l'ai dit, j'étais jeune enseignant à l'époque à Takoradji. Le président Krumah nous demandait d'enseigner aux enfants que les trois pays (Ghana, Guinée, Mali) étaient ensemble réunis, alors nous avions ce devoir de l'enseigner à nos enfants.
« Ghana-Guinée-Mali», «Guinée-Ghana-Mali» était devenu un refrain qu'on ne cessait de chanter dans nos écoles. «Kwame Nkrumah-Modibo KEITA-Sékou TOURE» ;« Modibo KEITA, Sékou TOURE et Kwame Nkrumah» ; et ainsi de suite.

Par la suite, il y a eu également des visites mutuelles que ces présidents ont entreprises, chacun dans le pays des autres. Il y avait ces rencontres périodiques entre les trois hommes. Le Président Modibo KEITA était vu comme un leader de la résistance et c’est ainsi que j'ai connu l'histoire du Mali, de votre pays.

J'ai eu l'occasion de découvrir les grandes civilisations de votre pays notamment à travers Tombouctou, cette vieille Cité qui a donné beaucoup de Saints à ce pays et à ce grand peuple du Mali ainsi qu’à toute l’Afrique.

C'est à cette époque que sont nés l’idée et le projet de l'unité africaine. Par la suite, les pays africains, les peuples africains se sont réunis en 1963 à Addis-Abeba, en Éthiopie, pour fonder l'Organisation de l'Unité africaine (OUA). Mais, il faut le reconnaître, l’Union africaine a pris racine dans l'union «Ghana-Guinée-Mali». Ces trois pays ont ouvert la voie et permis que les deux autres groupes dits de Casablanca et de Monrovia de se réunir pour mettre en place l'OUA. C'est pour vous dire que ces trois pays «Ghana-Guinée-Mali» ont eu déjà à mettre en place les fondements de l'Union trois ans ou quatre ans avant la création de l'OUA.

Modibo KEITA, Sekou TOURE et Kwame Nkrumah qui sont donc les fondateurs de ce qu'on appelle aujourd'hui l'Union Africaine. L'Union africaine a commencé avec l'Organisation de l'Unité africaine, mais avant il y a eu l'union Ghana Guinée Mali.

Excellence Monsieur le Président,
Distingués invités,
Modibo KEITA, Sekou TOURE et Kwame Nkrumah nous ont enseigné que les peuples africains devraient s'unir. Ils nous ont enseigné que dans chacun de nos pays nous devons être unis quelque soit notre appartenance ethnique ou tribale : nous sommes un peuple. Quelles que soient nos différences religieuses, nous restons un peuple.
Quelle que soit notre culture, nous restons un peuple. Et ils nous ont dit que lorsque nous sommes unis nous pouvons résister, mais lorsqu'on est divisé, nous tombons. Voilà donc l’enseignement hérité de Modibo KEITA, de Sékou TOURE et de Kwame Nkrumah.

Vous, en tant que leaders de l'unité, leaders de l'unicité, leader de la révolution, il ne faut pas que vous nous déceviez.
Si vous commencez à vous disperser et à vous diviser, en tant que pères fondateurs, cela aura un impact négatif et désintégrera tout le système et nous en tant que vos successeurs nous allons également tomber avec vous.

Excellence Monsieur le Président,
Distingués invités

Je suis heureux d’être au Mali et je saisis cette occasion pour remercier, Son Excellence Monsieur le Président Ibrahim Boubacar KEITA pour m'avoir invité. Je l'ai dit : je vais me rendre au Mali, le pays de Modibo KEITA.
Je suis ici en ma qualité de Président en exercice de l'Union Africaine, en qualité de Président en exercice de la Communauté des États d'Afrique Australe et aussi en tant que Président de mon pays le Zimbabwé. Le Zimbabwé, qui suit les efforts déployés par vous ici au Mali.

Mais j'ai aujourd'hui un coeur serré. Je suis avec un esprit confus, je me pose la question : comment le Mali peut-il arriver à ce niveau-là ? À ce point-là ? Un pays magnifique, merveilleux !
Je suis venu pour être témoin, aujourd'hui, du vivre ensemble et être témoin de la signature de l'Accord de Paix et de la Réconciliation. Et ceci est sacré pour ce qui me concerne.
Un pays qui a été déchiré par des luttes fratricides, et des combats au Nord, que ce pays se ressaisisse et dise Non Non et Non à la guerre et oui au dialogue et Oui à une seule famille. À une seule famille parce que le Président Modibo KEITA nous l'a enseigné ainsi.

Nous, en tant que parents, nous devons faire en sorte qu'au sein de la famille les enfants soient unis et qu'ils s'écoutent. Mais ces petites disputes, ces petites querelles sont souvent aussi présentes même au niveau de la famille, au niveau du village ou de l'église. Mais il faut toujours en finir autour de la table avec l’échange et le dialogue.

