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Obstruction des rues à Bamako : Quand la réjouissance des uns fait le casse-tête des autres
Publié le vendredi 10 fevrier 2017  |  Mali-Flash
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Les règles élémentaires de la morale veulent que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Mais à Bamako comme dans toutes les capitales régionales du Mali, cette règle est foulée aux pieds pendant les jours fériés. Consacrées aux cérémonies de mariages, les journées dominicales deviennent de plus en plus celles de tous les désagréments pour nombre d’habitants de la cité aux 3 caïmans.
Au détour de biens des rues dans les quartiers, souvent sur des artères bien fréquentées, on bute sur des hangars mobiles couverts de bâches qui se transforment en obstacle au passage. En dessous, sont attroupées généralement des femmes, ivres de joies, dansant au rythme des tams-tams et tambours pour célébrer le mariage d’un fils, d’une fille, etc. Au même moment, de paisibles citoyens, vacant à leurs occupations ou de retour à leur domicile, sont obligés de faire machine arrière ou un grand détour pour se frayer un chemin. Malheur à celui qui ose interpeler quiconque parmi la foule en délire qui pense à l’unisson que le fait n’a rien d’anormal.
L’anecdote qui nous inspire ce sujet se passe dans le quartier de Kalabancoura ACI en commune V du district de Bamako. Une fin d’après-midi dominicale, quand votre serviteur se rendait chez lui par une rue passante, il bute sur une tente géante en dessous duquel se trouvait une voiture. Le moteur allumé, elle attendait patiemment la nouvelle mariée pour l’accompagner dans sa chambre nuptiale. Le dispositif avait transformé la rue en cul de sac, ne laissant aucune possibilité au passant d’avancer. Le seul espace qui pouvait être une porte de sortie pour moi, là encore, si je pouvais mettre à profit mes talents d’équilibriste, était occupé par un groupe de jeunes attroupé autour d’un plat qu’il mangeait goulument. Sans se déplacer, le groupe me propose d’engouffrer mon véhicule dans un trou de souris pour me frayer un chemin, mais impossible. Je leur demande de l’aide en dégageant le passage, c’est haro sur le baudet.
Des cris d’indignation fusent de partout. Je suis taxé de tous les noms d’oiseaux. Un homme aigri et égoïste qui ne veut pas voir les autres jouir de leur bonheur. La mort dans l’âme, je suis retourné sur mes pas, et parcouru plus du double de la distance que j’aurais fait en passant par là où, par caprice injustifié, on m’en empêcha. Suite à cette aventure, une question se pose. Quelle disposition municipale ou règlementaire existe en la matière ? Pour trouver une réponse à cette question, nous nous sommes rendus dans les locaux de la Brigade urbaine de protection de l’environnement (BUPE) dont les bureaux sont cloîtrés dans l’arrière cour de l’hôtel ville de Bamako. Au premier étage, nous sommes reçus par Seydou Ousmane Diallo, chef de la division Environnement de la BUPE.
Avant de répondre à notre question, le technicien de l’environnement éclaire notre lanterne sur les attributions de sa structure. En effet, sa brigade a pour mission essentielle de libérer les voies publiques, lutter contre les nuisances sonores et assurer la fluidité dans l’usage des voies publiques. A ce titre, la BUPE est représentée dans les 6 communes de Bamako. Mais, dotée de peu de moyens au plan législatif et règlementaire et très sous équipée en hommes et en matériels logistiques, la brigade n’est que l’ombre d’elle-même. Ce fait est un terreau favorable à tous les abus de la part des citoyens, en termes d’occupation anarchique des voies publiques et de nuisances sonores.
En principe, indique Seydou Ousmane Diallo, c’est un arrêté municipal qui doit gérer ces genres de questions. Mais il n’en existe pas. Le technicien de la BUPE évoque un aspect sociétal pour justifier la difficulté des municipalités à agir. « Nous sommes dans un pays où la logique relationnelle est très forte », argumente monsieur Diallo. Ceux-là même qui sont chargés de sévir se retrouvent souvent devant des situations où leur propre famille ou proches sont concernés. Face à une telle situation, que faire, interroge notre interlocuteur. Même s’il partage la même préoccupation, l’édile de la commune V, Boubacar Bah dit Bill, a sa propre analyse de la situation. En citant l’arrêté municipal n°0-37 portant libération des domaines publics conférés aux collectivités, le maire Bah juge qu’une réflexion doit être menée pour mieux organiser « la chose », dit-il.
En tenant compte de la logique relationnelle et de l’encrage culturel de la tolérance dans la société malienne, il faut marier le moderne et le traditionnel, préconise-t-il. Cependant, la réalité est qu’il n’existe pas de salles ou d’espaces publics dédiés à ces manifestations. Du point de vue de l’élu municipal, ce manque d’infrastructures adéquates pour abriter les évènements festifs pousse les citoyens à se rabattre sur les moyens de bord. « On a bâti la ville sans créer les commodités d’usage. Aujourd’hui, il faut aller vers la réalisation d’infrastructures d’accueil pour pouvoir réussir la transition d’une ville qui saura marier tradition et modernité, préconise le maire.
Ces vœux pieux doivent faire échos, aussi bien au niveau des collectivités que des pouvoirs publics, en passant par les citoyens. Car, au delà de ces nuisances que nous venons d’évoquer, il existe d’autres qui s’avèrent plus dangereuses. Il s’agit de l’encombrement des voies bitumées et des rues passantes par des matériaux de construction (sable, graviers, fer, etc.) que nous croisons aussi très fréquemment sur les voies. C’est la cause de beaucoup d’accidents de la circulation que la ville enregistre chaque année. Beaucoup de ces accidents sont souvent mortels. Cette situation interpelle les pouvoirs publics, en l’occurrence les municipalités et les services techniques de l’Etat. Si rien n’est fait, notre capitale sera invivable dans les prochaines années.
Le Foutanké
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