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Jeux et enjeux sur la notion d’Azawad, vue d’André BOURGEOT, Directeur de recherche émérite CNRS: « Le début de la fin de l’État-nation… »
Publié le lundi 8 juin 2015  |  Le Républicain
André
© Autre presse par DR
André Bourgeot, Directeur de recherche émérite au CNRS




Relativement aux Accords de paix d’Alger, une des divergences fondamentales entre les belligérants réside dans l’acception de la notion d’Azawad. Les uns, incarnés par la partie malienne et la « Plateforme », considèrent que cette appellation recouvre « une entité socio-culturelle et humaine ». Les autres, les irrédentistes de la CMA, réaffirment qu’il s’agit «d’une entité géographique, politique et juridique ».
Deux conceptions littéralement opposées, à savoir d’un côté une « région malienne parmi d’autre » et de l’autre, la création d’une région porteuse, à terme, d’un « proto État » générateur d’une conception fédérale du politique qui respecterait les frontières nationales actuelles : c’est ce qui est déclaré. Mais, le non dit occulte le problème de la souveraineté nationale qui se dissoudrait dans une souveraineté « régionale fédéraliste », matérialisant ainsi le début de la fin de l’État-nation dans son organisation DU politique.
Par ailleurs, sur le plan de la sémantique, cette notion incorpore des idées indépendantistes.
Un des points contenu dans cet Accord de paix qui corrobore cette hypothèse réside dans l’élection au suffrage universel direct du Président de région investi de pouvoirs politique, administratif et économique. Ce système électoral « régionaliste » peut parfaitement s’intégrer dans un État fédéral revendiqué par les dirigeants du MNLA et respectueux de l’intégrité territoriale nationale : ce n’est donc pas une concession faite à la partie malienne.
Alors pourquoi une telle pugnacité déclamatoire, pourquoi un tel irrédentisme cyclique à propos de l’Azawad versus MNLA?
Avant d’y répondre, il est bon de réitérer fermement que cette notion, objet d’enjeux politiques majeurs, concerne l’espace géographique de 380 km2, compris entre Tombouctou et Araouane (d’aucuns l’élargissent jusqu’à Taoudenni), sillonnés, entre autres, par des pasteurs nomades Bérabich: pas plus !
L’autre acception, administrative cette fois, est symbolisée par les gouvernorats de Tombouctou, Gao et Kidal. Il s’agit bien de régions administratives et non d’un territoire politique tel que revendiqué par les indépendantistes et autres autonomistes de ce mouvement armé. Ainsi la notion d’Azawad recouvre une entité spatiale élargie à un découpage administratif mais en aucun cas ne concerne une antériorité historique quelconque. Alors, comment légitimer l’existence d’un territoire et d’un peuple « azawadiens » ? Eh bien en clamant haut et fort par les thuriféraires propagandistes de ce groupe armé narco laïc, que l’Azawad était le territoire (notion politique) de leurs ancêtres touaregs, territoire exproprié (et donc approprié) par la colonisation du Mali : ça y est le tour est joué !...Et une pirouette falsificatrice de l’histoire permet de légitimer les revendications indépendantistes.
Auprès de qui ?
D’abord auprès de l’opinion internationale et des lobbies très actifs en Europe et plus particulièrement en France. Puis ET surtout auprès de l’ONU au sein de la commission des peuples autochtones où siège un représentant du MNLA qui y tient le même discours victimaire et génocidaire, dénonciateur des actions commises par l’armée malienne.
Il convient ici (à des fins de vérification par le lecteur et par la classe politique) de citer les références et quelques uns des articles très éclairants de la « Résolution adoptée par l’Assemblée Générale le 13 septembre 2007, dans sa soixante et unième session relative à la « Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones » composée de 46 articles. La lecture de cette déclaration est absolument nécessaire car elle procure un éclairage limpide sur la nature des revendications clamées par les mouvements rebelles et révèle les arguments avancés par ceux ci pour être reconnus comme « Peuple autochtone » (ce qui fut fait) par cette commission de l’ONU. Puis il suffira d’établir des relations entre les conditions politiques et culturelles pour siéger au sein de cette commission et les revendications jusqu’auboutistes de ce groupe armé lors des pourparlers et des négociations devant aboutir à un Accord e paix : limpide !...
L’espace assigné à la publication d’un article dans un journal, oblige à sélectionner les articles les plus significatifs de la dite déclaration de l’ONU.
Le préambule souligne (citation) : « Préoccupée par le fait que les peuples autochtones ont subi des injustices historiques à cause, entre autres, de la colonisation et de la dépossession de leurs terres, territoires et ressources, ce qui les a empêchés d’exercer, notamment, leur droit au développement conformément à leurs propres besoins et intérêts......
