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22 Septembre 1960 – 22 Septembre 2016 : Les vérités d’hier et d’aujourd’hui du fils aîné de feu Mahamane Alassane Haïdara
Publié le lundi 19 septembre 2016  |  Le 22 Septembre
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Dans cet entretien exclusif, El Hadji Baba Haïdara, fils ainé du premier Président de l’Assemblée nationale du Mali, feu Mahamane Alassane Haïdara, l’un des acteurs de l’indépendance du Mali, nous relate ce qu’il sait de cette lutte héroïque et nous donne sa vision de la situation actuelle du pays.
22 Septembre: Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs?
El Hadji Baba Haidara: Je suis El Hadji Baba Haidara, communément appelé Sandy. Ingénieur, chef d’entreprise et Vice-Président du parti UM RDA Faso Jigi, ancien député élu à Tombouctou de 2007 à 2013. Mon CV vous dira le reste.
On ne sait pas beaucoup que vous êtes le fils ainé du premier Président de l’Assemblée nationale du Mali, feu Mahamane Alassane Haidara. Avez-vous eu la chance d’échanger avec lui sur les péripéties de l’accession de notre pays à l’indépendance en 1960?
Comme vous le dites c’est un privilège que d’avoir côtoyé une personnalité comme Mahamane Alassane Haidara, qui a joué un rôle de premier plan dans le Mali nouveau. Il a été l’ami ou le compagnon de lutte de tous les grands hommes qui ont fondé le Mali. Son parcours exceptionnel lui a permis d’être, à un moment ou à un autre, avec tous les grands de ce monde, entre sa formation à l’école William Ponty de Gorée, sa carrière d’enseignant et sa rentrée en politique comme Sénateur du Soudan français de 1947 à 1960 et comme deuxième personnalité du Mali de l’indépendance au coup d’Etat militaire de 1968.
En tant que Député Maire de Tombouctou à une période, il a relevé l’image de cette ville, à tel point que tout le monde voulait la voir. Presque tous les chefs d’Etat qui ont visité le Mali ont séjourné à Tombouctou, et, par sa forte personnalité, le premier Conseil des ministres hors de Bamako s’est tenu à Tombouctou en 1965.
Il a été, pendant sa détention arbitraire de 7 ans dans les geôles de Kidal, l’Imam, le tailleur et le sage du groupe de ses camarades, détenus sans jugement par le régime du CMLN. Vous comprenez donc que l’ainé de ses garçons que je suis ait pu bénéficier, de l’année de sa libération en 1975 à son décès en 1981, de plusieurs confidences, directement ou indirectement, sur l’évolution du Mali avant et après l’indépendance.
Ce que je regrette aujourd’hui, c’est de n’avoir pas transcrit nos causeries ou ce que j’ai entendu, étant trop penché sur les maths et aussi parce que lui aussi n’a pas voulu écrire ses mémoires, pour rester fidèle à ses amitiés.
J’ai retenu particulièrement que la réussite de leur lutte était sous-tendue par leur profond attachement à leur pays, l’esprit d’amitié, de solidarité et de cohésion. «L’adversaire» français de l’époque les a formés à sa propre école, alors ils n’avaient pas de complexe vis-à-vis du colon blanc pour dénoncer et revendiquer.
Les conditions inhumaines des peuples colonisés ne pouvaient pas les laisser indifférents, des peuples toujours soumis. Alors, les nombreux cadres africains en France et en Angleterre se sont retrouvés pour la création des mouvements de décolonisation.
Au-delà de ce que votre feu père vous a raconté, est-ce que vous pouvez nous parler de la lutte héroïque de l’US RDA, à travers ce que vous avez entendu ça et là ou à partir de vos connaissances livresques?
Comme vous certainement j’ai beaucoup lu, mais j’ai surtout beaucoup écouté, mon père ou d’autres personnalités du RDA, même au cours des rencontres organisées au sein de notre parti. Chaque occasion d’échanges est une séance de leçons et de rappel des actions de leurs combats contre le colonisateur et pour l’édification de la nation malienne, jusqu’à présent.
