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Le monde vu de Bamako: Deby sans doute, mais après?
Publié le vendredi 8 avril 2016  |  Le Républicain
Idriss
© AFP par DR
Idriss Déby Itno, le président tchadien




L’ancien chef rebelle au pouvoir depuis 1991 brigue un autre mandat ce dimanche. Il le fait entre une société civile râleuse et une tornade des grenades lacrymogènes certes. Mais l’info ne sera que Déby succède à lui même. Ce serait plutôt qu’il perde la partie et qu’il ait reconnue l’avoir perdue. Sa plus grande bataille, il ne la livrera pas dans l’urne mais en dehors, avant et après un scrutin qui, on peut l’anticiper, l’élira sans peine au premier tour, soit parce que l’homme fort de Ndjamena sait parler à son peuple, soit parce qu’il maîtrise l’art du décompte.

Ceci expliquant, quitte à donner dans le délit de faciès et paraître pêcher du côté de la légitimité, les mouvements " ça suffit", " trop c’est trop" et "nous sommes fatigués", cherchent plutôt à empêcher la "candidature" du leader Zaghawa pour éviter le risque de le voir reconduit. Ils auraient bénéficié de plus d’attention internationale si leur combat était contre un éventuel tripatouillage de la constitution. Or la clause de l’alternance, Déby l’a fait sauter depuis 2005 où les contre-pouvoirs, en particulier l’opposition politique, étaient nettement plus percutants que maintenant. En 2016, il détient tous les leviers du pouvoir. Il fait face à des adversaires politiques toujours emblématiques mais épuisés par une longue résistance et fauchés comme des rats d’église, ce qui n’est pas un avantage dans la gouvernance du donnant-donnant qui singularise les démocraties tropicales. Qui plus est, le Général Deby, est courtisé de Paris à Bruxelles en passant par Washington.

En raison de son armée déployée sur le front de la lutte anti-terroriste dans le Bassin du Tchad comme dans l’Adrar des Ifoghas. En dépit de quelques indisciplines regrettées dans leurs rangs, les soldats tchadiens peuvent être fiers d’avoir à son tableau de chasse la tête de l’impitoyable chef salafiste saharien Abuzeid. Une telle force de sous- traitance existe rarement sur le continent et cela vaut bien un petit silence de la censure mondiale. Mais à force de rester, Deby a suscité une fronde contre lui. Et il ne peut pas être sûr à cent pour cent que les ruisseaux convergents ne seront pas un tsunami. Ensuite, cinq ans sont vite passés et les mêmes problèmes peuvent se poser en s’amplifiant en 2021. S’il est là et s’il est candidat. Ndjamena n’est pas, il est vrai, le seul théâtre de ce qui pourrait dans cinq ans être le vrai tournant de la gouvernance africaine qui devra choisir entre la leçon du Cap vert et la tragédie du Zimbabwe.

Adam Thiam
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Le Républicain N° 4380 du 7/5/2012

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