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Mohamdedoun Dicko, à propos de la situation politique du Mali : « Le Mali a besoin de partis d’entreprises qui s’intéressent aux vrais problèmes sociaux »
Publié le mercredi 28 decembre 2016  |  l'aube d'afrique
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Notre pays traverse l’une des crises les plus douloureuses de son existence. Les grands défis auxquels l’Etat est confronté, mettent de plus en plus, les plus hautes autorités à l’épreuve. Dans cette aventure, on assiste d’une part, à une crise de confiance entre les dirigeants du régime actuel et les citoyens et d’autre part à l’irruption des leaders religieux dans la vie politique du pays. Pour comprendre ces phénomènes, nous sommes allés à l’école du professeur Mohamedoun Dicko, historien émérite de son état. A la retraite, après avoir rendu des loyaux services à la nation malienne, le vieux Dicko, qui fut le premier secrétaire général de l’ADEMA/PASJ, nous enseigne que les partis politiques ne font plus leur travail. Nous vous proposons son commentaire sur la situation :

« A mon avis, les partis politiques ne font pas leur travail d’information, d’éducation, de formation auprès d’abord de leurs militants et ensuite auprès de leur population. J’ai le sentiment que ce qui les intéresse, c’est seulement les élections. C’est vrai que les élections sont importantes, mais un parti n’est pas fait pour aller uniquement vers les élections. Un parti doit se donner les moyens de suivre ce qui se passe dans la société. Si vous avez un projet de société, il faudra que vous sachiez ce qui se passe dans cette société. Aujourd’hui, les hommes politiques doivent chercher à savoir ce que veulent les Maliens. Le parti travaille pour le bien-être des citoyens et citoyennes et non pour le bien-être de ses dirigeants. Il n’ya pas d’autre solution. Pour moi, cette crise de confiance entre le peuple et les dirigeants, vient du fait que les partis ne vont pas vers les gens. Ils ne font pas leur travail de parti au niveau des différents secteurs de la population. Les partis ne communiquent pas, même à l’intérieur des directions. J’avais l’habitude de dire aux jeunes de mon parti, que tout ce qui intéresse les dirigeants des partis, c’est chercher comment aller à l’intérieur du pays. Il faut qu’ils changent de méthodes. Et puis, le monde a changé. Le Mali change et il continue de changer. Ça ne peut plus marcher. D’abord, les populations commencent à comprendre les choses. Les populations sont mieux instruites qu’il y a dix ans. Elles ne peuvent plus se contenter seulement des congrès et conférences des partis. Elles veulent du concret. Elles veulent savoir ce qui se passe le jour au jour et surtout ce qui les concerne. Il faut que les dirigeants de nos partis comprennent que les méthodes utilisées il y a dix ans, ne fonctionnent plus. Je pense que les partis doivent aller réellement aux populations, pas pendant les élections, mais tout le temps. Il faut que les partis arrivent à faire fonctionner les structures de base, c’est-à-dire les sections, les comités. Ces structures de base doivent être en contact permanent avec les populations. Un parti ne fonctionne pas seulement à partir des relations qu’il peut avoir avec ses militants, mais aussi avec toute la population, mêmes celles qui lui sont opposées. Le 26 mars 1991 a apporté les libertés d’expression, crée les conditions de conscientisation des populations, mais les politiciens doivent comprendre que les choses ont changé. Les partis qui ont œuvré pour la révolution du 26 mars, doivent avoir à l’esprit que ce temps est révolu. Les gens veulent des choses concrètent aujourd’hui. Nous sommes à l’heure où les partis doivent essayer d’aider les populations à travers leur participation aux actions sportives, économiques et sociales. Nos partis doivent servir de directives pour que les populations puissent avancer dans leurs revendications quotidiennes. Si vous voulez gagner les élections de façon transparente, il faudra participer à la création des comités de développement, d’assainissement, d’alphabétisation etc. Il ne s’agit plus d’appartenir à un grand parti politique pour gagner une élection. On doit avoir des partis d’entreprises, pas au sens du commerce, mais qui s’intéressent aux vrais problèmes sociaux. Pour ce faire, il faut qu’on cesse le clientélisme à l’intérieur des partis pour faire émerger les vrais militants qui ont le souci du parti. On a plus besoin de ces grands messieurs et de ces grandes dames qui veulent seulement monter pour pouvoir fructifier leurs affaires. Si on ne fait pas attention, les partis risquent de s’affaiblir très sérieusement. Il faut que les partis soient présents pour que les populations pensent qu’ils sont avec eux. C’est très important. Ce vide créé une crise de confiance entre les partis et le peuple. C’est pourquoi, certains se permettent de dire que les partis politiques ne valent rien. La politique n’est pas seulement qu’on est instruit, mais c’est d’être au courant des choses qui se passent dans son entourage, son village, sa région et son pays. Ce qui se passe, c’est que les populations ne comprennent pas ce que font les partis et de l’autre côté les partis ne savent pas ce que veulent les populations. Ce qui fait que cette crise de confiance est tout à fait normale.



Cette crise de confiance provoquée, qui constitue un vide crée les conditions d’irruption de telle force ou organisme pour se manifester. Je ne critique pas les religions qui constituent des éléments essentiels de la société. C’est aux partis politiques de rester actifs et vigilants. S’ils ne le font pas d’autres forces vont s’occuper de cela. C’est aussi simple que ça. Par exemple, l’Islam n’est pas une religion qui s’occupe seulement de la théologie, mais, il gère aussi la société. C’est un tout. C’est au politique de créer cette frontière entre l’homme qui est au service de Dieu et la chose politique. Cette question d’ingérence ou d’irruption des leaders religieux dans la vie politique ne date d’aujourd’hui. Cela a toujours fait l’objet de débats. La révolution française de 1789 a fait séparer l’Etat de l’Eglise. La bourgeoisie jacobine voulait tout simplement éliminer la religion des sphères de l’Etat. C’est de là où la notion de laïcité a pris corps. Aujourd’hui beaucoup d’intellectuels ne comprennent pas l’influence de la religion sur la vie politique. L’Islam est- un tout et c’est difficile pour un musulman de comprendre cela. Il faudra justement que les religieux fassent aussi attention, parce que l’équilibre de la société dépend du fait chaque organisme se limite dans son domaine d’intervention. Il faut que les gens respectent cette frontière là pour qu’on ne bascule pas dans la confusion, l’anarchie et le désordre. Si les partis politiques ne sont pas très forts, nous assisterons toujours à des bouleversements dans la vie politique de l’Etat. L’horreur a peur du vide. Les hommes politiques et la société civile ont intérêt à travailler pour combler ce vide ».

Entretien réalisé par Jean Goïta

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