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Le Combat N° 521 du 14/12/2012

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Capitaine Sanogo : Le « cancer » de la crise malienne
Publié le samedi 15 decembre 2012  |  Le Combat


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Le capitaine Amadou Haya Sanogo
Le chef de l’ex-junte malienne, le capitaine Amadou Haya Sanogo


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Un pas en avant, deux pas en arrière. C’est à ce rythme que le Mali avance, si tant est qu’il avance, vers le bout du tunnel de la crise qui l’enserre depuis neuf mois. Depuis le coup d’Etat du 22 mars dernier, suivi de la prise du Nord par les groupes armés, le Mali est devenu un grand « foutoir » avec le Capitaine Sanogo dans le rôle de « gaffeur public N°1 ».

Contraint de remettre le pouvoir à un gouvernement civil de transition, le chef de l’ancienne junte militaire de Kati s’est soumis aux injonctions de la communauté internationale, car, de facto, fort de l’appui de l’armée, il reste seul maître de la situation chaotique dans laquelle il a plongé son pays. Retranché dans la garnison militaire de Kati d’où sont partis les auteurs du putsch contre ATT, le trublion de Bamako ne cessera de rappeler à qui l’aurait oublié que lui seul détient la réalité du pouvoir, sa volonté de puissance et de nuisance n’a jamais été prise à défaut. Dernière démonstration en date de sa mainmise sur l’Etat : la démission forcée du Premier ministre Cheick Modibo Diarra. La vacance du poste de Premier ministre n’aura duré qu’un jour à peine. La succession de CMD s’est également faite en un temps record. Est-ce à dire donc que ce coup de force du 10 décembre était planifié et que le nouveau chef du gouvernement, Diango Sissoko, avait déjà été consulté pour succéder à CMD ? En tout cas, sa désignation est intervenue si vite que tout porte à croire que la démission de CMD a été planifiée de longue date. En tout cas, rien ne laisse penser à un accident spontané et imprévu qui prend tout le monde au dépourvu. Il reste à savoir si oui ou non Dioncounda Traoré au camp de Kati. Tout comme tous les autres Maliens, il a peut-être aussi été mis devant le fait accompli et même contraint par le Capitaine Sanogo et ses hommes de marcher suivant un scénario militaire déjà tracé, s’il ne veut pas subir le même sort que le démissionnaire, il y a au moins la certitude que CMD a été contraint à la démission. En obligeant ce dernier à rendre le tablier manu militari, les ex-putschistes réaffirment ainsi leur mainmise sur le processus de sortie de crise au Mali. Leur mise à l’écart officielle des affaires politiques cache ainsi mal un contrôle permanent exercé sur les institutions de la République. Une insubordination illégale qui traduit leur manque de confiance envers les civils, surtout les politiques. Du reste, ils ont reproché à l’ex-Premier ministre de faire passer ses ambitions politiques avant les intérêts de son peuple au point d’être inconstant dans ses décisions. Une accusation pas totalement erronée quand on se rappelle l’entêtement de CMD à se maintenir dans la sphère de décision du processus de transition. Cheick Modibo Diarra entendait également défier la mesure de la CEDEAO qui demandait aux responsables de la transition de ne pas prétendre à un poste électif dans le cadre de la sortie de crise. « L’armée a pris ses responsabilités parce qu’il y avait un blocage institutionnel au sommet de l’Etat… Nous avons compris que le Premier ministre n’avait pas la volonté de faire face à la situation », explique le chef de l’ex-junte militaire de Kati.

De qui se moque-t-on à travers un tel prétexte ?

Certes, CMD n’est pas trop à plaindre de ce qui lui arrive. Ses multiples pieds de nez au Président Dioncounda Traoré, ses initiatives à la limite de la fanfaronnade et sa propension à jouer en solo avaient fini par lui mettre à dos de tout soutien, interne comme externe. Mais la véritable cause du «blocage institutionnel au sommet de l’Etat», c’est bien l’impénitent parrain de Kati, déterminé à pourrir la vie nationale pour en être l’ultime recours. Et tout ce qui peut concourir au retour de l’ex-putschiste au Palais de Koulouba est bon à prendre, quel que soit le prix à payer par le pays, particulièrement par les populations du Nord qui voient ainsi les perspectives d’une salvatrice intervention militaire s’éloigner comme une ligne d’horizon. Mais on sait comment ont fini tous eux qui tiennent mordicus à s’accrocher au pouvoir contre vents et marées. Le cas du Guinéen Daddis Camara est évocateur. Jusqu’à quand laissera-t-on le Capitaine Sanogo enrayer les efforts de sortie de crise du Mali ? Peut-être que la résolution de la crise malienne passera par une transition conduite par les militaires maliens eux-mêmes ? On fera alors l’économie du cafouillage entre Président, chef de gouvernement et armée qui sape les efforts consentis et hypothèque la reconquête du Nord-Mali. La même occasion, on verra ce que vaut réellement le tombeur d’ATT qui, par ses agissements, a toujours prouvé qu’il ne voit les dirigeants politiques que comme des « civils incapables ». Au lieu de passer le temps à miser sur des personnalités contestées dès le départ ou démises par la suite, on éviterait le perpétuel recommencement en confiant les commandes de la transition aux contestataires qui détiennent d’ailleurs le pouvoir réel à Bamako. Alors, ils n’auront plus à s’opposer à personne, sinon à eux-mêmes.

Jean Pierre James

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