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Fahad Ag Almahmoud « On ne peut pas quitter Ménaka sans avoir une garantie de sécurité pour les populations »
Publié le mercredi 10 juin 2015  |  Sahelien.com
Conférence
© aBamako.com par Momo
Conférence de presse des élus de Ménaka.
Bamako, le 30 avril 2015 les élus de Ménaka ont tenu une conférence de presse sur la situation de Ménaka au CICB.




Le Gouvernement du Mali et la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) ont signé le vendredi 5 juin, à Alger, deux documents soumis par la médiation internationale. Le premier concerne les conclusions des consultations sur la mise en œuvre de l’Accord pour la paix, issu du processus d’Alger. Le second document porte sur les arrangements sécuritaires pour une cessation des hostilités sur le terrain notamment à Ménaka. Les mouvements armés réunis au sein de la Plateforme ont rejeté lesdits documents.

Joint par téléphone ce mardi 9 juin, Fahad Ag Almahmoud, Secrétaire général du Groupe d’autodéfense touareg imghad et alliés (GATIA), explique les raisons de cette non signature à Sahelien.com.

Sahelien.com : Pourquoi avez vous refusé de signer l’arrangement sécuritaire autour de Ménaka proposé par la médiation le vendredi 5 juin ?

Fahad Ag Almahmoud, Secrétaire général du Groupe d’autodéfense touareg imghad et alliés (GATIA) : Il y avait un premier document proposé dans lequel il est dit « l’insertion majoritaire et périodiquement des forces des mouvements politico-sécuritaires, notamment la CMA dans les forces de sécurité au nord » ; Nous avons contesté certains points comme ce passage ci-dessus cité. Nous avons refusé aussi parce que, nous sommes déjà dans un accord qui est entré en vigueur le 16 mai à 00 heure, pour nous le processus est terminé. Tout ce qui est en train de se passer c’est des tricheries vis-à-vis de l’accord lui-même. En somme, nous n’avons même été sollicités d’une certaine manière sur ce document. Quant au deuxième document concernant les arrangements sécuritaires autour de Ménaka, là aussi il y a une phrase qui dit « les forces de la plateforme vont quitter Ménaka », comme si nous ne devrons pas être là-bas. Pourtant dans une réunion précédente, datant du 20 mai, nous avons souhaité qu’une délégation de la plateforme et de la médiation se rende à Ménaka, pour sensibiliser les populations sur le fait qu’il y doit avoir de concessions de parts et d’autre dans l’intérêt de l’application de l’accord. La médiation a accepté dans un premier temps, mais il n’y a pas eu de suite, et du jour au lendemain on nous amène un tel document sans nous concerter comme pour le précédent. Nous avons expliqué à la médiation qu’on ne pouvait pas nous dire de quitter Ménaka sans une garantie de sécurité pour nos populations. On ne peut pas exposer nos parents. Ici on parle de populations, chez nous ce sont nos parents, nos frères et on ne peut pas les abandonner

Sahelien.com : La plateforme a toujours été considérée comme proche du gouvernement malien, pourquoi une telle divergence sur la signature de ces deux documents ?

Fahad Ag Almahmoud : Nous ne savons pas exactement quelle pression a été exercée sur le gouvernement malien pour signer un document dans une zone en belligérance depuis des années. Et qu’il accepte que l’armée nationale soit composée dans le nord essentiellement des fils de cette zone. Nous pensons que ceux qui ont accepté cet état de fait, font une grande erreur et sont en train de cautionner la division du pays.

Sahelien.com : Voyez-vous dans le document sur « les conclusions des consultations » une manière de diviser le pays ?

Fahad Ag Almahmoud : Oui, si nous le signons. Je vous donne un exemple, est ce que l’Etat français va accepter que la Corse soit sécurisée seulement par les Corses ? Aucun Etat n’accepte cela et celui qui l’accepte, prône la division. Dès que nous le signons, l’article 65 de l’accord s’applique, c'est-à-dire que chaque fois que les parties s’entendent et qu’il il y a un consensus sur un fait, ça s’applique dans l’accord. Donc ce document n’a aucune valeur juridique sans notre signature.

Sahelien.com : Pensez vous qu’aujourd’hui l’armée est en mesure de sécuriser la population de Ménaka ?