N’oubliez pas que le parti RDA est le plus ancien du pays et le seul, avec le PSP, qui peut dire qu’il a une histoire, des repères et des références. Malgré la jeune moyenne d’âge des membres du notre Bureau politique national, qui est inférieure à celle de plusieurs partis au Mali, contrairement à notre réputation erronée de «parti des vieux». Nos sages, dont nous sommes fiers, qui nous transmettent les valeurs morales des hommes du RDA et les idéaux dont le Mali a besoin aujourd’hui pour faire face à ses nombreux défis.
Leurs idéaux et leurs visions étaient tellement nobles que rien ne pouvait les dévier du sacrifice ultime pour faire le Mali et l’Afrique. C’est pour cela que la Constitution du Mali rappelle que le Mali est prêt à sacrifier une partie de sa souveraineté pour faire l’unité de l’Afrique.
Les démarches pour l’indépendance, les regroupements inter Etats animés et engagés par les cadres de l’US RDA ont été combattus avec force par des adversaires qui ne voulaient pas de ces regroupements. Ces forces hostiles ont eu raison de leur noble ambition de faire un Etat africain, mais la création de l’OUA et l’indépendance du Mali sont des victoires indéniables, à mettre à leur crédit.
En novembre 1968, date du coup d’Etat, et avec le recul d’aujourd’hui, ne pensez-vous pas que l’US RDA a trahi le peuple, qui, selon le livre «Le Mali sous Moussa Traoré», avait faim et soif, avec un grand besoin de libertés fondamentales, ce qui justifiait, selon les auteurs de cet ouvrage, le putsch du 19 novembre?
La formulation de la question est un peu tendancieuse. Il fallait bien que les militaires de 1968 trouvent une raison de justifier leur forfait. Ne dit-on pas «qui veut tuer son chien l’accuse de la rage?». Les auteurs du livre dont vous parlez ne sont pas les auteurs du coup d’Etat (que sont-ils devenus?) mais des militants de l’UDPM, et on connait la suite réservée par le peuple malien à la gestion chaotique du Mali par l’auteur du coup d’Etat mué en démocrate.
Il est important de savoir que l’exemple de la gestion du Mali par l’US RDA et la réussite du projet politique, économique et socioculturel de ses dirigeants, en seulement 8 ans, ne devait pas faire tache d’huile. Il fallait alors l’arrêter par tous les moyens et nos pauvres soldats ont été manipulés. Sans vision ni projet, ils ont arrêté l’évolution du pays.
Les héritiers de l’US RDA sont divisés, partagés entre différentes formations politiques. Certains laissent même entendre qu’ils se détestent. C’est pourquoi ce vieux parti a perdu la présidentielle de 1992. Depuis, la désillusion continue. L’US RDA appartient-elle désormais au passé et non au présent?
Les mots que vous utilisez sont trop forts. Nous ne sommes pas divisés. Nous nous aimons entre nous car tout nous unit dans cette famille RDA. Au moment de la reprise de nos activités, en 1991, qui a coïncidé avec le multipartisme intégral au Mali, il n’y avait pas de leader charismatique pour regrouper nos responsables.
C’est ainsi que plusieurs cadres du parti, dans l’esprit RDA, pensaient être les mieux dotés de la meilleure vision pour appliquer les idéaux communs à nous tous.
Ils ont alors créé et animé leurs propres partis politiques.
N’est-ce pas d’ailleurs le comportement dans toute grande famille quand il s’agit d’héritage? Sachez que, malgré les péripéties, nous restons tous attachés à une éducation dans la vision de ce qui nous reste en commun: les nobles idéaux pour le Mali.
Il s’agit d’idéaux basés sur l’intégrité, l’amour de la patrie, le respect du bien public, le don de soi jusqu’au sacrifice ultime pour le Mali. En somme, tout ce dont le Mali a besoin aujourd’hui pour son unité, pour gagner le combat contre la corruption, la peur et le détournement des deniers publics.
