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Fistule obstétricale : Un mal qui ronge « le sexe faible »
Publié le lundi 7 septembre 2015  |  Le Pouce
Hôpital
© Autre presse par DR
Hôpital Gabriel Toure




Elles sont marginalisées, délaissées mis le plus souvent en marge de la société. Leur tort : être atteinte de la fistule obstétricale. Cette maladie leur fait perdre à tout instant de l’urine sans contrôle par des perforations faites à la vessie lors des accouchements prolongés. Si elles sont pour la plus part divorcées, et sans soutient, le centre Oasis de l’hôpital du point G leur redonne le sourire.
Centre Oasis du Point G

La soif de solidarité étanchée des victimes de la fistule

Situé au sein de l’hôpital du Point G, le centre Oasis abrite des femmes de tout-âge porteuses de fistule obstétricale. Ici, elles ont les mêmes maux, se soutiennent, sont soutenues et partagent le même espoir : guérir.

Le bâtiment est défraîchi. Des herbes sauvages, par endroits, poussent dans la cour. La demi douzaine de bâtiments occupent équitablement l’espace. Au centre et un peu partout, sont dispersées les femmes porteuses de fistule. Chacune, de son coté, s’affaire. Sous la canicule du mois d’Avril, la plupart est à l’ombre, en train de causer. Certaines lavent des habits à l’autre coin de la cour. « Notre journée, c’est la routine. Les jours ici, se suivent et se ressemblent» déclare Sali Diarra, l’une des doyennes du Centre. Les porteuses de fistule, à cause de fréquents écoulements d’urines dont elles sont victimes et la méconnaissance de la nature de leur maladie par bon nombre de familles, sont très souvent stigmatisées, délaissées, mises au ban de la société. C’est justement, pour combler ce manque de soutien et de solidarité que le centre Oasis a vu le jour .Les femmes y séjournent avant et pendant les prises en charge chirurgicales, financées par des partenaires comme IntraHealth International et Iamaneh-Mali.

L’utilité du Centre pour ses pensionnaires, n’est plus à démontrer. « Ce centre a permis de nous mettre en groupe. Ainsi, beaucoup de bonnes volonté savent que nous sommes là et nous viennent en aide par des prises en charge chirurgicales et des dons de céréales », racontent-elles. Des céréales qu’on peut voir entreposés dans leur grande salle de réunion. Dans cette salle, outre les céréales, sont aussi visibles une télévision écran plasma et un fauteuil roulant et une centaine de bouteilles de gel détergent qui leur ont été donné par des ONG lors de la journée du 23 Mai qui consacre la lutte pour l’élimination de la fistule.

La nature de leur maladie, fait qu’elles peuvent, difficilement, sortir pour mener des activités génératrices de revenus. D’où leur forte dépendance des dons. « Il vaut mieux apprendre à une personne comment pêcher plutôt que de lui tendre un poisson chaque matin» dit l’adage. C’est pourquoi, certains partenaires, au-delà des céréales et d’autres produits de premières nécessités, offrent à ces femmes battantes, du matériel de travail. « Nous avons du matériel pour la fabrication de savon. Nous faisons le travail en groupe ; vendons le produit et on se partage ensuite le bénéfice. Quand on a plus de céréales, ce sont ces bénéfices que nous utilisons pour nous nourrir » affirme Sali Diarra, sans évoquer les difficultés d’écoulement qu’elles rencontrent très souvent.

Pour multiplier leurs sources de revenus, les « porteuses de fistule », font la lavandière. « C’est une activité qui nous permet, au jour le jour, d’avoir de quoi nous payer de petites choses» répètent-elles toutes en cœur. Sur les mûrs du bâtiment et les séchoirs, les blouses blanches étalées sont visibles.

Dans le cadre de différents projets, ces femmes bénéficient de prise en charge par groupe, dont le nombre varie. Mais, elles déplorent le faible taux de guérison. « Sur 30 à 40 femmes prises en charge, seule une dizaine arrive à guérir» affirme cette porteuse de fistule, qui explique cependant que cela dépend des cas, car ils sont plus compliqués les uns que les autres.

Blanchissant des habits déjà séchés, s’affairant à la cuisson de sa sauce, au pied du bâtiment en quête d’ombre, allaitant son enfant, assise la main sous le menton, le regard hagard, toutes ces femmes souhaitent une seule chose: être sèches.