Fahad Ag Almahmoud : En son temps, on a dit qu’on souhaite se retirer de Ménaka conformément à l’application de l’accord qui prévoit le redéploiement progressif des forces de sécurité du Mali. Une fois l’accord est signé, les arrangements pendant la période intérimaire disent que la sécurité sera assurée par les forces en présence en collaboration avec la MINUSMA. Et il est clair qu’à la signature de l’accord c’est nous qui étions à Ménaka. On aurait souhaité que cette pression, autour de Ménaka, soit de même autour de Kidal et autour de toutes les localités occupées par les groupes armés de la coordination.

Sahelien.com : Considérez-vous Ménaka comme votre territoire ?

Fahad Ag Almahmoud : Bien sûr, et pour plusieurs raisons. La première c’est qu’il y a une grande partie des natifs de Ménaka qui sont là-bas, il y a beaucoup de jeunes de Ménaka qui étaient à la CMA et qui nous ont rejoint avec armes et bagages, nous sommes chez nous sur tous les centimètres carrés des 1 241 238 km2 du Mali. On ne connait pas un seul centimètre de ce territoire comme appartenant, ni à la MINUSMA, ni à la CMA.

Sahelien.com : Quelle lecture faites-vous de la réaction de la population de Ménaka ?

Tout le monde reconnaît la satisfaction des populations de Ménaka, la joie qu’elles manifestent depuis l’arrivée de la plateforme, le 27 avril à Ménaka jusqu'à nos jours. Au moment où je vous parle, les populations de Ménaka manifestent leur désaccord envers les arrangements sécuritaires et rejettent ces documents. Il y a une mission de la MINUSMA qui est sur place à laquelle elles (populations, NDLR) ont exprimé leur rejet de ces documents et qu’elles attendent rester dans la situation jusqu’au retour progressif des services sociaux de base de l’Etat et des forces armées maliennes. Je ne sais pas si les uns et les autres le savent, mais l’armée malienne n’est plus cantonnée à Ménaka depuis le 30 avril dernier. Et même si l’Etat malien a signé leur retour dans les casernes, au moment où je vous parle, elle n’est pas cantonnée à Ménaka.

Sahelien.com : Quelles sont les sanctions prévues par la médiation internationale en cas de refus ?

Fahad Ag Almahmoud : On n’est pas au courant des sanctions prévues pour nous. Et c’est ce que le représentant spécial nous a toujours dit « on n’est pas venu ici pour vous imposer la paix ». La MINUSMA n’a pas pour mandat de faire la violence sur qui que ce soit sur le territoire malien, en tout cas c’est ce qu’ils nous disent. Il n’y a rien de prévu pour ceux qui refusent de signer, mais la communauté internationale n’a pas de position fixe en ce qui concerne les sanctions. J’ai personnellement discuté avec certains membres de la communauté internationale qui me disent que le conseil de sécurité n’a jamais parlé de sanction.

Sahelien.com : Que pensez-vous du contenu de l’accord signé à Bamako le 15 mai et comment voyez-vous son application ?

Fahad Ag Almahmoud : Je pense que dans sa globalité cet accord signé à Bamako, le 15 mai, est un accord qui convient à 60% à certains, à 70% à d’autres. C’est un arrangement qui ne convient à personne à 100%, mais qu’il fallait signer pour aller à la paix. Le plus grand handicap de ce document jusqu’ici, est le fait que la coordination des mouvements de l’Azawad ne l’ait pas signé. Une fois qu’elle signe ça serait un grand pas.

Sahelien.com : Selon vous quelle garantie la CMA a-t-elle eu avec la médiation pour avoir accepté de signer l’accord de paix, le 20 juin prochain ?

Fahad Ag Almahmoud : Je ne sais pas quelle garantie la CMA a eu, je sais qu’il y a des pressions de part et d’autre. Mai il y a aussi la situation de ses combattants sur le terrain qui contribue largement à cette acceptation. Le fait que la CMA perde constamment ses positions, a aussi contribué à cette décision.

Sahelien.com : Quel est votre dernier mot?

Fahad Ag Almahmoud : Je salue la décision de la CMA de signer l’accord et appelle tous nos frères de nous retrouver pour mettre cette période d’affrontement et de guerre fratricide au passé et la bannir à jamais.
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