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Adama Diakité, membre de l’association des victimes de démolitions de Souleymanebougou « Ce que l’Etat malien, à travers le ministre Bathily, a fait à Souleymanebougou est pire que le terrorisme au nord »
Publié le mardi 28 juillet 2015  |  Le Républicain
Opération
© aBamako.com par Androuicha
Opération de démolition des constructions illégales à Souleymanebougou
Bamako, le 23 juillet 2015. Le ministère des affaires foncières et des domaines de l`Etat a entrepris la démolition des constructions illégales sises à Souleymanebougou dans le cercle de Kati.




Avec des termes parfois durs mais pertinents, Adama Diakité, un des responsables de l’Association des victimes de Souleymanebougou, s’est dit déterminé à poursuivre en justice les responsables de la destruction de leurs maisons. Il s’est confié à nous pour démonter le montage ayant servi de justificatif au ministre Mohamed Ali Bathily qui a ordonné la démolition de leurs concessions.

Le Républicain : Vous êtes le président du collectif des victimes de Souleymanebougou, étiez vous au courant de la mesure ordonnant la destruction de votre concession ?

Adama Diakité : D’abord, je tiens à préciser que le collectif s’est transformé en association des victimes de démolitions de Souleymanebougou. En ce qui me concerne, je suis pour le moment un membre tout court de l’association qui n’a pas encore désigné son président. Cette question n’est pas encore à l’ordre du jour. Jusque là, elle délègue seulement des personnes pour une mission bien déterminée. Maintenant pour revenir à votre question, j’avoue qu’aucune victime des démolitions n’avait été informée, ni avant ni après, de ce qui allait se passer le jeudi 23 juillet 2015 à Souleymanebougou.

Tout ce que nous savons, c’est que le ministre Bathily avait effectué une visite sur le site le 30 juin 2015 au cours de laquelle il avait déclaré sur les antennes de l’Ortm que les constructions étaient faîtes illégalement. A part cette déclaration du ministre, aucune autorité nous a notifiée quoi que ce soit jusqu’ à ce jeudi matin où les gendarmes armés de bulldozers sont venus réveiller les occupants pour procéder à la démolition. Quand ils sont arrivés, les gens étaient en train de manger. Ils nous ont demandé de sortir et qu’ils vont casser. Je leur ai même demandé de laisser au moins les gens prendre leurs affaires en vain. Ils ont tout cassé avec des meubles à l’intérieur.

Les dégâts sont énormes. On n’a même pas donné le temps à un voisin de récupérer son sac contenant ses diplômes et les actes de naissance de ses enfants. Ils ont démoli sa maison au moment où il faisait sortir sa famille. Mais ce qui m’a paru encore plus paradoxal, c’est que l’année dernière, le même ministre Bathily, quand il était ministre de la justice, a mis un huissier en prison pour la raison qu’on ne déguerpit pas pendant l’hivernage. Ce que l’Etat malien, à travers le ministre Bathily, a fait à Souleymanebougou est pire que le terrorisme au nord.

Toutes ces constructions étaient-elles construites sur le lit du fleuve ?
Vous savez dans cette affaire, les maisons à démolir ont été classées par les autorités. Il y a celles qui sont classées comme illégalement acquis. Certaines familles sont accusées de s’installer sur les quatre hectares achetés par Kadhaffi. Et nous, ils nous accusent d’installation dans le lit du fleuve.

Ce qui est faux, car nous sommes entre 65 m et 75 m du fleuve. Et à partir du moment où les textes prévoient seulement 25 m de distance avec le fleuve, je ne vois pas en quoi nous sommes dans l’illégalité. Et s’il se trouve que nous le sommes cela veut dire que les autorités maliennes même sont illégales. Car c’est avec elles que nous avons acheté nos terrains et obtenu le permis de construction et d’occupation. Ce sont elles qui nous ont fait installer sur le site. J’ai tous les documents justificatifs l’attestant.

Quel est le sentiment qui vous anime après la destruction de votre maison et celles des autres ?
Je suis indigné. Et je me pose la question à savoir dans quel Etat vivons-nous. Ils ont détruit un effort de 7 ans de durs travaux et de privations. Ma déception n’a pas sa pareille. C’est pourquoi nous avons mis en place un mouvement qui regroupe toutes les victimes de démolitions et les personnes visées par les démolitions pour porter plainte.

Au total combien de maisons ont été détruites ?
Une cinquantaine au total. Mais il y a cent cinquante familles sur le site. Cent autres maisons sont visées. Mais il faut remercier le leader d’Ansardine international, Chérif Ousmane Madani Haïdara et Oumar Mariko qui se sont personnellement déplacés pour nous soutenir. Nous avons reçu un SMS de l’honorable Soumaïla Cissé adressé à Mr le Premier ministre pour attirer son attention. Il nous a aussi envoyé Me Demba Traoré pour se porter avocat et conseil des victimes.

Avec qui et quand avez-vous acheté votre terrain ?
Personnellement, j’ai acheté ma parcelle en 2008 avec la préfecture de kKati.

La valeur de votre concession détruite s’élève à combien ?
A 80 millions de FCFA. Et ce montant n’inclut pas les meubles. Si on les ajoute ça avoisinera les 100 millions de F CFA. Un véritable gâchis !
Les dégâts s’élèvent à combien pour l’ensemble des constructions détruites ?
Il me serait difficile de donner un montant pour l’ensemble des maisons détruites. Cependant, je peux vous assurer que chacune des cinquante maisons démolies à une valeur estimative de 50 millions de F CFA voire plus.

Quelle appréciation faites-vous sur l’arrêt immédiat de la casse après la démolition de votre maison?
C’est la grande question à laquelle nous n’avons toujours pas de réponse. Quand les gendarmes sont venus le jeudi matin, ils nous ont notifié qu’ils avaient reçu l’ordre de démolir les 150 maisons. Et ils ont cassé les maisons toute la journée du jeudi. Mais à notre grande surprise, ils ont arrêté les opérations de démolitions le lendemain matin (le vendredi 24 juillet 2015) quelque temps après la reprise de l’opération.

Nous assistions à la désolation quand un véhicule rouge est arrivé sur le site pour leur demander d’arrêter immédiatement les travaux. Je ne sais pas qui était à l’intérieur, mais les travaux avaient été suspendus. Et à la minute près, les gendarmes, les bulldozers s’étaient éclipsé des lieux. Est-ce que la personne qui leur a donné l’ordre de démolir les maisons s’est rendu compte de son erreur? Ou bien s’agissait-il simplement d’un règlement de comptes? Ces questions restent sans réponse dans nos têtes.

Que comptez-vous faire maintenant?
Nous allons porter plainte. Nous voulons que justice soit faite et que nous soyons dédommagés. Mais nous le ferons en toute légalité en restant dans le cadre de la loi.

Réalisé par Youssouf Z. KEITA
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