- Consciente de la nécessité urgente de respecter et promouvoir les droits intrinsèques des peuples autochtones....... en particulier leurs droits à leurs terres, territoires et ressources...
- Consciente également de la nécessité urgente de respecter et promouvoir les droits des peuples autochtones affirmés dans les traités, accords et autres arrangements constructifs conclus avec les États......
- Estimant également que les traités, accords et autres arrangements constructifs, ainsi que les relations qu’ils représentent, sont à la base d’un partenariat renforcé entre les peuples autochtones et les États
- Consciente qu’aucune disposition de la présente Déclaration ne pourra être invoquée pour dénier à un peuple quel qu’il soit son droit à l’autodétermination, exercé conformément au droit international.
Puis viennent les articles suivants :
- Art. 3 : Les peuples autochtones ont le droit à l’autodétermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.
- Art. 7-2 : Les peuples autochtones ont le droit de vivre dans la liberté.....et ne font l’objet d’aucun acte de génocide ou autre acte de violence.....
- Art. 8, 2, b) Les autochtones...ont droit d’appartenir à une communauté ou a une nation autochtones
- Art. 13, 1 : Les peuples autochtones ont le droit … de choisir et de conserver leurs propres noms pour la communauté les lieux et les personnes.
-Art. 26, 1 : Les peuples autochtones ont le droit aux terres, territoires et ressources qu’ils possèdent et occupent traditionnellement ou qu’ils ont utilisés ou acquis.
- Art. 30, 1 : Il ne peut y avoir d’activités militaires sur les terres ou territoires des peuples autochtones à moins que ces activités ne soient justifiées par des raisons d’intérêt public ou qu’elles n’aient été librement décidées en commun accord avec les peuples autochtones concernés, ou demandés par ces derniers.
- Art. 46 : Aucune disposition de la présente déclaration ne peut être interprétée comme … un acte contraire à la Charte des Nations Unies, ni considérée comme autorisant un acte ayant pour effet de détruire ou d’amoindrir, totalement ou partiellement, l’intégrité territoriale ou l’unité d’un État souverain et indépendant.
Ces citations mettent en relief les attitudes et assurances des leaders de la CMA. Elles s’inscrivent clairement dans les propos propagandistes de la Coordination, notamment lors des négociations et des positions politiques défendues par la Coordination. Il appartient aux autorités maliennes compétentes d’accéder au contenu du dossier déposé par le MNLA et approuvé par l’ONU. Si d’aventure, on y retrouvait les mêmes allégations que celles abondamment diffusées sur l’existence d’un territoire touareg nommé « Azawad », alors il ne s’agirait plus d’une seule imposture historique (il n’y a jamais eu de chefferie ni de royaume ni d’empire de l’Azawad), mais également d’une forfaiture politique labellisée par une instance onusienne : gravissime erreur !
On rappellera que cette notion de « peuples autochtones » est typiquement angle saxonne et qu’elle a le soutient des présidents étatsuniens.
La reconnaissance du mouvement indépendantiste au sein de l’ONU pourrait elle conduire à une relation contextualisée entre les revendications autochtones de ce mouvement et l’écho de celui ci auprès de cette autre organisation relevant de l’ONU, à savoir la MINUSMA, notamment à propos de la prise de Ménaka par le Gatia au détriment du MNLA ? On rappellera que les responsables politiques de la mission militaire onusienne, à l’instar de la CMA, avaient demandé, le départ de la milice d’auto défense Gatia de cette ville reconquise. Or, la feuille de route de cette mission onusienne est de protéger les populations civiles et d’aider les autorités maliennes à restaurer leur souveraineté sur l’ensemble du territoire national. C’était là une belle occasion pour réintroduire les FAMA dans leurs fonctions régaliennes : ce sera (peut être !...) pour une prochaine fois !....
À cette dimension onusienne, vient se surajouter la reconnaissance par l’Union Européenne (source à vérifier) d’une « ambassade » (dans le sens culturel du terme) de l’Azawad par le MNLA, dénommée « New world ambassy of Azawad » initiée, semble-t-il, par des artistes et inaugurée à Utrecht au moment où se déroulait à Alger des pourparlers de paix. Son représentant en est le fils d’Essaghid, baptisé Moussa, porte-parole irrédentiste du MNLA.
Dans un souci de transparence démocratique et par respect pour le peuple malien et ses amis, il serait convenable que les autorités politiques et culturelles européennes, maliennes, « ménaliennes » et hollandaises, procurent et diffusent auprès du peuple ce dossier en procurant a minima, les données suivantes :
- La composition de la délégation
- Les objectifs de cette « ambassade »
- Le budget qui lui est alloué : par qui ?
Allez ! Chiche ! Chiche de le diffuser sur la toile et autre part....

André BOURGEOT
DIRECTEUR DE RECHERCHE ÉMÉRITE CNRS
Île de France 02 juin 2015
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