Mohamed DAGNOKO

Répudiée par son mari. 16 heures de calvaire aux mains des agents de santé. Trois jours dans le coma. 4 interventions sans succès. Voilà 10 ans que cela dure. Témoignage.

Native de Banico, cercle de Dioila, région de Koulikoro, cela fait 10 longues années que Hawa Sangaré vit les affres de la fistule. Son cas, à l’opposer de nombreux autres, est singulier. Si la plus part contacte la maladie à leur première grossesse, tel ne fut pas son cas.C’est à sa troisième grossesse qu’elle a eu la maladie. Longtemps, elle a souffert le martyr, sans être consultée par un médecin. Survenue en plein hivernage, son mari, agriculteur de son état, a jugé nécessaire d’attendre la fin des récoltes puis leur vente pour songer à la soigner. Mais, son père, vu la souffrance de sa fille, a décidé de prendre en charge le traitement de sa fille. Elle fut, alors, transportée à Bamako au Centre du Point G pour les soins. Son mari qui l’a accompagnée pour la circonstance, a lâché à la fin de l’opération chirurgicale, cette phrase assassine à l’endroit de son épouse : « L’argent utilisé pour tes soins, pouvait servir à te remplacer. Heureusement pour toi que c’est ton père qui paye ».

Aujourd’hui encore, quand elle en parle, elle a les larmes aux yeux. Car, comme dit, l’homme ne tardera pas à la répudier pour prendre une autre femme. Autre chose auquel Hawa ne peut s’empêcher de penser avec tristesse, c’est les conditions dans lesquelles sa fistule est survenue. C’était lors de son accouchement à Massigui, son village. Elle explique : « J’ai fais normalement mes consultations prénatales. J’ai les fiches qui les attestent. Le médecin qui me suivait, avait constaté une mauvaise position de l’enfant. Il m’a alors conseillé d’être plus régulière au Centre. Chose que j’ai faite. A quelques mois de mon accouchement, j’ai déménagé près du Centre. Ainsi, chaque trois jour, je partais pour des visites. Mais, le jour de mon accouchement, malheureusement pour moi, le médecin qui me suivait depuis tout ce temps, n’était pas de garde. J’ai demandé à ce qu’on l’appelle pour qu’il assiste à l’accouchement. Les assistants qui étaient là, ce jour, n’ont pas accepté. J’ai insisté, mais rien n’y fit. Ils ont procédé à l’accouchement sans savoir dans quel état j’étais. Ils n’ont rien pu. Face aux complications, ils ont paniqué. C’est avec des seringues qu’ils retiraient l’urine de ma vessie. Cette manœuvre a duré de 00 heure à 16 heures. Ils se sont finalement résolus à appeler l’ambulance pour me transporter. C’est étant inconsciente que je suis arrivée au Centre de santé de Dioïla où j’ai directement été admise au bloc opératoire. J’ai repris conscience trois jours après. Et, depuis, je porte la fistule. »

Au terme de ce récit émouvant entrecoupé par des larmes, on ne peut s’empêcher d’être solidaire de Hawa et de partager sa douleur. Ça fait dix ans que ses frêles épaules portent le lourd fardeau de la fistule et du rejet de son époux.

Aujourd’hui, outre le soutien de son père et sa mère à qui elle rend régulièrement visite, Hawa Sangaré bénéficie de celui des autres femmes du centre Oasis avec lesquelles elle partage la même douleur et le même espoir. Espoir de guérir définitivement un jour, même après 04 interventions sans succès.

Témoignage recueilli par M D



ENCADRE

La fistule touche 2 millions de femmes à travers le Monde, fait entre 500 000 et 100 000 nouveaux cas chaque année en Afrique et en Asie du Sud. Au Mali ce sont entre 1804 et 2405 nouveaux cas de fistule obstétricale qui sont déclarés chaque année. La fistule constitue un problème majeur de santé publique.

Les facteurs favorisants sont entre autres : les grossesses précoces, l’excision, l’absence de consultation prénatales, et l’insuffisance l’utilisation des services de planning familial ou d’accouchement dans les centres de santé etc. Solution : Lutter contre les facteurs favorisants par la prévention.

Hawa Sangaré, porteuse de fistule : L’histoire d’une miraculée
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