L’UM RDA, qui est l’US RDA, parce que nous évoluons et que le Mali n’est plus le Soudan français, reste plus ancrée dans le présent, et notre devise «Respectueuse du passé et confiante en l’avenir» prouve à suffisance notre vision pour des lendemains radieux pour notre pays et notre parti, malgré les difficultés et les obstacles. Donc, nous ne sommes pas un parti du passé, mais bien le parti de l’avenir du Mali.
Avez-vous une stratégie pour tenter de faire revivre l’US RDA, devenue l’UM RDA, qui est aujourd’hui invisible et inaudible sur les grandes questions de la Nation?
Une famille nombreuse dont les enfants ont eu une éducation commune, avec des objectifs clairs et nobles, n’a d’autre choix que de se retrouver, quels que soient les éléments de désaccord qui ont pu un jour les éloigner.
N’oubliez pas que nous avons aussi été victimes de manipulations externes de grands acteurs politiques, qui ont eu peur et qui continent d’avoir peur de nous et de ce que nous représentons comme force politique dans ce pays.
Réunifier et regrouper les enfants qui ont reçu la même éducation est notre objectif, qui parait long et difficile à réaliser. Mais, amorcées depuis 2011, ces retrouvailles sont en cours et les actions engagées porteront certainement, et très bientôt, leurs fruits.
Nous ne dévoilons pas notre stratégie, mais je peux vous assurer que l’UM RDA vivra et reprendra sa place de parti leader. Ce parti est un parti des masses et nous connaissons les préoccupations des Maliens, leurs mentalités et leurs désirs, pour apporter des améliorations à leurs conditions de vie.
L’exemple du désenclavement du pays est une priorité qui permet aux citoyens de comprendre que l’Etat se soucie de leur condition en leur permettant de se déplacer et de commercer aisément.
Nous ne sommes pas inaudibles, car nous respectons nos engagements et la discipline de notre parti, qui soutient Ibrahim Boubacar Kéita (qui a été éduqué et formé dans les mêmes idéaux que nous) et se reconnait dans les actions du Président de la République à l’intérieur de la majorité présidentielle, à l’Assemblée Nationale et à la CNP, où nous partageons et débattons des sujets qui nous sont soumis.
N’oubliez pas que le Centenaire du Président Modibo Keita, fêté avec dignité, est une idée de l’UM RDA, proposée au Président de la République, qui l’a acceptée et en a fait un événement national. C’est pour nous une reconnaissance de la Nation et son engagement à réhabiliter tous les Pères de l’Indépendance du Mali à travers leur leader, une victoire de haute portée politique pour notre parti.
Actualité oblige, votre épouse, Mme Haidara Aissata Cissé, communément appelée Chato, députée élue à Bourem, est très engagée dans les questions relatives à la crise du Nord du Mali. Vous-même avez présidé en 2012, à l'Assemblée nationale, une Commission ad hoc sur les mêmes questions. Quelle est aujourd'hui votre lecture de la situation?
Nous étions députés ensemble de 2007 à 2013 et notre mandat de représentants de nos populations nous obligeait au sacrifice pour le pays. Nous nous sommes engagés sur tous les fronts et sans retenue.
J’étais Président de la cellule de crise de l’Assemblée Nationale pour le Nord. A ce titre nous avons demandé aux jeunes du MNLA de ne pas engager le Mali dans une rébellion sans issue et de ne pas parler sans mandat au nom de toutes les populations du Nord du Mali.
Nous avons aussi alerté les autorités d’alors du danger qui menaçait le Mali. Nous n’avons pas été écoutés et la suite est connue: le Mali est à la recherche de la paix, qui parait encore éloignée, aujourd’hui.
Notre lecture de la situation va de l’analyse historique du Sénateur Haidara du RDA sur la création des Etats Riverains du Sahara depuis 1956, de la gestion de la première rébellion de 1963 par l’US RDA et de ce que nous savons de notre terroir et de nos populations.
Aujourd’hui, pour la paix. Il faut que l’Etat dénonce les nombreux ennemis de la paix et tous ceux qui n’ont pas intérêt à ce que le Mali soit en paix, que ce soient des individus, des organisations ou des groupes, afin de travailler avec des hommes sincères, sans agendas parallèles.
Entretien réalisé par Chahana Takiou
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