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Rentrée scolaire 2016-2017 : L’inquiétude des mendiantes
Publié le vendredi 30 septembre 2016  |  L’Essor
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© aBamako.com par A.S
Démarrage des examens du DEF
Bamako, le 06 juin 2016. Les examens du Diplôme des études fondamentales (DEF) ont démarré sur toute l`étendue du territoire.
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Conscientes de l’importance de l’éducation, la plupart de ces femmes misent sur les personnes de bonne volonté pour préparer la rentrée scolaire de leurs enfants

Ça y est. Les vacances scolaires prennent fin dans deux jours. Le lundi prochain, les élèves reprendront le chemin de l’école après trois mois de répit. Déjà les préparatifs de la rentrée scolaire 2016-2017 battent leur plein du côté des parents d’élèves. Après avoir fait face aux dépenses de la fête de Tabaski, célébrée récemment par la communauté musulmane, ils sont encore appelés à préparer la reprise des cours. Plusieurs dépenses s’imposent à eux : les frais d’inscription, les fournitures scolaires, la tenue scolaire et souvent quelques mois d’avance de frais de scolarité pour les inscrits dans les écoles privées.
Si certains parents d’élèves arrivent à faire face à ces dépenses liées à la rentrée scolaire sans trop de soucis, d’autres, par contre, le font avec toutes les difficultés du monde. Conscients de l’importance de l’éducation, un droit de l’enfant qui ne doit pas être violé, ils suent eau et sang pour que leurs bambins démarrent la rentrée scolaire dans des bonnes conditions d’étude.
Kadi Samaké c’est son nom, est guide de son mari non voyant. Tenant la canne de ce dernier et une ancienne boite de tomate concentrée, elle se faufile entre les véhicules au niveau d’un feu tricolore. Pour quelqu’un qui se débrouille à trouver sa subsistance, la voilà qui est appelée à préparer la rentrée 2016-2017 de ses deux enfants. « Depuis que j’ai été informée que la rentrée est pour bientôt, je ne suis pas tranquille dans ma tête. Car, je ne sais pas comment faire pour acheter les fournitures scolaires de mes enfants qui constituent mon seul espoir pour abandonner la mendicité », a expliqué Kadi.
Elle se rappelle que lors des fêtes, les plus hautes autorités et certaines ONG offraient des vivres et de l’argent aux démunis. Aussi, elle a lancé un appel pour qu’on fasse de même au cours des rentrées scolaires en offrant des fournitures scolaires aux enfants des personnes
démunies.
Salimata Zoromé est également quémandeuse. L’air épuisée, les pieds rougis par la poussière, elle porte un enfant au dos sous un soleil ardent. Elle sillonnait la voie menant à l’Agence Malienne de Presse et de Publicité quand notre équipe de reportage l’a interceptée. Loquace, la quadragénaire a vite expliqué qu’elle a huit enfants dont six sont inscrits dans une école publique. « Mon mari est blanchisseur. C’est à peine qu’il arrive à nous prendre en charge. A chaque rentrée je me débrouille pour que mes enfants démarrent la reprise des classes dans de bonnes conditions », a-t-elle assuré. Notre interlocutrice n’a pas encore acheté les fournitures de première nécessité : l’ardoise, la craie, le cahier et le stylo. « Avant je passais toute la journée devant la cathédrale. Depuis qu’on a annoncé la rentrée, je me promène chaque jour d’une rue à une autre pour augmenter ma chance de gagner plus. Je gagne entre 1500 et 1750 par jour. Avec cette somme j’achète la nourriture pour mes enfants qui attendent avec impatience mon retour le soir », a t-elle dit.

Solidarité. Cette dame a expliqué que lors des rentrées, certaines bonnes volontés lui offrent des cahiers et de l’argent pour ses enfants. C’est d’ailleurs sur ces gens qu’elle compte cette année pour que ses enfants aillent à l’école à l’instar des autres.
« J’ignorais que la rentrée était pour bientôt puisque je ne suis pas instruite. C’est mon premier fils qui m’a informée il y a deux semaines. J’avoue qu’actuellement c’est l’insomnie chez moi. Je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école et aujourd’hui je quémande. Je ne voudrais pas que mes enfants aient le même sort que moi », a confessé Rokia qui est également mendiante. Accompagnée de son mari non voyant, elle a expliqué qu’elle gagne peu d’argent par jour à cause de l’envahissement du secteur par les personnes bien portantes. « La mendicité était réservée aux enfants talibés et aux personnes présentant des incapacités physiques. Mais de nos jours, elle se généralise de plus en plus. Des femmes bien portantes en ont fait leur métier. Elles vont jusqu’à louer des jumeaux ou des faux jumeaux pour racketter des honnêtes gens alors qu’elles peuvent travailler», a-t-elle déploré.
Tout comme les autres années, notre bonne dame compte sur les bonnes volontés afin que ses trois enfants puissent avoir des fournitures pour aller à l’école.
Bintou Coulibaly mendie depuis des années. Elle a cinq enfants qui sont tous à sa charge. Trois sont déjà à l’école et les deux autres ont atteint l’âge d’ y aller. A quelques jours de la rentrée, cette dame nous a expliqué qu’elle ignore comment s’y prendre pour assurer les frais d’inscription de ses deux derniers garçons et les fournitures scolaires de ses filles qui sont en 4è, 6è et 8è années. « L’an passé à cause de la pauvreté je n’ai pas pu inscrire mes deux garçons à l’école. Cette année encore, je ne suis pas sûre qu’ils iront à l’école. Les frais d’inscription s’élèvent à 6000 pour chacun et je ne peux pas supporter les deux », a-t-elle expliqué. Pour l’épauler à prendre certaines charges de la rentrée, Bintou a initié ses trois premières filles au commerce. Avec le petit bénéfice qu’elles vont tirer, elles pourront acheter ne serait-ce que des cahiers et des stylos.
Quant à elle, elle se débrouillera pour payer le reliquat de leurs frais de scolarité de l’année écoulée. Bintou confie le sort des deux autres à Dieu et aux personnes de bonne volonté. Car elle ne peut pas compter sur son mari alcoolique qui l’a chassé de la maison avec ses enfants depuis quelques années.

A. D. SISSOKO
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