On dit dans l'Islam que le vendredi est le jour saint et le dimanche un jour sain au sein de l'Église. Mais nous sommes tous motivés à nous unir, quelles que soient nos différences culturelles et nos croyances religieuses. Les enfants du Mali, les enfants de la Guinée, les enfants du Sénégal, les enfants du Zimbawé, ou autre, sommes un peuple : nous sommes le peuple africain. Aussi, nous devons cultiver ce vivre ensemble au niveau de nos familles. Nous devons rester unis.

Excellence Monsieur le Président,
Distingués invités

À la jeunesse africaine, nous avons le devoir de lui faire comprendre la nécessité et l’impératif de rester unis. Parce que l'unité commence au sein de la famille, au niveau de tout un chacun. Si nous y arrivons, il sera difficile pour nous de nous battre parce que notre coeur sera déjà rempli avec cette motivation d'aller vers l'unité, vers la paix.

Monsieur le Président,
Distingués invités,
Je vous félicite avec l'espoir que vous allez apporter la paix au peuple du Mali. J'invite ceux qui ont combattus à laisser les armes et venir autour de la table pour signer cet accord de paix. Je pense que ce soit en Christianisme ou en Islam nous sommes les mêmes, en fraternité et en humanité.
Que le peuple du Mali reçoit ici toute ma gratitude pour l'accueil chaleureux et l'hospitalité qui m'ont été réservés ainsi qu'à ma délégation.

Je suis heureux d'avoir entendu tous ces messages merveilleux qui ont été véhiculés aujourd'hui. Aussi, je souhaite que tous les partenaires de développement du Mali et tous les acteurs de la paix au Mali continuent leurs efforts pour parvenir définitivement à la paix. Que maintenant le Mali appartienne aux Maliens à tous les Maliens et que l'unité nationale soit au centre de l'intérêt de tous les Maliens. Que ceci constitue un exemple pour tous les Africains. Par conséquent, je lance un appel à toutes les parties pour la mise en oeuvre de cet accord de paix.

Excellence Monsieur le Président de la République,
Distingués invités,

Cet accord de paix et de réconciliation issu du processus de négociations d'Alger est équilibré et juste. Nous pensons que cet accord prend en compte les préoccupations authentiques de toutes les parties et qu’il préserve l'intégrité territoriale de la République du Mali et la souveraineté du Mali. Nous ne voulons pas avoir un pays divisé en petits morceaux. Quelles que soient les origines des populations qui vivent dans ce pays, elles sont toutes des populations maliennes. Il faut absolument la stabilité dans le pays pour aller vers le développement.

En ma qualité de Président en exercice de l'Union Africaine, je voudrais rassurer le peuple et le gouvernement du Mali que l'Union Africaine sera aux côtés du Mali dans la voie la restauration et de la consolidation de sa stabilité, de sa sécurité et de sa paix et ne ménagera aucun effort afin de trouver des solutions durables. L’Union africaine continuera d'appuyer le Mali dans toutes les instances régionales et continentales. Travaillons donc tous ensemble pour atteindre cet objectif.

Honorables invités,
Monsieur le Président,

Je voudrais lancer un appel à la Coordination des Mouvements de l'Azawad (CMA).
Messieurs, nous sommes avec vous. Nous sommes avec vous autant que vous auriez la paix dans vos coeurs. Vous êtes des nôtres, vous êtes maliens. Vous êtes les mêmes que ceux qui sont au sud du Mali.
Déposez vos armes, Messieurs, utilisez seulement la seule arme que vous avez : vos bouches. Utilisez vos bouches pour parler, dialoguer, il n'y a pas une autre forme, il n'y a pas un autre moyen pour atteindre la paix si ce n'est à travers la parole.

Ce qui est important, c'est de pouvoir donner et recevoir, c'est pouvoir faire des compromis. Donc je vous lance cet appel, Coordination des Mouvements de l'Azawad : n'oubliez jamais que vous devez tout faire pour que cette paix puisse exister au Mali et sur tout le Continent africain.

Le terrorisme prend de l'ampleur, nous devons donc ensemble continuer le combat commun contre ce phénomène. Nous devons ensemble lutter contre la violence et contre toutes les forces du mal.

Permettez-moi de remercier une nouvelle fois le Président du Mali, le gouvernement du Mali, tous les partenaires du Mali pour les efforts qu'ils ont consentis pour parvenir à cette signature de paix.
Peuple du Mali, permettez-moi encore de vous assurer de l'appui de l'Union africaine.

Je viens d'une famille chrétienne. Je n'arrête jamais de prier, je vais fréquemment à l'église, mais je ne fais pas de distinction entre l'Église catholique et protestante. Dieu est unique, Dieu est le même que l'on soit chrétien ou musulman.
Dans mes prières, je vais demander à Dieu d'aider le peuple malien afin qu'il retrouve la paix. Je vais le faire, je vous le promets et je peux vous assurer qu'une fois de retour au pays je vais demander aux membres de ma famille de prier également pour le Mali.

Excellence Monsieur le Président de la République, Monsieur Ibrahim Boubacar KEITA, je vous remercie de m'avoir invité à prendre part à cette cérémonie historique et solennelle de signature de l'accord de paix et de réconciliation.

Je vous remercie.

(*) Président de la République du Zimbabwe et actuel Président en exercice de l’Union africaine
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